Joan.,s\, 58. —'2. /. Cor., x
INSTRUCTION A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN
n'auront pas pu détourner de leurs communions sacrilèges.
VI. Ce saint Apôtre conclut de tout cela <[uo l'homme doit seprouver lui-même avant que d'approcher de la communion, et ne présumer pas de la recevoir sans avoir fait celte épreuve.
Elle consiste en deux choses : premièrement à examiner sa conscience et à se juger indigne de la communion quand on se sent souillé d'un péché mortel; secondement, à éprouver ses forces durant quelque temps, pour voir si on aura le courage de surmonter ses mauvaises habitudes. Car on ne doit point présumer de recevoir ce saint sacrement, qu'il n'y ait une apparence bien fondée qu'on est en élai d'en profiter.
Cette épreuve se doit faire par Tavis d'un sage confesseur, qui sache nous donner si à propos ce remède salutaire, que nous nous en portions mieux, et que notre vie devienne tous les jours meilleure.
Car, sans doute , c'est profaner le corps et le sang de Jésus-Christ , que de les recevoir sans qu'il y paraisse à notre vie. Ce n'est point discerner le corps de Notre Seigneur d'avec une nourriture ordinaire, que de demeurer toujours aussi grand pécheur après l'avoir reçu qu'auparavant ; il n'y a rien qui endurcisse davantage les pécheurs, ni qui les mène plus certainement à l'impémtence que de recevoir les sacrements sans en profiter, parce que, s'accoutumant à les recevoir sans effet, ils n'en sont plus touchés et ne se laissent aucun moyen de se relever. Dieu retire ses grâces de ceux qui en abusent, et plus elles sont abondantes dans l'Eucharistie, plus on se rend odieux à la justice diyine , quand on les laisse écouler sans fruit.
Que le pécheui' s'éprouve donc soi-même, et qu'il juge sérieusement devant Dieu , avec un sage confesseur, s'il est en état de profiter de sa communion; car s'il n'en profite pas , il se met dans un danger évident d'être pire qu'auparavant, selon cette parole de Jésus-Christ : Le dernier état de cet ho.mme est pis que le premier.
Mais malheur à celui qui, n'étant pas jugé digne de communier, n'est point percé de douleur et ne regarde pas cette privation comme une image terrible du dernier jugement, où Jésus-Christ séparera pour jamais de sa compagnie ceux qui auront mérité la damnation.
Ce jugement n'est pas assez redouté, parce que les hommes le regardent comme une chose éloignée : mais Jésus-Christ nous le rend présent dans l'Eucharistie , il y sépare les agneaux d'avec les boucs, il appelle les justes et éloigne de lui les pécheurs, et leur dénonce par la qu'ils n'auront jamais de part avec lui, s'ils ne font bientôt pénitence.
Il y en a qui se font un sujet d'orgueil de ne pas communier, et qui s'imaginent être plus vertueux que les autres quand ils se retirent de la sainte table, sans se disposer à en approcher au plus tôt. C'est une illusion pernicieuse : cette privation est un sujet d'humiliation profonde. Jésus-Christ est notre pain que nous devrions manger tous les jours, comme faisaient les premiers chrétiens : et nous devons nous confondre quand nous sommes jugés indignes de le recevoir. Donc, au lieu de nous reposer dans cette privation, il faut entièrement tourner notre cœur <i déplorer notre malheureux état et travailler avec ardeur à recouvrer bientôt Jésus-Christ dont nos crimes nous ont séparés.
Quelques jours a\ aiit que de communier, il y faut préparer son cœur par des actes fréquents de foi , d'espérance et de charité, et travailler peu à ])eu à nous les rendre si familiers, qu'ils sortent comme naturellement de notre cœur, sans qu'il soit besoin d'y être excités par aucun elfort.
Chacun, en faisant ces actes, doit s'éprouver soimême sur ces trois vertus. Le chrétien doit examiner sérieusement si , en disant les paroles par lesquelles les actes sont exprimés, il en a le sentiment en lui-même ;
c'est-à-dire qu'il doit sonder son cœur pour considérer s'il croit véritablement les saintes vérités de Dieu , s'il met toute sa confiance en ses promesses, s'il l'aime de tout son cœur, s'il désire sa gloire.
Après avoir fait cette épreuve et avoir reçu l'absolution avec un cœur vraiment repentant, on peut s'approcher de la communion, ipiehiue indigne qu'on se sente de la recevoir. Car les pécheurs humbles et repentants sont ceux que Jésus-Christ est venu chercher.
Il faut donc aller à lui avec confiance comme à l'unique soutien de notre faiblesse; et puisqu'il nous a déjà donné le repentir de nos fautes, chercher encore en luimême la force nécessaire pour persévérer.