‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 439 sur 609 · III. Que faut-il faire avant la communion · texte numérisé non relu

III. Que faut-il faire avant la communion

Saint Paul nous le dit par ces paroles : après avoir rapporté comme Jésus-Christ nous donne son corps et son sang, avec ordre de célébrer ce saint mystère en mémoire de sa mort, il ajoute ce qui suit : « Quiconque n mangera ce pain ou boira le calice du Seigneur indi- » gnement, sera coupable du corps et du sang du Sei- » gneur. Que l'homme donc s'éprouve lui-même, et ne » présume point manger de ce pain ni boire de cette » coupe sans cette épreuve : car celui qui mange et boit » indignement, mange et boit son jugement, ne discer- 1) nant point le corps du Seigneur. C'est pour cela qu'il » y en a plusieurs parmi vous qui tombent malades, et » que plusieurs meurent. Que si nous nous jugions « nous-mêmes, nous ne serions point jugés. Et quand » nous sommes jugés, nous sommes repris par le Sei- » gneur, afin de n'être point condamnés avec le mon- » de-. »

Ces paroles de saint Paul sont terribles, et doivent être écoutées avec trembleraei4 de tous ceux qui approchent de la sainte table.

Elles nous apprennent : I. Que ceux qui communient indignement sont coupables du corps et du sang de Jésus-Christ, c'est-à-dire qu'ils sont coupables du crime de Judas qui l'a livré, et du crime des Juifs qui l'ont mis à mort et qui ont répandu son sang innocent. Car communier indignement, c'est lui donner avec Judas un baiser de traître, c'est violer la sainteté de son corps et de son sang , les profaner, les fouler aux pieds, les outrager d'une manière plus indigne que n'ont fait les Juifs qui ne le connaissaient pas dans leur fureur ; au lieu que le chrétien sacrilège l'outrage en le connaissant pour le Roi de gloire et l'appelant son Sauveur.

II. Ces paroles nous font voir jusqu'où va le mépris que ces chrétiens sacrilèges ont pour Jésus-Christ, en ce qu'ils ne discernent point le corps du Seigneur, et le mangent comme ils feraient un morceau de pain, sans songer auparavant à purifier leur conscience : ce qui est le mépris le plus oulrageux qu'on puisse faire à un Dieu qui se donne à nous.

III. Saint Paul conclut de là que celui qui mange indignement le corps de Jésus-Christ , mange et boit son jugement ; car comme celui qui pèche aux yeux du juge, qui a en main la puissance publique pour châtier les scélérats, s'attire une prompte et inévitable punition; ainsi ce chrétien téméraire qui communie sans avoir purifié sa conscience, mène son Juge en lui-même, où il semble ne l'introduire qu'afin qu'il voie de plus près ses crimes , et qu'il soit comme forcé à en prendre une prompte et rigoureuse vengeance.

IV. Saint Paul nous enseigne que Dieu châtie souvent, dès cette vie, les communions indignes en frappant ceux qui les font de maladies mortelles et de morts soudaines; ce qui doit faire appréhender que les communions sacrilèges, si fréquentes parmi les chrétiens, n'attirent, et sur les particuliers et sur la chrétienté, des châtiments effroyables.

V. Le même saint Paul nous apprend que ces châtiments temporels qui nous sont envoyés pour nous avertir, quelque terribles qu'ils soient, ne sont rien en comparaison de ceux qui sont réservés en l'autre vie aux malheureux chrétiens que do tels avertissements

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