‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 425 sur 609 · LIVRE X. — AUTRES SECOURS DE LA ROYAUTÉ · texte numérisé non relu

LIVRE X. — AUTRES SECOURS DE LA ROYAUTÉ

sadeurs de David ; et la conjoncture des temps demandait qu'on en donnât la gloire au prince.

Quand il fallut lui parler pour le retour d'Absalon, et entrer dans les alTaires de la famille royale, Joab, bien instruit qu'il y a des choses où il vaut mieux agir par d'autres que par soi-même, ménagea la délicatesse du roi , et il employa auprès de David cette femme sage de Thécué. Mais un prince si intelligent « reconnut bientôt la main de Joab, et lui dit' : « J'ai accordé votre demande; faites revenir Absalon. Joab, prosterné à terre répondit : Votre serviteur connaît aujourd'hui qu'il a trouvé grâce devant son seigneur, puisqu'il fait ce qu'il lui propose. " Il sentit la bonté du roi dans cette occasion , où il s'agissait de l'intérêt d'autrui , plus vivement que dans les grâces quoique infinies qu'il avait reçues en sa personne.

Je passe les autres traits qui feraient connaître l'habileté de Joab et ses sages ménagements. Les vengeances particulières, et ses ambitieuses jalousies , lui flrent perdre tant d'avantages , et au roi l'utilité de tant de services.

Nous avons raconté ailleurs le honteux assassinat d'.\hner, que David ne put punir sur un homme aussi nécessaire à l'Etat qu'était Joab , et dont il fut contraint de se disculper en public.

Il se vit même forcé de destiner sa place à un autre : et il choisit Amasa-, qui en était digne, mais Joab le tua en traître. « Et ses amis disaient : Voilà celui qui voulait avoir la charge de Joab^. » Il mettait sa gloire à se faire redouter, comme un homme que l'on n'attaquait pas impunément.

En un mot , il était de ceux qui veulent le bien , mais qui veulent le faire seuls sous le roi. Dangereux caractère, s'il en fût jamais; puisque la jalousie des ministres, toujours prêts â se traverser les uns les autres , et à tout immoler à leur ambition , est une source inépuisable de mauvais conseils, et n'est guère moins préjudiciable au service que la rébellion.

C'est le désir de se maintenir, qui le fit entrer dans les intérêts d'Adonias contre Salomon , et contre David.

On sait les ordres secrets que ce roi mourant fut obligé de laisser à son successeur', contre un ministre qui s'était rendu si nécessaire , que les conjonctures ne lui permettaient pas de le punir. 11 fallut enfin verser son sang , comme il avait versé celui des autres. Trop complaisant pour David, il fut complice de la mort d'Urie que ce prince rendit porteur des ordres donnés pour sa perte à Joab même°. Dieu le punit par David, dont il flatta la passion. C'est alors plus que jamais qu'il devait le contredire, et faire sentir aux rois que c'est les servir que d'empêcher qu'ils ne trouvent des exécuteurs de leurs sanguinaires desseins.

IVc Proposition. Holopherne, sous Kabuchodonosor, roi de Kinive , et d'Assyrie.

Judith lui parle en ces termes'' : « Vive Kabuchodonosor, roi de la terre ! et vive sa puissance qu'il a mise en vous, pour la correction de toute âme errante ! Non-seulement les hommes lui seront

l. II. Ke!)..xiv, 10, 21,22. —2. hUm. xix , 13. —3. Ibid.. xx. 11. 10. H. — i. III. neg.,ii, 5,6. — 5. //. Reg.,yi.i, U, 15, 17.— (î. Judith., XI, 5, 6.

soumis par votre vertu, mais encore les bêtes lui obéiront. Car le bruit de votre sagesse s'est répandu par toutes les nations de l'univers. On sait par toute la terre , que vous êtes le seul bon et le seul puissant dans tout son royaume ; et le bon ordre que vous y établissez se publie dans toutes les provinces. »

Il paraît, par ces paroles, qu'il n'était pas seulement chef des armes; mais encore qu'il avait la direction de toutes les affaires, et qu'il avait la réputation de faire régner la justice, et de réprimer les injures et les violences.

Son zèle pour le roi son maître éclate dans ses premières paroles à Judith ' : » Soyez en repos et ne craignez rien : je n'ai jamais nui à ceux qui sont disposés à servir le roi Nabuchodonosor. »

Partout il parle avec raison, avec dignité. Les ordres qu'il donne dans la guerre seront approuvés de tous les gens du métier ; et on ne trouve rien à désirer à ses précautions dans les marches, ni à sa prévoyance pour les recrues et la subsistance des troupes.

Il ne faut point attendre de religion des hommes ambitieux. « Si votre Dieu accomplit la promesse que vous me faites , de me livrer votre peuple , il sera mon Dieu comme le vôtre ^ » Le Dieu des âmes superbes est toujours celui qui contente leur ambition.

" C'était un opprobre, parmi les Assyriens, si une femme se moquait d'un homme ^ » en conservant sa pudeur. Les gens de guerre , par-dessus les autres , se piquent de ces malheureuses victoires ; et regardent un sexe infirme comme la proie assurée d'une profession si brillante.

Holopherne , possédé de cette passion insensée , parut hors de lui-même à la vue de l'étonnante beauté de Judith ; et la grâce de ses discours acheva sa perte. La raillerie s'en mêla : « Quelle agréable conquête que celle d'un pays qui nourrit un si beau sang! et quel plus digne sujet de nos combats*? » L'aveugle Assyrien se mit en joie : enivré d'amour plus que de vin, il ne songeait qu'à contenter ses désirs.

On croit ses passions , qui , dit-on , ne font tort à personne , innocentes ou indifférentes dans les hommes du commandement. C'est par là que périt Holopherne , un si habile homme d'ailleurs. C'est par là que se ruinèrent les affaires del'.^ssyrie, et d'un si grand roi. Chacun en sait l'événement, à la honte éternelle des grandes armées. Une femme le met en déroute par un seul coup de sa faible main, plus aisément que n'auraient fait cent mille combattants.

Si on voulait raconter tous les malheurs, tous les désordres, tous les contre-temps que les histoires rapportent à ces passions qu'on ne juge pas indignes des héros , le récit en serait trop long ; et il vaut mieux marquer ici d'autres caractères.

V=^ Proposition. Aman, sous Assuérus, roi de Perse.

L'aventure est si célèbre, et le caractère si connu, qu'il en faudra toucher les principaux traits.

« Le roi Assuérus éleva Aman au-dessus de

\.JtiJith, XI, 1. — 2. Idem, il.

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