AUTRES SECOURS DE LA ROYAUTE
Et enfin' : « L'insensé croit toujours avoir raison, le sage écoute conseil. »
Il y a aussi « l'innocent, qui croit à toute parole ; mais le sage (tient le milieu), et considère ses pas-. » C'est le parti que le prince prudent doit toujours suivre.
« Le brouillon cause des procès, et le discoureur sépare les princes', » en disant indiscrètement ce qui nuit comme ce qui sert.
<■ L'homme a deux langues (a deux paroles) : le menteur et le brouillon affecte un langage simple; mais il pénètre dans le sein*. » Il y laisse des impressions , et fait des blessures profondes , par ces rapports déguisés.
« Chassez le railleur et le moqueur, et la contention s'en ira avec lui : les disputes et les injures cesseront^. »
Surtout craignez le flatteur, qui est le vice des cours, et la peste de la vie humaine. « Les morsures de l'ami ( qui ne vous offense qu'en disant la vérité) valent mieux que les baisers trompeurs d'un ennemi'^, qui se cache sous une belle apparence.
Le fanfaron, « celui qui se vante et s'exalte, fait des querelles'. >> A chaque mot, on se sent poussé à le contredire.
(( L'homme qui se hâte de s'enrichir, ne sera point innocent*. » Et ailleurs : « La pauvreté pousse au crime ; et le désir des richesses aveugle^. » Les fortunes précipitées sont suspectes. Le bien médiocre qu'on a de ses pères , fait présiuner une bonne éducation.
« L'impatient ne se sauvera pas de la perte'". » Les affaires se gâtent entre ses mains , par la précipitation et les contre-temps.
Au contraire, « l'esprit paresseux et irrésolu veut et ne veut pas ". » 11 ne sait jamais se déterminer : tout lui échappe des mains , parce que ou il ne donne point aux affaires le temps de mûrir, ou qu'il ne connaît point les moments. Et parce qu'il a ouï dire , qu'il ne faut rien précipiter, et que " celui dont le pied va vite, tombera'', il se croit plus sage , dans sa lenteur, que sept sages qui prononcent des sentences'^ : dont les paroles sont autant d'oracles. »
Pour éviter ces inconvénients , la décision du sage est que « toute affaire a son rtfoment , et son occasion'*. » Il ne faut ni la laisser échapper, ni trop aller au-devant, mais l'attendre, et veiller toujours.
Vous êtes toujours en joie , toujours content de vous-même. Vous ne voyez rien : les choses humaines ne portent pas ce perpétuel transport. C'est ce qui fait dire à l'Ecclésiaste'^ : " Le cœur du Sage est celui oii il y a de la tristesse; et le cœur de l'insensé est celui qui est toujours dans la joie. »
« Ne soyez point trop juste , ni plus sage qu'il ne faut ; de peur que vous ne deveniez comme un stupide"', » sans vie et sans mouvement. Etre trop scrupuleux , c'est une faiblesse. Vouloir assurer les choses humaines , plus que leur nature ne le
1. Prov., xu. 15. — 2 Idem , xiv, {b. — 3.Ibid , xvi,28. — 4. Ihid., xviii, 8; XXVI, 2-2.— 5. Ibid , xxii , 10. —G. Ibid.. xxTii, 0. — 7. Ibid., xxviii, 25. — 8. Ibid., 20. — 9. Eccli.. xxvii, 1. — 10. Proii.,.xix, 19. —11. Idem, xui, i. — 12. ftirf., xix , 2. — 13. Ibid-, XXVI, IG. — 14, Ecclcs., vin , 6. — 15. Idem, vu , 5. — 16. IbuL, il.
permet, c'en est une autre, qui fait tomber nonseulement dans la léthargie et dans l'engourdissement, mais encore dans le désespoir.
Il y a un vice contraire , de tout oser sans mesure , de ne faire scrupule de rien. Et le Sage reprend aussitôt après : « N'agissez pas comme un impie'. » Ne vous affermissez pas dans le crime, comme s'il n'y avait point de loi ni de religion pour vous.
Ceux qui songent à contenter tout le monde , et nagent comme incertains entre deux partis; ou qui se tournent tantôt vers l'un ou tantôt vers l'autre, sont ceux dont il est écrit ^ : « Le cœur qui entre en deux voies (et qui veut tromper tout le monde) aura un mauvais succès. » II n'aura ni ami fidèle, ni alliance assurée, et il mettra à la fin tout, le monde contre lui.
C'est à de tels esprits que le Sage dit^ : « Ne tournez point à tout vent , n'entrez point en toute voie , et n'ayez point une langue double. » Que vos démarches soient fermes ; que votre conduite soit régulière, et que la sûreté soit dans vos paroles.
« N'ayez point la réputation d'un brouillon, et qu'on ne vous confonde point par vos paroles*. » Tels sont ceux à qui on ne cesse de reprocher la légèreté de leurs paroles, qui se détruisent les uns les autres.
Ceux qui s'ingèrent auprès des rois , qui se veulent rendre nécessaires dans les cours, sont notés par cette sentence" : « Ne vous empressez pas à paraître sage auprès des rois. » La sagesse ne se déclare qu'à propos. Ces gens, qui veulent toujours donner tous les bons conseils , sont ceux dont il est écrit'' : « Tout conseiller vante son conseil , » et par là le rend inutile et méprisable.
L'homme avare doit être en exécration. « Celui qui est mauvais à lui-même, et qui se plaint, tout ce qu'il goûte de ses biens , à qui sera-t-il bon ? Il n'y a rien de plus mauvais que celui qui s'envie à lui-même son soulagement ; et c'est la juste punition de sa malice'. »
Enfin les caractères les plus odieux sont réunis et marqués dans ces paroles : « Il y a six choses que le Seigneur hait, dit le Sage'; et son âme déteste la septième : les yeux altiers, la langue amie du mensonge, les mains qui répandent le sang innocent , le cœur qui forme de noirs desseins, les pieds légers pour courir au mal , le faux témoin ; enfin celui qui sème la discorde parmi ses frères. »
11° Proposition. On propose trois conseils du Sage j contre trois mauvais caractères.
« Ne VOUS opposez point à la vérité : et si vous
vous êtes trompé , humiliez-vous '. » Qui est le
mortel qui ne se trompe jamais? Faites un bon
usage de vos fautes , et qu'elles vous éclairent
i pour une autre occasion.
« Ne rougissez pas d'avouer vos fautes; mais ne vous laissez pas redresser par tout le monde '" : » comme font les hommes faibles, qui se désespèrent et perdent courage.
<c Ne résistez pas à celui dont la puissance est
1. Ecdes., \ii, 18. — 2. Eccli., m, 28. — 3. Idem, v, 11. — 4. Ibid.. 10. — 5. Ibid., vu, 5. — 6. Ibid., xxxvii, 8, — 7. Ibid., XIV, 5, G. —8. Prov., VI, lU-19. —9. Eccli. ,i\, 30.— 10. Idem, 31.
POLITIQUE DE L'ECRITURE SAINTE
supérieure ; et n'allez pas contre le torrent , ou contre le courant du fleuve qui entraîne tout'. » Le téméraire croit tout possible, et rien ne l'arrête.
Voici encore trois caractères maudits par le Sage.
« Malheur au cœur double , qui marche en deux voies ^; et l'ait son fort du déguisement et de l'inconstance.
" Malheur au cœur lâche (qui se laisse abattre au premier coup), faute de mettre sa confiance en Dieu^. »
« Malheur à celui qui perd la patience', » qui se lasse de poursuivre un bon dessein.
III» Proposition. Le caractère de faux ami.
C'est celui qu'il faut le plus observer. Nous l'avons déjà marqué; mais on ne peut trop le faire observer au prince, pour l'en éloigner : puisque c'est la marque la plus assurée d'une âme mal élevée, et d'un cœur corrompu.
« Tout ami dit : J'ai fait un ami^ -■> et ce lui est une grande joie. « Mais il y a un ami qui n'est ami que de nom : n'est-ce pas de quoi s'affliger jusqu'à la mort, « quand on voit l'abus d'un nom si saint?
Cet ami de nom seulement, « est l'ami selon le temps; et qui vous abandonne dans l'affliction", » lorsque vous avez le plus besoin d'un tel secours.
« Il y a l'ami compagnon de table''. » Il ne cherche que son plaisir, et vous quitte dans l'adversité.
« L'ami qui trahit le secret de son ami , est le désespoir d'une âme malheureuse*, » qui ne sait plus à qui se fier, et ne voit nulle ressource à son malheur.
« Mais il y a encore un ami plus pernicieux. C'est celui qui va découvrir les hames cachées , et ce qu'on a dit dans la colère et dans la dispute'. » Il y a l'ami léger et volage , « qui ne cherche qu'une occasion, un prétexte pour rompre avec son ami : c'est un homme digne d'un éternel opprobre'" . » Un homme qui fait paraître une fois en sa vie un tel défaut, est caractérisé à jamais, et fait l'horreur éternelle de la société humaine.
IV^ Proposition. Le vrai usage des amis et des conseils.
« Le fer s'aiguise par le fer; et l'ami aiguise les vues de son ami". »
Le bon conseil ne donne pas de l'esprit à qui n'en a pas; mais il excite, il éveille celui cjui en a : <( Il faut avoir un conseil en soi-même'-, » si l'on veut que le conseil serve. Il y a même des cas où il se faut conseiller soi-même. Il faut se sentir, et prendre sur soi certaines choses décisives, oii l'on ne peut vous conseiller que faiblement.
La règle que le Sage donne pour les amitiés est admirable. « Séparez-vous de votre ennemi ; » ne lui donnez point votre confiance : « mais prenez garde à l'ami''; » n'en épousez point les passions.
V'^ Proposition. L'amitié doit supposer la crainte de Dieu.
« Un bon ami est un remède d'immortalité et de vie, celui qui craint Dieu, le trouvera "'. » La crainte
1. ficdi. ,1V, 32. —2. Hem, 11, 14. — 3. KM., 15. — 4. Jbid..iB. — 5. /Wrf-.xvxvii, 1. — G. IhiiL, vi,8. — 7. Ibid.JO. — 8. Ibid., xxvii , 21. —S). Jbid., VI, 0. — 10. l'rov.. xviir, 1. — H. Idem. xxvii, n. — 12. Eccli., xxxvii, 8. — 13. Idem, vi, 13. — U. Ibid-,
de Dieu donne des principes; et la bonne foi se maintient sous ses yeux qui percent tout.
VI" Proposition. Le caractère d'un liomme d'Elal.
« Le conseil est dans le cœur de l'homme comme une eau profonde : l'homme sage l'épuisera'. » On ne le découvre point , tant ses conduites sont profondes , mais il sonde le cœur des autres ; et on dirait qu'il devine, tant ses conjectures sont siires.
Il ne parle qu'à propos; car « il sait le temps et la réponse^. » Isaïe l'appelle Architecte'. Il fait des plans pour longtemps ; il les suit : il ne bâtit pas au hasard.
L'égalité de sa conduite est une marque de sagesse, et le fait regarder comme un homme* assuré dans toutes ses démarches.» L'homme de bien dans sa sagesse, demeure comme le soleil ; le fou change comme la lune*. » Le vrai sage ne change point; on ne le trouve jamais en défaut. Ni humeur ni prévention ne l'altère.
VII" Proposition. La piété donne quelquefoi.^ du crédit, même auprès des mécliants rois.
Elisée disait à la Sunamite'' : << Avez-vous quelque affaire? et voulez-vous que je parle au roi, ou au chef de la justice? » L'impie Achab même, qui était ce roi , l'appelait : Mon père".
« Hérode craignait saint Jean-Baptiste, sachant que c'était un homme saint et juste; et quoiqu'il le tînt en prison , il l'écoutait volontiers , et faisait beaucoup de choses à sa considération''. » A la fin pourtant on sait le traitement qu'il lui fit. Et Achab en préparait un semblable à Elisée : « Que je sois maudit de Dieu, dit ce prince', si aujourd'hui la tête d'Elisée est sur ses épaules. »
La religion se fait craindre à ceux-là même qui ne la suivent pas : mais la terreur superstitieuse qui est sans amour, rend l'homme faible, timide, cruel , défiant, sanguinaire , et tout ce que veut la passion.
VIK" Proposition. La faveur ne voit guère deux générations.
Quels plus grands services que ceux de Joseph? Il avait gouverné l'Egypte quatre-vingts ans avec une puissance absolue , et avait eu tout le temps de s'affermir lui et les siens. « Cependant il vint un nouveau roi qui ne connaissait pas Joseph'. » Le prince oublia que l'Etat lui devait non-seulement sa grandeur, mais encore son salut ; et il ne songea plus qu'à perdre ceux que son prédécesseur avait favorisés.
IX» Proposition. On voit auprès des anciens rois un conseil de religion.
S'il fallait parler ici du ministère prophétique , nous avons vu Samuel auprès de Saïil, l'interprète des volontés de Dieu'". Nathan, qui reprit David de son péché , entrait dans les plus grandes affaires de l'Etat".
Mais, outre cela, nous connaissons un ministère plus ordinaire, puisque Ira est nommé « le prêtre de David '-. » Zabud était celui de Salomon ; et il
1. /"roi.-., XX, 5.-2. Eccles., vui,5. — 3. /s., m. 3. — 4. Eccl:.. xxvii, 12. — 5. /V. fie»., IV, 13.— 0. Idem. v,21. — 7. Marc . vi, 20. — 8. lY. lieg-, vi. 31. — 9. Exod., i, 8, U . 10. - 10. /. Ileg., X, XII, XIII. XV, xvi. — 11. m. neg., i, 10, 12,23,24*— 12 //. Iteg., XX, 26.