‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 403 sur 609 · LES ARMES, PREMIER SECOURS DE LA ROYAUTÉ · texte numérisé non relu

LES ARMES, PREMIER SECOURS DE LA ROYAUTÉ

V'' Pbopositio.n. La colère.

La colère est une passion des plus indignes du prince. On doit s'exercer à la vaincre quand on aime la justice, dont elle est l'ennemie. « L'homme patient est préféré au courageux : et celuT qui surmonte sa colère vaut mieux que celui qui prend les villes'. »

L'empereur Théodose le Grand avait bien compris cette maxime du Sage. Ce prince tant de fois victorieux, et illustre par ses conquêtes, encore qu'il lut naturellement d'une colère impétueuse, profita si bien des conseils de saint Ambroise , qu'à la fin, comme dit ce Père-, il se tenait obligé quand on le priait de pardonner; et quand il était ému par un sentiment plus vif de la colère, c'était alors qu'il se portait plus facilement à la clémence.

VI« Proposition. Les cabales et la chicane.

« Rompez les liaisons des impies (des hommes injustes) ; ne permettez pas qu'on accable l'innocent, et ôtez-Iui cette charge trop pesante à ses épaules'. »

Soyez en garde contre la protection que trouvent les richesses. A" 'abandonnez pas le pauvre sous prétexte qu'il n'a personne qui prenne en main sa défense. C'est l'effet du crédit et de la cabale. « Le riche a fait quelque outrage (à un innocent), et il frémit. Il est le première se plaindre et à menacer. Le pauvre, au contraire, quoique offensé et outragé, n'osera ouvrir la bouche*. » Veillez donc et pénétrez le fond des choses , vous qui aimez la justice.

Pour les chicanes, il est écrit" : « Qui aime les procès, aime sa ruine. » Et la justice les doit réprimer, pour son propre bien, aussi bien que pour celui des autres.

Vlfc Proposition. Les guerres et la négligence.

Trop occupé de la guerre, dont l'action est si vive, on ne songe point à la justice. Mais il est écrit de David, au milieu de tant de guerres, et pendant qu'il combattait les Moabites , les Ammonites, les Syriens, les Philistins, les Iduméens, et lantd'aulres ennemis : « David faisait jugement et justice à tout son peuple'. » C'est là régner véritablement , que de faire régner la justice au milieu du tumulte de la guerre, en sorte qu'elle ne manque à qui que ce soit.

On est soigneux ordinairement de rendre lajustice dans les grands lieux : et on la néglige dans les villages et dans les lieux déserts. Au contraire Isaïe écrit d'un bon roi , c'est Ezéchias dont il parle : « Qu'en son temps le jugement habitait dans la solitude, et que la justice tenait sa séance dans les grands lieux'', » qu'il appelle le Carmel, selon l'usage de la langue sainte. La justice éclairait jusqu'aux lieux les plus écartés : les pauvres sentaient son secours , et l'abondance ne corrompait point ceux qui la rendaient.

VIII= Proposition. Il faut régler les procédures de la justice. (' Vous poursuivrez justement ce qui est juste'. »

Ce n'est pas assez d'avoir bon droit, il faut encore le poursuivre par les bonnes voies , sans fraude , sans détour, sans violence, sans se faire justice à soi-même; mais en l'attendant de la puissance publique.

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