‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 407 sur 609 · LIVRE IX. — LES ARMES, PREMIER SECOURS DE LA ROYAUTÉ · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — LES ARMES, PREMIER SECOURS DE LA ROYAUTÉ

alors les Philistins, lui portant envie, exercent contre lui des hostilités et des violences injustes. Et le roi du pays lui fil dire : Relircz-vous, parce que vous êtes devenu beaucoup plus puissant que nous'. »

Quoique cette raison de lui nuire fût basse et injuste , il céda pour le bien de la paix , se retirant dans le voisinage : et l'affaire se termina par un traité de paix solennel, où ses ennemis reconnurent le tort qu'ils avaient, et le bon droit d'Isaac.

Vil» Proposition. Quatrième injuste motif: la gloire des armes, et la douceur de la victoire. Premier exemple.

11 n'y a rien de plus flatteur que cette gloire militaire : elle décide souvent d'un seul coup des choses humaines , et semble avoir une espèce de toute-puissance, en forçant les événements; et c'est pourquoi elle tente si fort les rois de la terre. Mais on va voir combien elle est vaine.

Amasias, roi de Juda, avait remporté des victoires signalées contre l'Idumée, et en avait pris les forteresses les plus renommées. Enflé de ce succès , « il envoya des ambassadeurs à Joas , roi d'Israël, pour lui dire^ : Venez, et voyons-nous (à main armée ; éprouvons nos forces). Joas (plus modéré) lui fit répoudre : Vous avez prévalu contre les enfants d'Edom, et votre cœur s'est enflé : contentez-vous de cette gloire , et demeurez en repos. Pourquoi voulez-vous vous attirer un grand mal, et tomber vous et voire peuple sous sa main ? Amasias n'acquiesça pas à ce sage conseil. Le roi d'Israël marcha : ils se virent , comme Amasias l'avait proposé, à Bethsamès, ville de Juda. Ceux de Juda furent battus et prirent la fuite : Joas prit Amasias et le ramena dans Jérusalem , el fil démolir quatre cents coudées de murailles de celte ville royale ; et en enlev^a tout l'or et tout l'argent qui s'y trouva, et tous les vaisseaux de la maison du Seigneur (de celle d'Obédédom, où l'arche avait reposé du temps de David) et du palais, et prit des otages, et retourna à Samarie. » Tel fut le fruit de la querelle que fil Amasias à Joas , sans autre sujet que celui d'une vaine gloire, et de faire paraître ses forces et le courage des siens.

VIII» Proposition. Second exemple du même motif, qui fait voir combien la tentation en est dangereuse.

« Néchao , roi d'Egypte, marcha en bataille contre les Charcamiles, le long de l'Eiiplirate : et Josias alla à sa rencontre ^ Mais Néchao lui envoya des ambassadeurs pour lui dire : Qu'ai-je à démêler avec vous, roi de Juda? Ce n'est pas à vous que j'en veux : j'attaque un autre pays , où Dieu m'a commandé de marcher en diligence : ne combattez plus contre Dieu qui est avec moi, de peur que je ne vous fasse périr. Josias ne voulut point s'en retourner, mais il se mit en état de faire la guerre , el ne voulut point écouler Néchao, qui lui parlait de la part de Dieu. Il s'avança donc pour combattre dans la plaine de Mageddo. Blessé par les archers, il dit à ses serviteurs : Relirezmoi du combat, car je suis blessé. On l'enleva de

1. Gaies., XXVI, 12, 13 et seq. — 2. IV. lieg.. xiv, 7, 8 et seq. — a. //. Par., XXXV, 20, 21 et scq.

son chariot pour le transporter dans un autre qui le suivait, selon la coutume des rois, el on le ramena à Jérusalem , où il mourut pleuré de tout le peuple , et principalement de Jérémie , dont les lamentations se chantent encore aujourd'hui partout Israël. »

Si un si bon roi se laisse tenter par le désir de la victoire , ou en tout cas par celui de faire la guerre sans raison , que ne doit-on pas craindre pour les autres?

IX<= Proposition. On combat toujours avec une sorte de désavantage, quand on fait la guerre sans sujet.

On peut remarquer, sur ces deux exemples, que c'est an désavantage de faire la guerre sans raison.

Une bonne cause ajoute aux autres avantages de la guerre le courage et la confiance. L'indignation contre l'injustice augmente la force, et fait que l'on combat d'une manière plus déterminée et plus hardie. On a même sujet de présumer qu'on a Dieu pour soi , parce qu'on y a la justice, dont il est le protecteur naturel. On perd cet avantage, quand on fait la guerre sans nécessité , et de gailé de cœur : de sorte que, quel que puisse être l'événement, selon les terribles el profonds jugements de Dieu , qui distribue la victoire par des ordres et par des ressorts Ifès-cachés , lorsqu'on ne met pas la justice de son côté, on peut dire, par cet endroit-là, que l'on combat toujours avec des forces inégales.

C'est même déjà un effet de la vengeance de Dieu d'être livré à l'esprit de la guerre. El il est écrit d' Amasias, dans l'occasion que nous venons de voir, que ce prince ne voulut pas écouler les sages conseils du roi d'Israël, qui le détournait d'une gtierre injustement entreprise : << parce que c'était la volonté du Seigneur, qu'il fût livré aux mains de ses ennemis, à cause des dieux d'Idumée qu'il avait servis'. »

X= Proposition. On a sujet d'espérer qu'on met Dieu de son côté, quand on y met la justice.

« Seigneur! disait Josaphat^, les enfants d'Ammon et de Moab , et les habitants de la montagne de Séir, ont été épargnés par nos ancêtres, lorsqu'ils sortaient de l'Egypte, et ils se sont détournés à côté , pour ne passer point sur ces terres , et n'avoir pas occasion de combattre ces peuples. Et eux, au contraire, ils assemblent une armée immense pour nous chasser de la terre que vous nous avez donnée. Vous donc, noire Dieu, ne les jugerez-vous pas, puisque nous n'avons point assez de force pour nous opposer à cette prodigieuse multitude qui tombe sur nous? Nous ne savons que faire pour leur résister, il ne nous reste que de lever les yeux vers vous.

Ainsi pria Josaphat : el il reçut dans le moment des assurances de la protection de Dieu.

XIo Proposition. Les plus forts sont assez souvent les plus circonspects à prendre les armes.

On en a vu des exemples dans les guerres d'Araasias et de Josias. J'en ajouterai encore un dans un fait particulier.

Dans une déroute des enfants d'Israël du parti

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