CHAPITRE XXVII
Nous aurions moins d'idées si notre esprit était plus parfait.
Il est pourtant véritable que nous aurions moins d'idées si notre esprit était plus parfait. Car à qui connaîtrait les choses pleinement et parfaitement en elles-mêmes, c'est-à-dire, dans leur substance, il ne faudrait qu'une même idée pour une' même chose; et cette idée ferait entendre par un seul regard de l'esprit tout ce qui serait dans son objet.
Mais , comme notre manière de connaître les choses est imparfaite, et que nous avons besoin de les considérer par rapport aux autres choses , de là vient que la même chose ne peut être connue que par des idées différentes , ainsi que nous venons de dire. Si je connaissais pleinement et parfaitement la nature ou la substance de l'âme, je n'aurais besoin , pour la concevoir, que d'une seule idée, en laquelle je découvrirais toutes ses propriétés et. toutes ses opérations. Mais comme je ne me connais moi-même, et à plus forte raison les autres choses , que fort imparfaitement , je me représente mon âme sous des idées différentes, par rapport à ces différentes opérations, et je tâche de rattraper par cette diversité ce que je voudrais pouvoir trouver par l'unité indivisible d'une idée parfaite.