LIVRE IX. — LES ARMES, PREMIER SECOURS DE LA ROYAUTÉ
d'évidence que dans la manière de faire la guerre, que Dieu prescrit à son peuple en lui mettanl les armes à la main.
« Si vous assiégez une ville , d'abord vous lui ofTrirez la paix. Si elle l'accepte , et qu'elle vous ouvre ses portes, tout le peuple qu'elle contient sera sauvé , et vous servira sous tribut. Si elle refuse l'accommodement, et qu'elle vous fasse la guerre, vous la forcerez : et quand le Seigneur vous l'aura mise entre les mains, vous passerez au fil de l'épée tout ce qu'elle aura de combattants , en épargnant les femmes , les enfants et les animaux. "Vous ferez ainsi à toutes les villes éloignées, et qui ne sont pas du nombre de celles qui doivent vous être données pour votre demeure'. » A celleslà. Dieu n'ordonne point de miséricorde, pour des raisons particulières, que nous avons déjà remarquées-, mais c'est une exception, qui, comme on dit, affermit la loi.
Moïse continue de la part de Dieu ^ : « Lorsque vous tiendrez longtemps une ville assiégée et que vous l'aurez environnée de travaux, vous ne couperez point les arbres fruitiers, et vous ne ravagerez point les environs. Vous ne vous armerez point de cognées contre les plantes : car c'est du bois , et non pas des hommes qui peuvent accroître le nombre de ceux qui vous combattront (cela s'entend des arbres fruitiers). Mais pour les arbres sauvages, qui sont propres à d'autres usages, coupezles, et dressez vos machines, jusqu'à ce que la ville soit prise. »
La prudence, la persévérance, et en même temps la justice avec la bénignité, reluisent dans ces paroles.
VI' Proposition. Ne se point rendre odieux dans une terre étrangère.
Vous me troublez parla guerre injuste que vous avez entreprise contre ceux de Sichem ; et vous me rendez odieux aux peuples de cette contrée, que j'avais toujours si bien ménagés, dit Jacob à Siméon et à Lévi ses enfants*. Il se retire et cherche la paix.
VU" Proposition. Cri militaire avant le combat, pour connaître la disposition du soldat.
« Quand on sera prêt à venir aux mains, les chefs de chaque escadron feront celte publication à toute l'armée" : Si quelqu'un a bâti une maison, et ne l'a pas dédiée, qu'il y retourne, et qu'il n'ait point le regret de la laisser peut-être dédier à un autre. Qui a planté une vigne , dont il n'a point encore exposé le fruit en vente, qu'il fasse de même. Qui a fiancé une femme, et ne l'a point encore épousée, qu'il aille la prendre, et ne la laisse point à un autre. »
Ce cri voulait des soldats qui n'eussent rien à % cœur que le combat, et n'eussent rien , dans le souvenir, qui piit ralentir leur ardeur.
Après, on faisait encore ce cri général'^ : « Si quelqu'un est effrayé dans son cœur, qu'il se retire dans sa maison , de peur qu'il n'inspire à ses frères la terreur dont il est rempli. »
i. Deut., XX, 10, 11 et seq. — 2. Ci-iicssus, ail. i, ii* prop. — 3. Cent., XX, 19, 20. — i. Gen., xxxiv,30. —5. Deut., xx, 2, 5 et seq — 0. Uem, 8.
La coutume de ce cri durait encore dans les guerres des Machabées'. Elle ne laissait au soldat que l'amour de la patrie , avec le soin de combattre, sans avoir regret à sa vie.
Vni= Proposition. Choix du soldat.
Quand Gédéon assembla l'armée pour poursuivre les Madianites, il reçut cet ordre de Dieu'^ : « Parle au peuple , et que tout le monde entende ceci : Qui a peur, qu'il se retire. Il se retira vingtdeux mille hommes, et il n'en resta que dix mille. Dieu continua' : Mène ce peuple au bord des eaux. Que ceux qui lécheront les eaux en passant , à la manière des chiens, et que ceux qui fléchiront les genoux (pour boire à leur aise), soient mis à part : et le nombre des premiers, qui prenant l'eau avec la main, la portèrent à leur bouche, fut de trois cents seulement, que Dieu choisit pour combattre ; » et apprit à ce général, que ceux qui se trouveraient les plus propres à supporter la faim et la soif étaient les meilleurs soldats.
IX» Proposition. Qualité d'un homme de commandement.
« Sois courageux et fort. Soyez homme : ne craignez rien : n'appréhendez rien*. >i
C'est la première vertu qu'on demande aux hommes de commandement, et le fondement de tout le reste.
C'est aussi ce qui faisait dire à Néhémias, gouverneur de la Judée, lorsqu'on lui inspirait des conseils timides : <( Mes pareils n'ont point peur, et ne fuient jamais". »
X= Proposition. Intrépidité.
« Josué leva les yeux, et vit devant lui un homme qui le menaçait l'épée nue''. Il s'avance sans s'effrayer, et lui dit : Etes-vous des nôtres, ou du parti ennemi? » comme qui dirait parmi nous : Qui vive? Il apprit, en approchant, que c'était un ange. « Je suis, dit-il, un des princes de l'armée du Seigneur; » de cette armée invisible toujours prête à combattre pour ses serviteurs. Et Josué tourna son attaque en adoration, après néanmoins avoir appris par cette preuve , qu'il ne faut rien craindre à la guerre , pas même un ange de Dieu en forme humaine.
XIiî Proposition. Ordre d'un général.
" Que chacun fasse comme moi, et suive ce qu'il me verra exécuter' : » les yeux attachés au général, et le cœur prêt à le suivre dans tous les périls.
Ainsi parla Gédéon, au commencement d'un combat. C'est l'ordre le plus noble et le plus fier, que général donna jamais à ses soldats.
Xlle Proposition. Les tribus se plaignaient lorsqu'on ne les mandait pas d'abord pour combattre l'ennemi.
« Ceux de la tribu d'Ephra'im disaient à Gédéon* : D'où vient que vous ne nous avez pas mandés plus tôt, et dès le moment que vous alliez à la guerre contre Madian ? Ils lui parlaient durement, tout prêts à lui faire violence. »
On les avait seulement mandés pour poursuivre
1. /. Mach.. m, 5(i. — 2. Jud., vu, 3. — 3. Itlem , i, 5, G. — i. Jos., i,(j, 7,9; /. Par.,xxii, 13. — 5. //. Esdr.,\i,\l. —fi. ./os.. V. 13-16. — 7. Jud., vil, n. — 8. Idem, viil, 1.
lM.)LrnQUE DE L'HCHITURE SAINTE.
l'ennemi mis en déroute , et ils avaient coupé chemin aux Madianites ; en sorte qu'ils avaient pris Oreb et Zeb, deux de leurs chefs, dont ils portaient les têtes au bout de leurs piques '. Et l'envie de combattre était si grande, qu'ils murmuraient contre Gédéon comme on vient d'entendre.
XIII° Proposition. Un général apaise des braves gens en les louant.
« Mais Gédéon leur répondit^ : Qu'ai-je pu faire qui égale vos vaillants exploits ? Un raisin de la tribu d'Ephraim vaut mieux que toute la vendange d'Abiézer (quelque abondant que soit ce pays). Le Seigneur vous a livré Oreb et Zeb : qu'ai-je pu faire qui vous égalât? » Leur colère fut apaisée par cette louange.
XIV» Proposition. Mourir ou vaincre.
C'est ce qui fait des soldats déterminés , qui ne démordent jamais : tels que furent ceux dont il est parlé dans la guerre entre David et Isboseth.
« Abner dit à Joab : Que notre jeunesse joue devant nous^; » c'est-à-dire qu'elle combatte à outrance, en combat singulier, comme on faisait dans nos tournois. Aussitôt on choisit douze de la tribu de Benjamin, du côté d'Isboseth, et douze du côté de David. En ce moment ils s'approchent. Chacun d'eux prit la têle de son ennemi , » à la façon peut-être des gladiateurs qui avaient un rets à la main pour cela , « et en même temps lui enfonça le poignard dans le flanc ; et ils tombèrent tous morts l'un sur l'autre en même temps. » Sur l'heure on récompensa leur valeur, en appelant ce champ le « Champ des Forts en Gabaon. » Et le titre lui en demeura , en mémoire d'une action si déterminée.
XV» Proposition. Accoutumer le soldat à mépriser l'ennemi.
« Amenez-moi ces cinq rois qui se sont cachés dans cet antre*. » Dieu les avait condamnés à mort. « Quand on les eût amenés, Josué appela ses soldats , et en leur présence il donna cet ordre aux chefs ° : Mettez le pied sur la gorge à ces malheureux. Et pendant qu'on les foulait ainsi aux pieds : Dieu , poursuit-il , en fera autant à tous vos ennemis. Soyez gens de cœur, et ne craignez rien. Et après les avoir tués, on les attacha à cinq poteaux jusqu'au soir, pour être en spectacle au peuple : et on les jeta dans la caverne où ils avaient été pris, entassant, selon la coutume d'alors , de grosses pierres à son ouverture , pour mémorial éternel à la postérité. »
XVli' Proposition. La diligence est la précaution dans les e.'spéditions , et dans toutes les affaires de la guerre.
« Prenez des vivres autant qu'il en faut. Dans trois jours (à jour nommé) vous passerez le Jourdain , et vous entrerez dans le pays ennemi*. »
En même temps Josué env'oie des gens aux nouvelles , et fait observer Jéricho. Il apprit que tout était dans l'épouvante. Il marche toute la nuit', voulant signaler le commencement de sa nouvelle
1. Jud., vu, 24, 25. — 2. Idem, vni, 2, 3. — 3. //. lieg.. il, U, 15, 1(1. — i. Jos.. X, 22, 23.-5. Wera, 24-26. — G. Ibid..i,il.— 7. Ibid., II, l, 2, 24; m, 1.
principauté par quelque action d'éclat. « Je commencerai, dit le Seigneur', aujourd'hui à faire éclater ton nom comme celui de Moïse. »
Gédéon se lève la nuit, assemble l'armée, bal l'ennemi , le poursuit sans relâche , tombe à l'impourvu sur quinze mille hommes qui restaient ; prit leurs commandants, qui se reposaient en assurance , et ne s'attendaient à rien moins qu'à être attaqués ; tailla tout en pièces , et revint devant le coucher du soleil -.
Pour profiter de son avantage, et voyant que le soldat avait repris cœur, Saûl , sans perdre un moment , et sans même donner le temps de se rafraîchir, prend dix mille liommes qu'il trouva sous sa main : « Et , dit-il , maudit soit celui qui mangera avant que je sois vengé de mes ennemis. » Il en fit un grand carnage depuis Machmis jusqu'à Aïalon, dans un grand pays^ Non content de cette victoire , quoique ses soldats fussent très-fatigués : (( Marchons, disait-il', tombons-leur dessus pendant la nuit , et ne cessons de faire main basse jusqu'au matin. »
Baasa , roi d'Israël, fortifiait Rama, et empêchait par ce moyen les rois de Juda de mettre les pieds sur ses terres ; s'assurant un poste d'où il tirait de grands avantages. Mais Asa , roi de Juda , en vit l'importance. Sans ménager ni or ni argent, il gagne le roi de Syrie contre Baasa : l'ouvrage est interrompu par cette guerre imprévue , et Baasa se retire^ : Asa, sans perdre de temps, envoie ses ordres par tout son royaume , en cette forme absolue" : <( Que personne ne soit excusé. Ainsi on enleva en diligence les matériaux de la nouvelle fortification de Rama : et Asa en bâtit deux forteresses. » Tel fut l'effet de sa diligence. Elle affaiblit l'ennemi et le fortifia lui-même.
On irait à l'infini , si l'on voulait rapporter les exemples d'activité , de vigilance , de précautions qu'ont donnés, dans les expéditions de guerre, les Josué , les Gédéon , les David , les Machabées , et les autres grands capitaines dont l'histoire sainte nous a conservé la mémoire.
XYIli! Proposition. Alliance à propos.
On en vient de voir un bel exemple, quand Asa s'unit si à propos avec le roi de Syrie : les autres seraient superflus ; et il suffit de remarquer une fois , qu'il y a des conjonctures où il ne faut rien épargner.
XVIIl'' Proposition. La réputation d'être homme de guerre tient l'ennemi dans la crainte.
« Chusa'i dit à Absalon'' : Vous connaissez votre père et les braves gens qu'il a avec lui, d'un courage intrépide, et qui s'irrite par ses pertes, comme une ourse à qui on a ôté ses petits. Votre père est un homme de guerre , et ne s'arrêtera point avec le reste du peuple; il vous attend dans quelque embuscade, ou dans quelque lieu avantageux. S'il nous arrive le moindre échec, le bruit aussitôt s'en ! répandra de tous côtés , et on publiera qu'Absalon j a été battu ; et ceux qui sont à présent comme des lions, perdront courage par cette nouveUe. Car on
1. Jos.. 1,7. — 2. Jud., VII, 1; VIII, H, 12, 13. — 3. I.Eeg.. XIV, 24 fl seq. — 4. Idem, 3B. — 5. ///. Reg., xv, 17-21. — 6. Idem, i 22. — 7. ;;. /ie»., xvii, 8, 9, 10.