LIVRE NEUVIÈME
Des secours de la royauté.
Les armes ; les richesses ou. les finances ; les conseils.
ARTICLE PREMIER
De la guerre et de ses justes motifs, généraux et particuliers.
Première Proposition. Dieu forme les princes guerriers.
C'est ce qui fait dire à David : <c Béni soit le Seigneur mon Dieu, qui donne de la force à mes bras pour le combat, et forme mes mains à la guerre ' ! »
II» Proposition. Dieu fait un commandement exprès aux Israélites de faire la guerre.
Dieu ordonne à son peuple de faire la guerre à certaines nations.
Telles étaient les nations dont il est écrit'- : « Vous détruirez devant vous plusieurs nations , le Héthéen , le Gergéséen, l'Amorrhéen, le Chananéen , le Phéréséen , le Hévéen , et le Jébuséen : sept nations plus grandes et plus fortes que vous ; mais Dieu les a livrées entre vos mains , afin que vous les exterminiez de dessus la terre. Vous ne ferez jamais de traités avec elles, et vous n'en aurez aucune pitié. »
Et encore : « 'Vous ne ferez jamais de paix avec elles ; et vous ne leur ferez aucun bien durant tous les jours de votre vie, dans toute l'éternité'. » Voilà une guerre à toute outrance , à feu et à sang, irréconciliable, commandée au peuple de Dieu.
C'est pourquoi Saûl est puni sans miséricorde , et privé de la royaué, pour avoir épargné les Amalécites', un de ces peuples chananéens maudits de Dieu.
Illo Proposition. Dieu avait promis ces pays à .\braham et à sa postérité.
Ce sont les peuples dont le Seigneur avait promis à Abraham de lui donner le pays par ces paroles» : « Lève les yeux, et regarde depuis le lieu où tu es. Je te donnerai toute la terre qui est devant toi , au midi et au nord , vers l'orient et vers l'occident, pour être ton héritage éternel et incommutable, et celui de ta postérité. »
Et encore : « Dieu fait un traité d'alliance avec Abraham, et lui dit" : Je donnerai à ta postérité toute cette terre depuis le Nil qui arrose l'Egypte, jusqu'au grand fleuve d'Euphrate; les Cinéens, les Géthéens , les Amorrhéens , » et les autres qu'.on vient de nommer.
i. Prov, XVI, 32. — 2. Ambr., De obilu Theodos., orat., a 13. 1. Pj.csliii, 1. — 2. Deut., vu, 1. 2.-3. Idem, xxiii, 6. —
— 3. Is., Lviii , (i. — i. EccU,, xiii, 4. — 5. Prov., xvii, 19. — 4. /. Reg.. xv, 7, S, a et seq. — 5. Cen., xtii, 14, 15. — 6. Idem. fi. //. flej., viiT, 15. — 7. /«., XXXII. 16. — 8. C«K., XVI, 20. xv, 18 et seq.
POLITIQUE DE L'ÉCRITURE SAINTE
!¥<■ PnoposmoN. Dieu voulait châtier ces peuples et punir leurs impiétés.
C'étaient des nations abominables , et dès le commencement adonnées à toutes sortes d'idolâtrie , d'injustices et d'impiétés ; race maudite depuis Cham et Chanaan , à qui la malice avait passé en nature par ses habitudes corrompues. Comme il est écrit dans le livre de la Sagesse^ : « Seigneur, vous les aviez en horreur, parce que leurs actions étaient odieuses, et leurs sacrifices exécrables. Ces peuples immolaient leurs propres enfants à leurs dieux ; ils n'épargnaient ni leurs hôtes ni leurs amis ; et vous les avez perdus par la main de nos ancêtres , parce que leur malice était naturelle et incorrigible. »
Tels étaient , dit le Saint-Esprit dans ce divin livre, les anciens habitants de la Terre-Sainte. El c'est pourquoi Dieu les en chassa par un juste jugement, pour la donner aux Israélites.
V" Propositiom. Dieu avait supporté ces peuples avec une longue patience.
« Les iniquités des Amorrhéens ne sont pas encore accomplies, dit le Seigneur à Abraham"''. »
Quelque volonté qu'il eût de donner à un serviteur si fidèle et si chéri l'héritage qu'il avait promis à sa foi, il en suspend la donation actuelle par un conseil de miséricorde.
Mais encore combien durera ce délai? Quatre cents ans, dit-iP, pendant lesquels il exerce la patience de son peuple, et attend ses ennemis à la pénitence. En attendant, dit-il, « tes enfants seront affligés quatre cents ans. » Tant il a de peine à déposséder de leur terre des peuples méchants et maudits !
Arbitre de l'univers! qui vous obligeait à tant de ménagements, vous qui ne craignez personne"? comme il est marqué dans le livre de la Sagesse*. « Et qu'avait-on à vous dire , quand vous eussiez fait périr une des nations que vous avez faites? Mais c'est que vous voulez montrer que vous faites tout avec justice, et que plus vous êtes puissant, plus vous aimez à pardonner. »
Vl« Proposition. Dieu ne veut pas que l'on dépossède les anciens habitants des terres, ni que l'on compte pour rien les liaisons du sang.
Quoique maître absolu de toute la terre pour la donner à qui il lui plaît, Dieu ne se sert pas de ce droit et de ce domaine souverain, pour déposséder de leur pays les peuples qui en avaient la jouissauce paisible; et il ne les en dépouille, pour le donner à son peuple, que par un juste châtiment de leurs crimes.
C'est par cette raison qu'il donne cet ordre exprès aux Israélites" : « Vous passerez par les confins de vos frères, les enfants d'Esaii, qui occupent le mont de Seir, et qui seront effrayés de votre passage. Mais prenez garde soigneusement de ne faire aucun mouvement contre eux : car je ne vous donnerai aucune parcelle de cette montagne , que j'ai donnée en possession aux enfants d'Esaii, pas même autant qu'on pourrait couvrir le pas d'un
\. .Su;)., XII. 3, I pt seq. — 2. Cènes., xv, 1(i. — 3. Idem, 13. — i. Snp., XII, l:), li, IT), 10. — 5. Iieiil., ii, i, 5, 0; //. Par., x.\, 10.
homme. » Vous garderez avec eux toutes les lois du commerce et de la société. <( Vous achèterez leurs vivres argent comptant, et leur paierez jusqu'à l'eau que vous puiserez dans leurs puits, et que vous boirez (dans un pays où elle est si rare). Vous ne passerez point sur leurs terres, mais vous prendrez un chemin détourné, » de peur d'avoir occasion de querelle avec eux.
« Usez -en de même avec les Moabites et les Ammonites, » descendants de Lot, cousin d'Abraham, et comme lui sorti de Tharé, leur père commun. » Ne combattez point contre eux, car je ne vous donnerai aucune partie de leur terre , parce que je l'ai donnée aux enfants de Loi '. »
Les anciens habitants de ces terres , que Dieu avait données aux enfants d'Esaii et à ceux de Lot, sont appelés des géants , et d'autres noms odieux ^ qui , dans le style de l'Ecriture , signifient des hommes robustes et de grande taille, mais sanguinaires, injustes, violents, oppresseurs et ravisseurs. Et l'Ecriture le marque, pour montrer que Dieu les avait livrés à une juste vengeance , quand il les chassa de leurs terres ; encore que ce ne fût pas avec un commandement aussi exprès , et une providence aussi particulière , qu'il la fit paraître à son peuple dans la conquête de la Terre-Sainte.
En un mot , Dieu veut que l'on regarde les terres comme données par lui-même à ceux qui les ont premièrement occupées , et qui en sont demeurés en possession tranquille et immémoriale : sans qu'il soil permis de les troubler dans leur jouissance , ni d'inquiéter le repos du genre humain.
Dieu veut aussi que l'on conserve le souvenir de la parenté, et des origines communes, si éloignées qu'elles soient.
Ainsi , quelque éloignés que fussent les Israélites de Lot et d'Esaii , et même sans considérer qu'Esaii avait été un mauvais frère , il veut toujours qu'on se souvienne des pères communs, et qu'Esaii, comme Jacob, venait d'Isaac : parce qu'il est le père et le protecteur de la société humaine, et qu'il veut faire respecter aux hommes toutes les liaisons du sang, pour rendre autant qu'il se peut, la guerre odieuse par toutes sortes de titres.
V11I« Proposition. Il y a d'autres justes motifs de faire la guerre, les actes d'hostilités injustes, le refus du passage (iemandé à des conditions équitables, le droit des gens violé en la personne des ambassadeurs.
Outre le motif du commandement exprès de Dieu comme juste juge, qui ne paraît qu'une fois dans l'Ecriture, en voici encore d'autres.
Quatre rois conjurés entrèrent dans le pays du roi de Sodome , du roi de Gomorrhe , et de trois autres rois voisins^ Les agresseurs furent victorieux , et se retiraient chargés de butin , et emmenant leurs captifs, parmi lesquels était Lot, neveu d'Abraham, qui demeurait dans Sodome. Mais Dieu lui avait préparé un libérateur. Son oncle Abraham poursuivit ses ravisseurs, les tailla en pièces , ramena Lot , les femmes captives , avec un peuple innombrable et tout le butin. Dieu agréa sa victoire, et le fit bénir par son grand pontife, le
1. ncut., u, 0, 10. — 2. Idem. 10, M, 12, lïi, 20 cl scr|. — 3. Gen.
XIV, 1 et St;il.