LIVRE IX. — LES ARMES, PREMIER SECOURS DE LA ROYAUTÉ
sait quç votre père est un homme fort , et qu'il est environné de braves gens. » Il concluait à ne rien hasarder, et à l'attaquer à coup sûr. Ce qui donnait à David le temps de se reconnaître, et lui assurait la victoire. Et il arrêta par cette seule considération, l'impétuosité d'Absalon, qui craignit dans David les ressources que ce grand capitaine pouvait trouver dans son habileté dans la guerre, et dans son courage.
XIX° Proposition. Honneurs militaires.
Saiil après ses victoires, érigea un arc de triomphe ', en mémoire à la postérité, pour l'animer par les exemples , et par de pareilles marques d'honneurs.
La constitution du pays ne permettait pas alors d'ériger des statues que la loi de Dieu réprouvait. On érigeait des autels, pour servir de raémoriaP, ou l'on faisait des amas de pierres^.
XX» Proposition. Exercices militaires et distinctions marquées parmi les gens de guerre.
David fit apprendre aux Israélites à tirer de l'arc*; et fit un cantique pour cet exercice, à la louange de Saiil , qui apparemment l'avait établi.
Ceux de la tribu d'Issachar étaient en réputation de savoir mieux que les autres le métier de la guerre. « Il y avait deux cents hommes de cette tribu qui étaient très-habiles et savaient instruire Israël, » à faire en son temps et à propos toutes sortes de mouvements ; « et le reste de la tribu suivait leurs conseils ^ »
Dans la paix profonde du règne de Salomon , les exercices militaires demeurèrent en honneur, et deux cent cinquante chefs instruisaient le peuple".
Ce prince si pacifique entretenait dans le peuple l'humeur guerrière. 11 employait les étrangers aux ouvrages royaux : mais non pas les enfants d'Israël. C'étaient eux qu'il occupait de la guerre'. Ils étaient les-premiers capitaines et commandaient la cavalerie et les chariots.
Les uns , et principalement ceux de Juda et de Nephthali , combattaient avec le bouclier et la pique; les autres joignaient l'arc avec le bouclier'* : et chacun était instruit à manier les armes dont il se servait.
Josaphat, quoiqu'il fît la guerre plus pour ses alliés que pour lui-même , se rendit célèbre par le bon ordre qu'il donna à la milice '.
La réputation d'Osias fut portée bien loin par une semblable vigilance , qui lui fit ajouter aux soins des rois ses prédécesseurs celui de construire des magasins d'armes et de casques, de boucliers, d'arcs et de frondes , avec des machines de toutes les sortes ; tant celles qu'il conservait dans les tours, que celles qu'il tenait dressées sur les murailles pour -tirer des dards, et jeter de grosses pierres '" : en sorte que rien ne manquait à l'exercice des armes.
Les distinctions honorables animèrent aussi le courage des braves gens.
On distinguait sous David de ces espèces de ti-
\. I. Reo-, XV, 12. — 2. Wem,xix.33. - 3. Jos.. x.27; //. Reg., XVII, n, 18. — i. II Reg.. i, 18. — 5. /. Par., xii. 32. — C. Idem. VIII, 10. — 1. II. Par., vrii, 9. —8. /. Pni-., viii, 10; xii , 24,34, 38. — 9. ;/. Par., xvii, 2, 10, 13 el scq. — 10. Idem , xxvi, 8, 14,15.
très ' : les trois forts , de deux ordres différents , avec les trente qui avaient leur chef. Leurs actions étaient remarquées dans les registres publics. Il y en avait qu'on nommait les capitaines du roi ; les grands , ou les premiers capitaines ^ ; ou les capitaines des capitîiines'.
On voit ailleurs comme un état de deux mille six cents officiers principaux*. Sous chaque prince, on reconnaît ceux qui étaient établis pour les commandements généraux , ceux qui commandaient après eux, et tout l'ordre de la milice ^
Dieu voulait montrer dans son peuple un Etat parfaitement constitué , non-seulement pour la religion et pour la justice, mais encore pour la guerre comme pour la paix, et conserver la gloire aux princes guerriers.
ARTICLE VI
Sur la paix et la guerre : diverses observations sur l'une et sur l'autre.
PRE.yiÈRE Proposition. Le prince doit afTectionner les braves gens.
Saiil , en qui l'on admirait de si grandes qualités, se faisait remarquer par celle-ci : « tout homme qu'il voyait courageux et propre à la guerre il se l'attachait. »
C'est le moyen de s'acquérir tous les braves. Vous en prenez un , vous en gagnez cent. Quand on voit que c'est le mérite et la valeur que vous cherchez , on entre en reconnaissance du bien que vous faites aux autres , et chacun espère y venir à son tour.
Ile Proposition. Il n'y a rien de plus beau dans la guerre, que l'intelligence entre les chefs et la conspiration de tout l'Etat.
Joab se voyant comme environné des ennemis , partagea l'armée en deux , pour faire tète de tous côtés; une partie contre les Ammonites et une partie contre les Syriens. « Si les Syriens me forcent, dit Joab à Abisa'i^ secourez-moi; et si les Ammonites'prévalent de votre côté, je serai à votre secours. Soyez homme de courage, et combattons pour notre peuple et pour la cité de notre Dieu. Après cela , que le Seigneur fasse ce qu'il plaira à ses yeux. » Faire ce qu'on doit, s'entendre, être attentif l'un à l'autre, être résolu à tout, et soumis à Dieu , c'est tout ce que doivent faire de bons généraux .
Judas parla en ces termes à son frère Simon * : (c Choisissez des hommes ; marchez , et délivrez vos frères dans la Galilée, et moi , avec Jonathas, nous irons dans le pays de Galaad. » Il laissa Joseph , fils de Zacharie , et Azarias , deux chefs de l'armée , avec le reste des troupes pour garder la Judée , leur défendant de combattre jusqu'à leur retour. Simon, avec trois mille hommes, combattit heureusement dans la Galilée , poursuivit les vaincus bien avant, et jusqu'aux portes de Ptolémaïde ; fit beaucoup de butin, et amena en Judée ceux que les Gentils tenaient captifs avec leurs femmes et leurs enfants. En même temps Judas et Jonathas passèrent le Jourdain avec huit mille
1. ;/. fleg.,xxxni, 9 et seq.-, /. [Par., xi, 10, H, 15 et scq. — 2. II. Par., XXVI, 11; viii, 9. — 3. /. Par., vu, 40. — 4. //. Par., XXVI, 12. — 5. Idem, xvit. 14, 15'et seq. — 6. /. Reg., xiv, 52. — 1 7. /;. Reg., y. , 11 , 12. — 8. /. Mach., v, 17 et seq.
POLITIQUE DE L'ÉCUITUKE SAINTE
hommes, prirent beaucoup de places fortes dans Galaad , et après avoir remporté, sans perte, de signalées victoires, ils retournèrent en triomphe dans Sion , où ils offrirent leurs holocaustes en actions de grâces. Le peuple saint prit le dessus de ses ennemis par ce concours de trois chefs. Joseph , fils de Zacharie, et Azarie, un des chefs, rompirent ce beau concert , et firent une grande plaie en Israël , comme on le dira dans un moment.
Squs Satil , Jabès en Galaad , ville au delà du Jourdain , assiégée par Naas , roi des Ammonites , offrit de traiter et de se soumettre à sa puissance. Naas répondit avec une dérision sanglante' : « Tout le traité que je veux faire avec vous , c'est que vous me livriez chacun son œil droit, et que je vous fasse l'opprobre de tout Israël. Le conseil dé la ville répondit : Donnez-nous sept jours pour envoyer aux tribus; et si dans ce temps nous ne sommes secourus, nous nous rendrons à votre volonté. » Leurs envoyés vinrent donc à Gabaa, où Saiil faisait sa résidence , et ils déclarèrent à tout le peuple l'état où était la ville : tout le peuple éleva la voix , et fondit en larmes. Chacun pleurait une ville qu'on allait perdre, comme si on lui arrachait un de ses membres. Saiil arriva pendant l'assemblée , suivant ses bœufs qui venaient de la campagne. Car nous avons déjà vu que tout sacré qu'il était, et reconnu roi, il faisait sans façon et sans s'élever davantage, son premier métier. Telle était la simplicité de ces temps. Etant venu dans l'assemblée, il dit- : « Quel est le sujet de tant de larmes , et de ces cris lamentables de tout le peuple? » Alors on lui raconta l'état de Jabès. « L'esprit de Dieu le saisit ; il mit en pièces ses deux bœufs , et en envoya les morceaux par tout Israël , avec cet ordre : Ainsi sera fait aux bœufs de tout homme qui manquera de suivre Saiil , et de marcher en campagne. » On obéit : il fit la revue ; il trouva sous ses étendards trois cent mille combattants : et la seule tribu de Juda y en ajouta trente mille. Il renvoya les députés de Jabès avec cette réponse précise : « Vous serez secourus demain. » L'effet suivit la parole. Dès le matin , Saiil partagea son armée en trois , entra au milieu du camp ennemi , et ne cessa de tuer jusqu'à la grande chaleur du jour, tous les ennemis furent dispersés, et il ne resta pas deux hommes ensemble. C'est ce que fit l'intérêt public , la diligence , la conspiration du roi , du peuple , et de toutes les forces de l'Etal.
On conserva éternellement la mémoire d'un tel bienfait. Ceux de Jabès-Galaad, touchés de ce souvenir, furent fidèles à Saiil jusqu'après sa mort, et furent les seuls de tout Israël qui l'ensevelirent. David leur en sut bon gré, et leur fit dire^ : « Bénis soyez-vous de Dieu, vous qui avez conservé vos reconnaissances à Saiil votre seigneur : le Seigneur vous le rendra, et moi-même je vous récompenserai de ce devoir de piété. Car encore que Saiil votre seigneur soit mort, Juda m'a choisi pour roi. El je succéderai à l'amilié qu'il avait pour vous, ainsi qu'à son trône. «