‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 428 sur 609 · LIVRE X. — AUTRES SECOURS DE LA ROYAUTÉ · texte numérisé non relu

LIVRE X. — AUTRES SECOURS DE LA ROYAUTÉ

est appelé : « Fami du roi' : » marque certaine que le prince l'appelait à son conseil le plus intime ; et sans doute principalement en ce qui regardait la religion et la conscience.

On peut rapporter en cet endroit le conseil du Sage- : « Ayez toujours avec vous un homme saint, dont lame revienne à la vôtre, et qui, voyant vos chutes (secrètes) dans les ténèbres, les pleure avec vous, » et vous aide à vous redresser.

ARTICLE V

De la conditite du prince dans sa famille ; et du soin qu'il doit avoir de sa santé.

Première Proposition. La sagesse du prince paraît à gouverner sa famille , et à la tenir unie pour le bien de l'Etat.

Nous avons déjà remarqué que « les fils de David étaient les premiers sous la main du roi% » pour exécuter ses ordres. Ils sont nommés dans les Septante, aularqucs, c'est-à-dire princes de la Cour, pour la tenir tout unie aux intérêts de la royauté.

Pour mettre la paix dans sa famille , il régla la succession en faveur de Saloraon ; ainsi que Dieu l'avait ordonné par la bouche du prophète Nathan *. La règle était de la donner à l'aîné °, si le roi n'en ordonnait autrement. Et c'est encore la coutume des rois d'Orient.

L'indulgence de David , « qui ne voulut point contrister Amnon , son fils aîné", » celui qui viola Tharaar, sa sœur, est reprise dans l'Ecriture. Il soutTrit aussi trop tranquillement les entreprises d'Absalon, qui était devenu l'aîné, et qui voulut envahir le trône. Mais Dieu le voulait punir ; et sa facilité, suivie d'une rébellion si affreuse, laissa un terrible exemple à lui et à tous les rois qui ne savent pas se rendre les maîtres de leur famille.

Ainsi quoiqu'il eût encore une excessive indulgence pour Adonias , qui était l'aîné après Absalon, dès qu'il sut qu'il en abusait jusqu'à prétendre au royaume , contre sa disposition expresse et déclarée , et qu'il avait dans ses intérêts contre Salomon les princes ses frères , avec la plupart des grands du royaume, il détruisit la cabale dans sa naissance , en faisant au lit de la mort sacrer son fils Salomon , et donna la paix à l'Etaf.

On sait les derniers ordres qu'il laissa au roi son fils, pour le bien de la religion et de ses peuples. X ce moment. Dieu lui inspira ce divin psaume, dont le titre est pour Salomon, qui commence par ces beaux mots* : « 0 Dieu! donnez votre jugement au roi et votre justice au fils du roi. « Tout n'y respire que paix , abondance , bonheur des pauvres soulagés sous la protection et la justice du nouveau roi, qui en devait abattre les oppresseurs. C'est l'héritage qu'il laisse à son fils , et à tout son peuple, en leur promettant un règne heureux.

Il y avait déjà longtemps qu'on lui avait dédié le Psaume intitulé : « Pour le bien-aimé', » où les enfants de Coré virent en esprit le règne de Salomon, oii fleurirait la paix. Salomon y est « exhorté à la vérité, à la douceur et à la justice '". » C'étaient les souhaits de David ; et c'est parla que son règne

i. m. lieg.. i\,5.— S Eccli. xxxvn. 15. 16. — 3. /. /'ar., xviii, n. - 4. //. neg., vil, 12. 13 et seq. — 5 ///. neg., 5, fi; ii, 15, 22. — 6. //. /iea.,sni, 21. — 7. ///. Kcg., i, G, "J et scq. — 8. Ps-, Lxsi cl seq. — 9. fs., .\Liv.— 10. /liem, 5.

devait figurer celui du Messie , qui était le vrai fils de David.

Pour ne rien omettre , la reine , fille du roi Pharaon , destinée à Salomon pour épouse , y est marquée ; et sous le nom de David on lui adressait ces paroles' : « Ecoutez, ma fille, et voyez ; et oubliez votre peuple , et la maison de votre père , » toute royale et tout éclatante qu'elle est, et épousez les intérêts de la famille où vous entrez. Vous en serez récompensée « par l'amour du roi , qui sera épris de vos beautés^, » et vous trouvera encore plus belle et plus ornée au dedans qu'au dehors. C'est ainsi qu'Israël instruisait ses reines, comme ses rois, par la bouche de David.

C'est cette reine , si parfaite et si aimable, sous la figure de qui Salomon a chanté l'époux et l'épouse, et les délices de l'amour divin. Ce roi magnifique la traita selon son mérite, et selon sa naissance. Il lui bâtit un palais superbe. Quoiqu'elle sût que , selon la coutume de ces temps , il y eût pour la magnificence de la cour, « soixante reines, et un nombre infini de femmes et déjeunes filles % » elle sentit que seule elle avait le cœur. Elle était la Sulamite , « l'unique parfaite, que les reines et toutes les autres louaient*. » Cette reine, sans s'enorgueillir de ces avantages, se laissait conduire au sage roi son époux , et entrait en son esprit en lui disant : « Je vous mènerai dans le cabinet de ma mère : là vous m'enseignerez % » par de douces insinuations. Et encore : « Ceux qui sont droits vous aiment". » On n'est digne de vous aimer que lorsqu'on a le cœur droit; et vous aimer c'est la droiture.

De semblables instructions avaient fait imiter à Bethsabée, mère de Salomon, la pénitence de David. Et c'est dans cet esprit qu'elle parlait en ces termes à son fils' : « Que vous dirai-je, mon bien-aimé de mes entrailles, et le cher objet de mes vœux? 0 mon fils ! ne donnez point aux femmes vos richesses ; les rois se perdent eux-mêmes en les voulant enrichir. Ne donnez point, ô Lamuel (c'est ainsi qu'elle appelle Salomon), ne donnez point de vin aux rois, parce qu'il n'y a point de secret où règne l'ivresse : de peur aussi qu'ils n'oublient les jugements droits, et ne changent la cause du pauvre.» C'est après ces belles paroles qu'elle fait l'image immortelle « de la femme forte, digne épouse des sénateurs de la terre*. »

Salomon lui-même a rapporté ces paroles de sa mère , et les a voulu consacrer dans un livre inspiré de Dieu , avec ce titre à la tête : « Paroles du roi Lamuel. » C'est la vision dont sa mère l'a instruite Il ne faut donc pas s'étonner s'il a si souvent répété dans tout ce livre'" : « Ecoutez les enseignements de votre père. » Et ailleurs " : « J'ai été son fils tendre et bien-aimé, et l'unique de ma mère. Elle m'enseignait, et me disait : <c Mon fils, aimez la sagesse. » Et ailleurs'^ : » Conservez, mon fils, les préceptes de votre père ; et n'abandonnez pas les conseils de votre mère. » Pour inspirer l'amour de la sagesse, Salomon faisait concourir dans ce divin livre les préceptes de son père et de sa mère ; les uns plus forts, les autres plus affectueux

1. Ps., XLiv, 11. — 2. Idem, 12 —3. Cant., vi, 7. — 4. Hem, 8. — 5. Wii.. VIII, 2. —O.lbid., i, 3. — 7. Prou., xxsi , 2-5. — 8. Idem. 10.23. — 9. Ibid.,i. - 10. Idem, i, 8. — 11. Ibid., iv, 3, 4. — 12. Ibid., m, 20.

POLITIQUE DE L'ÉCRITURE SAINTE

et plus tendres , et tous les deux faisant dans le cœur des impressions profondes.

S'il faut remonter plus haut, Job, qui était prince en son pays, tenait sa famille unie. « Il avait sept fils et trois filles. Chacun de ses fils avait son jour pour traiter toute la famille dans sa maison. Les frères y conviaient leurs sœurs. » Le soin de Job « était de les bénir tous quand le tour était passé, et d'ofîrir des holocaustes pour chacun d'eux : de peur, disait-il, que mes enfants (dans leur joie) n'aient peut-être offensé le Seigneur. Ainsi faisait Job tous les jours de sa vie'. »

Les princes, comme les autres, tenaient leurs enfants, et jusqu'à leurs filles, toujours prêts à immoler leur vie pour le salut du pays.

La fille unique de Jephté , juge souveram d'Israël , voyant arriver son père « qui déchirait ses habits à sa vue, lui parla en cette sorte- : « Mon père , si vous avez ouvert votre bouche au Seigneur (par quelque vœu qui me soit fatal) , faites de moi tout ce que vous avez promis. C'est assez pour nous, que vous ayez remporté la victoire sur vos ennemis. » Elle se trouva si bien préparée, qu'elle perdit la vie sans qu'il lui en coûtât un soupir, et laissa un deuil immortel à toutes les filles d'Israël.

Jonathas eût éprouvé le même sort. Et encore qu'il eût regret à la vie , il allait être sacrifié , si le peuple ne l'eût arraché des mains de son père SauP.

Il" Phoposition. Quel soin le prince doit avoir de sa santé.

'( Asa fut malade , à la trente-neuvième année de son règne, d'une violente douleur des pieds. Et dans son infirmité , il ne mit pas tant sa confiance au Seigneur son Dieu , que dans l'art des médecins. Et il mourut deux ans après, à la quarante et unième année de son règne*. »

Dieu n'a pas condamné la médecine, dont il est l'auteur. « Honorez, dit-il% le médecin, à cause de la nécessité ; car c'est le Très-Haut qui l'a créé. La médecine vient de Dieu, et elle aura les présents des rois. La science du médecin le relèvera; et les grands la loueront à l'envi. Le Seigneur a créé les médicaments; et l'homme sage ne s'en éloignera pas. Dieu les a faits pour être connus, et le Très-Haut en a donné la connaissance aux hommes, pour découvrir ses merveilles. » Si vous trouvez que ces connaissances vont lentement , et qu'on n'invente pas assez de remèdes pour vaincre tous les maux , il s'en faut prendre au fonds inépuisable d'infirmités qui est en nous. Cependant le peu qu'on découvre doit aiguiser l'industrie.

Dieu veut donc que l'on se serve de la médecine, « et de l'étude des plantes , qui adoucissent les maux par des onctions salutaires : et ces heureuses inventions croissent tous les jours", » parles nouvelles découvertes que l'expérience nous fait faire.

Ce que le Seigneur défend, c'est d'y mettre sa confiance, et non pas en Dieu, qui seul bénit les remèdes, comme il les a faits, et en dirige l'usage. (1 Mon fils, ne négligez pas votre santé, et ne vous méprisez pas vous-même. Priez le Seigneur, qui

i. Job.. 15. —2. ,/u,i.,xi, 3,i, Slietseq. — 3. /. Ecq., xiv, 43-i5. — 4. //. Par., XVI, H, 13. — 5. Eccli-, xxxviu, 1, 2 et seq. — 0. Wcm, 7.

vous guérira. Eloignez-vous du péché (dont votre mal est le vengeur). Multipliez vos offrandes, et donnez lieu au médecin , car c'est le Seigneur qui l'a créé (et qui vous le donne). Qu'il ne vous quitte pas, parce que son secours vous est nécessaire'. » Gardez-vous bien de le mépriser, à la manière de ceux qui , parce qu'il n'est pas un Dieu, qui ait la vie et la santé dans la main , en dédaignent le travail. « Le temps viendra que vous aurez besoin de son secours^; » et vous serez étonné de l'effet d'une main hardie et industrieuse.

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