‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 400 sur 609 · lY. Reg., ix, x, xi. —2. W. Reg., xix · texte numérisé non relu

lY. Reg., ix, x, xi. —2. W. Reg., xix

il fut aussi précipité de supplice en supplice, lui et sa famille , où tout fut immolé à une juste , perpétuelle et inexorable vengeance. Et, c'est ainsi que furent punis ceux qui voulaient introduire dans le royaume d'Israël la puissance arbitraire.

Cependant, au milieu de ces châtiments, où la main de Dieu est si déclarée contre une famille royale , Dieu toujours juste et toujours vengeur de la dignité des rois, dont il est la source, la conserve tout entière en cette occasion ; puisque l'injustice d' Achab n'est pas de punir de mort celui qui parle contre le roi , mais d'avoir imputé un tel attentat à un homme qui est innocent. En sorte qu'il passe pour constant que c'est là un digne sujet du dernier supplice, et que ce crime, de mal parler du roi , est presque traité d'égal avec celui de blasphémer contre Dieu.

ARTICLE III

De la législation et des jugements.

Pre.mière Proposition. On définit l'un et l'autre.

La loi donne la règle, et les jugements en font l'application aux affaires et aux questions particulières , ainsi qu'il a été dit'.

« Si c'est véritablement, et d'un cœur sincère que vous vantez la justice , enfants des hommes , jugez droitement^. » Si vous aimez la justice dictée par la loi, mettez-la donc en pratique, et qu'elle soit la seule règle de vos jugements.

IIo Proposition. Le premier effet de la justice et des lois, est de conserver non-seulement à tout le corps de l'Etat, mais encore à chaque partie qui le compose, les droits accordés par les princes précédents.

Ainsi fut conservée à la tribu de Juda la prérogative dont elle avait toujours joui , de marcher à la tête des tribus.

Ainsi celle de Lévi jouit éternellement de droits accordés par la loi , selon les favorables explications des anciens rois.

Ainsi fut conservé aux tribus de Cad et de Ruben ce qui leur avait été accordé par Moïse ^, pour avoir passé les premiers le Jourdain.

Ainsi les Gabaonites furent toujours maintenus dans l'exécution du traité fait avec eux par Josué*; aussi leur fidélité fut inébranlable.

La bonne foi des princes engage celle des sujets, qui demeurent dans l'obéissance , non-seulement par la crainte , mais encore inviolablement par affection. ,

111" Proposition. Les louables coutumes tiennent lieu des lois.

Avant que David montât sur le trône, il s'était élevé une dispute entre les soldats qui avaient été au combat et ceux qui étaient restés par ordre à garder les bagages ; et ce sage prince jugea en faveur des derniers, et prononça cette sentence" : « La part du butin sera la même pour ceux qui auront combattu et pour ceux qui sont demeurés pour la garde des bagages, et ils partageront également. Et de ce jour, et depuis, cette ordonnance subsiste, et a été comme une loi en Israël. »

1. Ci-dessus, liv.I. art. iv. — 2. fs., lvii, 1. — 3. Xum., xxxii. 33 ; Jos., xiii, 8. — 4. Ci-dessus, liv. Vil, art. v, xix^ prop. — 5. 1. Reg.. XXX. 24 et seq.

l'ULITIQIîE \)E L'ÉCRITURL; SAINTE.

La conservation de ces anciens droits , et de ces louables coutumes, concilie aux grands royaumes une idée, non-seulement de fidélité et de sagesse, mais encore d'immortalité, qui fait regarder l'Etal comme gouverné, ainsi que l'univers, par des conseils d'une immortelle durée.

W'o Proposition. Le prince doit la justice; et il est lui-même le premier juge.

« Faites-nous des rois qui nous jugent , comme en ont les autres nations '. » C'est l'idée des peuples lorsqu'ils demandent des rois à Samuel. Et ainsi le nom de roi est un nom de juge.

Quand Absalon aspira à la royauté, « il allait à la porte des villes, et dans les chemins publics, interrogeant ceux qui venaient de tous côtés au jugement du roi, cl leur disant : Vous me paraissez avoir raison , mais il n'y a personne préposé par le roi pour vous entendre. Et il ajoutait : Qui m'établira juge sur la terre , afm que tous ceux qui ont des aflaires viennent à moi, et que je juge justement-? » Il n'osait dire : Qui me fera roi? la rébellion eût été trop déclarée ; mais c'était le nom de roi qu'il demandait sous celui déjuge.

Il décriait le gouvernement du roi son père, en disant qu'il n'y avait point de -justice; c'était une calomnie : et , loin de négliger la justice, David la rendait lui-même avec un soin merveilleux. « Il régnait sur Israël; et dans les jugements, il faisait justice à tout son peuple ^ »

Nathan vint à David lui porter la plainte du pauvre, à qui un riche injuste avait enlevé une brebis qu'il aimait* : et David irrité reçut la plainte. C'était une parabole; mais puisque la parabole se tire des choses les plus usitées , celle-ci montre la coutume de porter aux rois les plaintes des particuliers; et David rendit justice en disant : « Il rendra la brebis au quadruple". »

u Je suis une femme veuve, et j'avais deux fils, disait au même David cette femme de Thécué, qui s'étanl querellés à la campagne , sans que personne les put séparer, l'un a frappé l'autre , et il en est mort : et la famille poursuit son frère pour le punir de mort. Ils me ravissent mon seul héritier, et cherchent à éteindre la seule étincelle qui me reste sur la terre pour faire revivre le nom de mon mari. El le roi lui répondit : Allez en repos à votre maison, et j'ordonnerai ce qu'il faudra en votre faveur*^. »

Elle ajoute : « Que cette iniquité demeure sur moi, el sur la maison de mon père ; mais que le roi et son trône en demeurent innocents'. » On ne croyait pas le roi innocent, ni son trône sans tache, s'il refusait de rendre justice. Aussi David répondit : «Amenez-moi vos parties, ceux qui s'opposent à vous, el qui vous poursuivent, et on cessera de vous nuire*. »

La poursuite paraissait juste, selon la rigueur de la loi, qui condamnait à mort le meurtrier; et c'était le cas d'avoir recours à la grâce et à la clémence du prince , dans une cause si favorable à une mère afiigée.

La femme pressait David en lui disant : « Que

1. /. /îej., viu, .s. — 2. //. fifj., xv,2 et seq. — 3. Mcti, vMi, 15. — 4, Ibid., xir, i et scq. — 5. Iliicl., G. — fi. Ibitl., xiv. 5 et seq. ^ 1. Ibid., 9. — 8. Ibid., 10.

le roi se souvienne du Seigneur son Dieu, et ne laisse pas multiplier par la vengeance le sang répandu. » Elle ne craint point d'appeler David devant le juge des rois. El ce juste prince approuva sa plainte, et lui dit : « Vive le Seigneur! Il ne tombera pas un cheveu de la tête de votre fils'. » On sait le jugement de Salomon, qui lui attira dans tout le peuple cette crainte respectueuse qui fait obéir les rois , et qui établit leur empire.

V« Proposition. Les voies de la justice sont aisées à connaître.

Le chemin de la justice n'est pas de ces chemins tortueux, qui, semblables à des labyrinthes, vous font toujours craindre de vous perdre. « La route du juste est droite : c'est un sentier étroit, el qui n'a point de détour; l'on y marche en siJreté^ »

Un païen même disait^ qu'il ne faut point faire ce qui est douteux et ambigu. L'équité, poursuit cet auteur, éclate par elle-même ; et le doute semble envelopper quelque secret dessein d'injustice.

Voulez-vous savoir le chemin de la justice? marchez dans le pays découvert : allez oîi vous conduit votre vue; el « que vos yeux, comme dit le Sage', précèdent vos pas. » La justice ne se cache pas.

Il est vrai qu'en beaucoup de points elle dépend des lois positives ; mais le langage de la loi est simple : sans vouloir briller ni raffiner, elle ne veut être que nette et précise.

Comme, néanmoins, il est impossible qu'il ne se trouve des difficultés et des questions compliquées, le prince, pour n'être pas surpris, et pour donner lieu à un plus grand éclaircissement de la vérité , y apporte le remède qu'on va expliquer.

VI" Proposition. Le prince établit des tribunaux ; il en nomme les sujets avec grand choix, et les instruit de leurs devoirs.

Ainsi l'avait pratiqué Mo'ise lui-même", de peur de se consumer par un travail inutile.

C'est de quoi il rend compte au peuple en ces termes*^ : « Je ne puis pas terminer seul toutes vos affaires ni vos procès. Choisissez parmi vous des hommes sages et habiles, dont la conduite soit approuvée. Et j'ai tiré de vos tribus, des gens sages, nobles et connus; et je les ai établis vos juges , en leur disant : Ecoutez le peuple , et prononcez ce qui sera juste entre le citoyen ou l'étranger, sans distinction de personnes, jugeant le petit comme le grand; parce que c'est le jugement du Seigneur, qui n'a nul égard aux personnes. Et vous me rapporterez ce qui sera de plus difficile. »

On voit trois choses dans ces paroles de Moïse ; en premier lieu, l'établissement des juges sous le prince : en second lieu , leur choix et les qualités dont ils doivent être ornés : en troisième lieu , la réserve des affaires les plus difficiles au prince même.

Ces juges étaient établis dans toutes les villes , et dans chaque tribu; et Moïse l'avait ainsi ordonné''.

A cet exemple , nous avons vu les tribunaux éta-

1. )/. Rej., XIV, H. —2. Ps., xxvi, 7. — 3. Cic, de Offtc-. lib. I, c. a. — 4. Prov-, IV, 25. — 5. Exod., xviii, 13 etseq. — G. Dmt., 1, 12, 13 ctseq. — 7. Idem, xvi, 18.

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