LIVRE VIII. — LA JUSTICE, AUTRE DEVOIR DE LA ROYAUTE
(Je l'un et de l'autre sexe fut exterminée sans qu'il en restât un seul '.
Le crime que Dieu punit avec tant de rigueur c'est, dans Achab et dans Jézabel, la volonté dépravée de disposer à leur gré indépendamment de la loi de Dieu qui était aussi celle du royaume, des biens , de l'honneur, de la vie d'un sujet ; comme ' aussi de se rendre les maîtres des jugements publics , et de mettre en cela l'autorité royale.
Ils voulaient contraindre ce sujet à vendre son héritage. C'est ce que n'avaient jamais fait les bons rois , David et Salomon , dans le temps qu'ils bâtissaient les magnifiques palais dont il est parlé dans l'Ecriture. La loi voulait que chacun gardât l'héritage de ses pères , pour la conservation des biens des tribus. C'est pourquoi Dieu compte luimême entre les crimes d'.Achab , non-seulement qu'il avait tué, mais encore qu'il avait possédé ce qui ne lui pouvait appartenir. Cependant il est expressément marqué qu'Achab offrait la juste valeur du morceau de terre qu'il voulait qu'on lui cédât , et même un échange avantageux. Ce qui montre combien était réputé saint et inviolable le droit de la propriété légitime , et combien l'invasion était condamnée.
Cependant Achab était en furie du refus de Naboth. Il en perd le boire et le manger, et compte pour rien un si grand royaume , et tant de possessions , s'il n'y ajoute une vigne pour augmenter son jardin. Tant la royauté est pauvre de soi , et tant elle est incapable de contenter un esprit déréglé.
Sa femme Jézabel survient, et, au lieu de guérir cet esprit malade , au contraire elle lui persuade, par des manières moqueuses, qu'il a perdu toute autorité s'il ne fait tout à sa fantaisie. Enfin, sans garder aucune forme de jugement , elle ordonne elle-même les voies de fait qu'on a vues.
Elle sacrifie encore la religion à ses injustes desseins ; elle veut qu'on se serve de celle du jeûne public pour immoler un homme de bien à la vengeance du roi , et â cette idée d'autorité qu'on fait consister à faire tout ce qu'on veut.
La considération où était Naboth ne l'arrête pas. C'était un homme d'importance , puisqu'on le met entre les premiers du peuple. Jézabel fait semblant de lui conserver son rang et sa dignité pour le perdre plus sûrement ; et joignant la dérision à la violence et à l'injustice , à ce prix elle se croit reine , et croit rendre la royauté au roi son époux.
En même temps la justice divine se déclare. Achab est puni en deux manières : Dieu le livre au crime, pour le livrer plus justement au supplice.
Jézabel n'avait déjà que trop de pouvoir sur ce prince , puisqu'Elie n'eût pas plus tôt exterminé tes faux prophètes de Baal , que le roi en donna l'avis à Jézabel, pour sacrifier un si grand prophète à la vengeance de cette femme , autant impérieuse qu'impie ^ Mais depuis qu'elle l'eût rendu maître de ce qu'il voulait, d'une manière si détestable , elle eut plus que jamais tout pouvoir sur l'esprit de ce malheureux prince , qui se livra à tous les désirs de sa femme , comme vendu à l'iniquité.
Comme il allait à l'abandon de crime en crime ,