LIVRE IX. — LES ARMES, PREMIER SECOURS DE LA ROYAUTÉ
le feu dans le palais, où il se brûla. Le royaume se divisa en deux. Amri, dont le parti prévalut, et qui semblait avoir relevé le royaume d'Israël en bâtissant Samarie', y régna peu; et sa famille périt sous son petit-fils. Les familles royales les mieux établies virent à peine quatre ou cinq races. Et celle de Jéhu , que Dieu même avait fait sacrer par Elisée, tomba bientôt par la révolte de Sellum, qui tua le roi, et s'empara du royaume^.
Au contraire, dans le royaume de Juda, où la succession était légitime , la famille de David demeura tranquille sur le trône; et il n'y eut plus de guerre civile ; on aimait le nom de David et de sa maison. Parmi tant de rois qui régnèrent sur Israël , il n'y en eut pas un seul que Dieu approuvât : mais il sortit de David de grands et de saints rois imitateurs de sa piété. Le royaume de Juda eut le bonheur de conserver la loi de Moïse , et la religion de ses pères. Il est vrai , que pour leurs péchés , ceux de Juda furent transportés dans Babylone , et le trône de David fut renversé : mais Dieu ne laissa pas sans ressource le peuple de Juda, à qui il promit son retour dans la terre de ses pères après soixante et dix ans de captivité. Mais pour le royaume d'Israël, outre qu'il tomba plus tôt, il fut dissipé sans ressource par les mains de Salmanasar, roi d'Assyrie^, et se perdit parmi les Gentils.
Telle fut la constitution et la catastrophe de ces deux royaumes. Celui que la révolte avait élevé malgré les rois légitimes , quoiqu'ensuite reconnu par les mêmes rois, eut en lui-même une perpétuelle instabilité, et périt enfin sans espérance, par ses fautes.
ARTICLE IV
Encore que Dieu fit la yucrre pour son peuple, d'une façon extraordinaire et miraculeuse, il voulut qu'il s'aguerrit, en lui donnant des rois belliqueux , et de grands capitaines.
Première PROPOsmON. Dieu faisait la guerre pour son peuple du haut des deux, d'une façon extraordinaire et miraculeuse.
Ainsi l'avait dit Moïse sur les bords de la mer Rouge : « Ne craignez point ce peuple immense dont vous êtes poursuivi. Le Seigneur combattra pour vous, et vous n'aurez qu'à demeurer en repos'. »
Outre qu'il ou\Tit la mer devant eux, il mit son ange, pendant qu'ils passaient, entre eux et les Egyptiens , pour empêcher Pharaon de les approcher'.
A la fameuse journée où le soleil s'arrêta à la voix de Josué, pendant que l'ennemi était en fuite. Dieu fit tomber du ciel do grosses pierres , comme une grêle'', afin que personne ne put échapper, et que ceux qui avaient évité l'épée fussent accablés des coups d'en-haut.
Les murailles tombaient devant l'arche ; les fleuves remontaient à leur source pour lui donner passage'', et tout lui cédait.
Quelquefois Dieu envoyait à leurs ennemis, dans leurs songes, des pronostics affreux de leur perte. Ils voyaient l'épée de Gédéon qui les poursuivait
1. ///. Reg.. XV, 27; xvi, 9, 10, 10, 18, 21, 2i. —2. ;V. Reg.. ix, cl X, 30; XV. 10, 12. — 3. Idem, xvii, xviii. — 4. Exod., xiv,13, U. —5. Idem, 19, 20. —6. Jos., x, 10, 11, 12, 13. — 7. Idem, m el VI.
de si près qu'ils ne pouvaient échapper; et ils fuyaient en désordre avec de terribles hurlements, au bruit de ses trompettes et à la lumière de ses flambeaux, et tiraient l'épée l'un contre l'autre, ne sachant à qui se prendre de leur déroute '.
Une semblable fureur saisit les Philistins, quand Jonathas les attaqua , et ils firent un carnage horrible de leurs propres troupes-.
Dieufaisaitgronderson tonnerre surlesfuyards^ qui , glacés de frayeur, se laissaient tuer sans résistance.
Quelquefois on entendait un bruit de chevaux, et de chariots armés , qui épouvantait l'ennemi, et lui faisait croire qu'un grand secours était arrivé aux Israélites; en sorte qu'il se mit en fuite, et abandonna le camp a\'ec tous les équipages*.
D'autres fois , au lieu de ce bruit , Elisée faisait apparaître des chariots enflammés à son compagnon effrayé % qui crut voir autour d'eux une armée invincible, plus forte que celle des Syriens leurs ennemis. Le même prophète frappa les Syriens d'aveuglement, et les conduisit jusqu'au milieu de Samarie'".
On sait le carnage que fit un ange de Dieu en une nuit, à la prière d'Ezéchias, de cent quatrevingt-cinq mille hommes de l'armée de Sennachérib , qui assiégeait Jérusalem''.
Mais il faut finir ces récits par quelque spectacle encore plus surprenant.
Josaphat, qui ne voyait aucune ressource contre l'armée effroyable de la ligue des Iduméens, des Moabites et des Ammonites , soutenus par les Syriens", après avoir imploré le secours de Dieu, et en avoir obtenu les assurances certaines par la bouche d'un saint prophète, comme il a été remarqué ailleurs, marcha contre l'ennemi par le désert de Thécué , et donna ce nouvel ordre de guerre' : « qu'on mît à la tête de l'armée les chantres du Seigneur, qui tous ensemble chantassent ce divin psaume : « Louez le Seigneur, parce qu'il est bon , parce que ses miséricordes sont éternelles. » Ainsi l'armée change en chœur de musique : à peine eût-elle commencé ce chant divin , que les ennemis, qui étaient en embuscade, se tournèrent l'un contre l'autre , et se taillèrent eux-mêmes en pièces; en sorte que ceux de Juda, arrivés à une hauteur vers la solitude, virent de loin tout le pays couvert de corps morts , sans qu'il restât un seul homme en vie parmi les ennemis ; et trois jours ne suffirent pas à ramasser leurs riches dépouilles. Cette vallée s'appela la Vallée de Bénédiction; parce que ce fut en bénissant Dieu qu'ils défirent une armée qui paraissait invincible. Josaphal retourna à Jérusalem en grand triomphe; et entrant dans la maison du Seigneur, au bruit de leurs harpes , de leurs guitares et de leurs trompettes , on continua les louanges de Dieu , qui avait montré sa bonté dans la punition de ces injustes agresseurs.
C'est ainsi que s'accomplissait ce qu'avait chanté la prophétesse Débora'" : « Le Seigneur a choisi une nouvefie manière de faire la guerre : on a combattu du ciel pour nous; et les étoiles, sans quitter
1 . Jud., vu , 13 et seq. — 2. /. Reg. xiv, 19, 20. — 3. Idem , vu , 10; Eccli., XLVi,20.21.— i. IV. fi«g., vu, 6, 7. — 5. Idem, vi, IB, 17. — «. Ibid., 18, 19.-7. /Wd., xix, 35. — 8. //. Par.,xx,l,2 et seq . —9. ldem,%l. — 10. Jud.. v,8, 20.
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POLITIQUE DE L'ECRITURE SAINTE
'eur poste, ont renversé Sisara. » Tonte la nature était pour nous : les astres les ont déclarés; et les anges, qui y président sous l'ordre de Dieu, et à la manière qu'il sait, ont lancé d'en-haut leurs javelots.
II<: Proposition. Celte manière extraordinaire de faire la guerre n'était pas perpétuelle, le peuple ordinairement coratallait à main armée, et Dieu n'en donnait pas moins la victoire.
La plupart des batailles de David se donnèrent à la manière ordinaire. 11 en fut de même des autres rois : et les guerres des Machabées ne se firent pas autrement. Dieu voulait former des combattants, et que la vertu militaire éclatât dans son peuple.
Ainsi fut conquise la Terre-Sainte par les valeureux exploits des tribus. Ils forçaient l'ennemi dans ses camps et dans ses villes parce, qu'ils étaient de vigoureux attaquants'. C'était Dieu toujours qui donnait aux chefs, dans les occasions, les résolutions convenables, et aux soldats'l'intrépidité et l'obéissance : au lieu qtt'il envoyait au camp ennemi l'épouvante, la discorde et la confusion. Jabès, le plus brave de tous ses frèi-es , invoqua le Dieu d'Israël, et lui fit un vœu qui lui attira son secours^; mais ce fut en combattant vaillamment. Ainsi Caleb ; ainsi Juda; ainsi les autres. Ruben et Gab conquijjent les Agaréens et leurs alliés, « parce qu'ils invoquèrent le Seigneur dans le combat : et il écouta leurs prières , à cause qu'ils eurent confiance en lui en combattante »
1II« Proposition. Dieu voulait aguerrir son peuple : et comment
(( Je ne détruirai pas entièrement les nations que Josué a laissées en état, avant sa mort*. » Dieu donc les a laissées en état, et ne les a pas voulu exterminer tout à fait, ni les livrer aux mains de Josué, <( afin qu'Israël fût instruit par leur résistance , et que tous ceux qui n'ont pas vu les guerres de Chanaan , apprissent, eux et leurs enfants, à coiubattre l'ennemi, et s'accoutumassent à la guerre e »
IVn Proposition. Dieu a donné à son peuple de grands capitaines, et des princes belliqueux.
C'était un nouveau moyen de le former à la guerre. Et il ne faut que nommer un Josué , un Jephté, un Gédéon, un Saiil et un Jonathasfun David, et sous lui un Joab, un Abisa'i, un Abner et un Amasa ; un Josaphat, un Osias, un Ezécliias ; un Judas le Machabée, avec ses deux frères Jona- Ihas et Simon; un Jean Hircan, fils du dernier; et tant d'autres, dont les noms sont célèbres dans les saints livres, et dans les archives du peuple de Dieu : il ne faut, dis-je, que les nommer, pourvoir dans ce peuple plus de grands capitaines et de princes belliqueux , de qui les Israélites ont appris la guerre, qu'on n'en connaît dansles autres nations.
On voit même, à commencer par Abraham , que ce grand homme si renommé par sa foi, ne l'est pas moins dans les combats.
Tous les saints livres sont remplis d'entreprises militaires des plus renommées, faites non-seule-
i. t. Par , VII, 2 3, 4 et spq. — 2. Idem iv 10 ~i. lui., I. 2t, 23.— 5. Idem, i.i, i.
■ 3. Ibid., V, 20.
ment en corps de nation, mais aussi parles tribus particulières, dans la conquête de la terre sainte : ainsi qu'il paraît par les neuf premiers chapitres du premierlivre des Paralipomènes. Si bien qu'on ne peut douter que la vertu militaire n'ait éclaté par excellence dans le peuple saint.
V° Proposition. Les femmes mêmes, dans le peuple saint, ont excellé en courage , et ont fait des acies étonnanis.
Ainsi Jahel, femme de Haber, perça de part en part les tempes de Sisara avec un clou. Ainsi, sous les ordres de Barac et de Débora la prophétesse, se donna la sanglante bataille où Sisara fut taillé en pièces'.
La prophétesse chanta sa défaite par une ode^ dont le ton sublime surpasse celui de la lyre d'un Pindare et d'un Alcée, avec celle d'un Horace leur imitateur. Sur la fin, on y entend le discours de la mère de Sisara, qui regarde par la fenêtre, et s'étonne de ne pas entendre le bruit de son char victorieux; pendantque la plus habile de ^es femmes répondait chantant ses victoires, et se le représentait comme un vainqueur à qui le sort destinait, de sa part d'un riche butin, la plus belle de toutes les femmes", comme faisaient les peuples barbares. Mais', au contraire, il était tombé par la main d'une femme. « Ainsi périssent. Seigneur, conclut Débora*, tous tes ennemis; et que ceux qui t'aiment brillent comme un beau soleil dans son orient. » Telle fut donc la victoire qui donna quarante ans de paix au peuple de Dieu.
î Tout le monde me prévient ici , pour y ajouter une Judith , avec la tète d'un Holopherne qu'elle avait coupée, et par ce moyen mis en déroute l'armée des Assyriens, commandée par un si grand général.
Ce fut en vain qu'il assembla une redoutable ' armée, qu'il surmonta tant de montagnes, força tant de places, traversa de si grands fleuves, mit le feu dans tant de provinces, reçut les soumissions de tant de villes importantes, où il choisissait ce qu'il y avait de braves soldats pour grossir ses troupes e
Sa vigilance à mener ses troupes, à les augmenter dans sa marche, à visiter les quartiers, à reconnaître les lieux par où une place pouvait être réduite, et à lui couper les eaux, lui fut inutile : sa tête était réservée à une femme , dont ce fier général croyait s'être rendu le maître.
Cette femme, par ses vigoureux conseils, avait premièrement relevé le courage de ses citoyens; et par la mort d'un seul homme, elle dissipa le superbe camp des Assyriens. Ce ne fut point une vigoureuse jeunesse , ce ne fut point les Titans hautains , ni les Géants , qui frappèrent leur capitaine : c'est Judith , fille de Mérari , qui le captiva par ses yeux, et le fit tomber sous sa main. Les Perses furent effrayés de sa constance, et les Mèdes de son audace ". » Ainsi chantait-elle comme une autre Débora, la victoire du Seigneur par une femme, qui , durant tout le reste de sa vie, fit l'ornement de toutes les fêtes, et demeura à jamais célèbre'', pour avoir su joindre la force à la chasteté.
i. Jud.. IV. — 2. Idem, v. 1, 2 el scq. — 3. Ibid., v, 28, 29, 30. — 4. /b/ii., 31,32. — 5. /((il/,, 1, 11 III. — 6. ;6i(/., XVI, 8, 12. — 7. /(/id.. 25, 20, 27.