II. Pourquoi est institué ce sacrement
Jésus-Christ l'a expliqué par ces paroles :
« Faites ceci en mémoire de moi ; » et encore : H Comme mon Père vivant m'a envoyé, et que je vis » jiour mon Père^, ainsi celui qui me mange vivra pour » moi '. »
Souvenez-vous de cette nuit triste et bienheureuse tout ensemble, où Jésus-Christ fut livré pour être crucilié le lendemain. Lui qui savait toutes choses, qui sentait approcher son heure dernière, ayant toujours aimé tendrement les siens, il les aime jusqu'à la mort : et assemblant, en la personne de ses saints apôtres, tous ceux pour qui il allait mourir, il leur dit, en leur laissant le don précieux de son corps et de son sang : « Faites ceci en mémoire de moi ''. » Célébrez ce saint mystère jusqu'à ce que je vienne juger les vivants et les morts, et souvenez-vous, en le célébrant, de ce que j'ai fait pour votre salut. Souvenez-vous de mon amour; souvenez-vous de mes bontés infinies; rappelez en votre mémoire tout ce que j'ai fait pour vous, et surtout n'oubliez jamais que je vais mourir pour \otre salut. C'est moi-même qui donne ma vie volontairement; « personne ne me la ravit 5. » Mais je la donne de bon cœur, parce que vous avez besoin d'un tel sacrifice.
Méditons donc, à la sainte table , l'amour que le Fils de Dieu a pour nous. Cet amour lui a fait faire pour notre bien des choses incompréhensibles : pour s'approcher de nous et s'unir à nous , il a pris une chair humaine. Cette chair qu'il a prise pour l'amour de nous, il l'a donnée pour nous avec tout son sang ; non content de donner pour nous son corps et son sang à la croix , il nous le donne dans l'Eucharistie; et tout cela nous est un gage qu'il se donnera un jour à nous dans le ciel , pour nous rendre éternellement heureux.
Songeons à toutes ces choses ; et nous laissant attendrir à "tant de marques d'amour de notre Sauveur, ne soyons plus qu'amour pour lui. C'est ce qu'il attend de nous; et c'est pour exciter cet amour qu'il a institué ce saint mystère.
Il nous le dit lui-même par ces paroles : Comme mon Père vivant m'a envoyé, et que je vis pour mon Père, ainsi celui qui me mange « vivra pour moi". » On voit par ces paroles , que l'elfet véritable de la communion , c'est de nous faire vivre pour Jésus-Christ comme il a vécu pour son Père : exemple admirable proposé aux chrétiens, Jésus-Christ ne respirait que la gloire de son Père; il n'y a rien qu'il n'ait fait et qu'il n'ait soulforl pour la procurer ; sa nourriture était de faire en tout et )iartoul la volonté de son Père ; il a subi volontairement une mort infâme et cruelle, parce que son Père le \oulail ainsi. « Le prince de ce monde, » dit-il, c'est-àdire le démon , « ne trouvera rien en moi qui lui donne » prise, » parce que je suis sans péché; et toutefois je m'en vais m'abandonner à sa puissance , et souifrir, entre les mains de ceux qu'il possède, une mort infâme, « afin que le monde voie que j'aime mon Père, » et que je fais ce qu'd me commande'. »
L'amour qu'il a pour son Père lui fait aimer ses commandements, quelque rigoureux qu'ils soient aux sens.
l. Mallh , XYii, 5. — 2. Luc , xxii, 19. — 3. Joan., vi . 5S. — •t. Luc , XXII, 10. — 5. Joan., x, 18. — 0. Idem, vi , 58. — 7. Jliid., XIV, 31.
B. — T. VIII
Il ne vit que pour son Père, puisqu'il est prêt à chaque moment à donner sa vie pour lui plaire : ainsi celui qui reçoit Jésus-Christ doit vivre uniquement pour lui ; c'est-à-dire qu'il doit être tout amour pour son Sauveur, ne respirer que sa gloire, aimer ses commandements, sacrifier tous ses désirs pour lui plaire; il faut que Jésus-Christ soit sa joie , et le possède tout entier au corps et en l'âme. Car c'est ainsi que s'accomplit cette parole : « Qui me mange doit vivre pour moi'. »