‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 594 sur 609 · PROCÈS-\TERBAL DE VISITE · texte numérisé non relu

PROCÈS-\TERBAL DE VISITE

Extrait du registre des visites du diocèse de Meaux.

L'ax mil six cent quatre-vingt-dix, le samedi 23 février, nous Jacques-Bénigne, par la permission divine, évèque de Meaux, sommes parti de la ville de Meaux sur les huit lioures du matin , accompagné de M'c .Jean Phelipeaux , prêtre, docteur de Sorbonne, chanoine et trésorier de notre église; deMr» .Jean Corvisart, prêtre, curé de Mareuilles-Meaux. promoteur de notre cour épiscopale, et de M™ François Ledieu. prêtre, chanoine de notre église, notre aumônier ordinaire, ensemble de nos autres officiers et gens de notre suite ; nous nous sommes transportés au biurg de Jouarre, pour y faire la visite, tant du monastère que de la paroisse dudit lieu, conformément à l'indication de" ladite visite par nous ordonnée être faite sur les lieux, et à cette fm nos mandements et ordonnances signifiés par Grélien, huissier royal audit Meaux. Et étant arrivés à la croix hors des portes du bourg dudit Jouarre, aurions rencentré le clergé de Jouarre, revêtu de surplis et camail , venu processionnellement avec croix et eau bénite, et suivi d'un grand peuple. Ledit clergé, tant chanoines de l'abbaye dudit Jouarre que le curé, vicaire et autres ecclésiastiques de la paroisse dudit lieu; à savoir ; Mi'e Gilles Lépreux, ancien desdits chanoines, M™ Pierre de Verse, Henry de Belloy, Thomas Davanécourt, Jacques Bernage et Denis Pinart, tous prêtres et chanoines de ladite abbaye; desquels ledit M^e Gilles Lépreux, ancien, nous aurait déclaré tant en son nom qu'en celui de sesdits confrères présents, faisant la plus grande partie d'entre ceux qui étaient actuellement résidents audit Jouarre, qu'ils nous recevaient avec joie et consolation, parce qu'ils trouvaient en nous leur véritable pasleur et supérieur, dont jusqu'alors ils avaient été privés au mépris de leur caractère , protestant qu'ils étaient prêts de nous rendre en cette qualité toutes sortes de soumissions et ob.'issances; ce que lesdits chanoines ses confrères auraient tous unanimement déclaré être leurs véritables sentiments. Après quoi M"' Jacques Bernage, l'un d'iceux, et curé de la paroisse dudit Jouarre, s'étant avancé, suivi de son vicaire et niaitre d'écolo, revêtu d'une étole, qu'il aurait à l'instant quittée' en se prosternant à nos pieds, puis nous en aurait revêtu , disant qu'il remettait en même temps tout son pouvoir entre nos main,s, et qu'il ne désirait l'exercer désormais qu'après l'avoir reçu de nous et sous nos ordres. Sur quoi nous lui aurions répondu, en présence de tout le peuple, que nous lui. rendions tous s:'s pouvoirs, et lui enjoignions de continue ■ comme il avait fait ci-devant, d'administrer les saints sacrements, et annoncer la parole de Dieu, persuadé qu'il en userait selon les saints canons et les ordres qu'il recevrait de nous. Puis nous nous serions acheminés processionnellement vers l'église de la paroisse, au chant du répons Benedictus , et de l'hymne Te Deuin laudtimus, et au carillon des cloches, suivi d'une grande multitude de peuple, et les rues

bordées de la plupart dos habitants à genoux pour recevoir la bénédiction épi,scopale. .arrivés à l'église paroissiale, nous y aurions été reçu par lesdits curé, \icaire et chapelains, ensemble lesdits chanoines toujojirs présents, avec les cérémonies accoutumi-es. Le Te Deum achevé, les versets et oraisons marquées à cet usage auraient été chantées par ledit curé, tandis que nous faisions notre prière sur le prie-Dieu préparé au pied du grand autel, où nous serions ensuite monté pour le baiser, et aurions donné la bénédiction solennelle. Puis assis sur un fauteuil aurions expliqué au peuple les raisons de la visite épiscopale, et exposé succinctement quel est le gouvernement ecclésiastique établi par Jésus- Christ, le sou\erain Pasteur des âmes, et réglé par les saints canons, leur indiquant au surplus, que le jour suivant, huit heures du matin, nous commencerions la visite, et la continuerions les jours suivants, avec toutes les fonctions de notre ministère; exhortant les pères et mères d'envoyer leurs enfants au catéchisme, auquel nous assisterions en personne, afin qu'étant assuré de leur capacité, nous leur puissions donner le sacrement de confirmation. Le peuple ainsi renvoyé en paix, nous sommes descendu au presbytère de ladite cure, où nous avons pris notre logement ; où étant nous nous serions informé du nombre des chanoines dudit Jouarre; sur quoi nous aurions appris qu'ils sont en tout treize titulaires; six actuellement présents et ci-dessus nommés, plus deux jeunes clercs étant aux études, et enfin cinq autres prêtres, savoir : U'o Louis de la Vallée, qu'on nous a dit être de présent à Paris; Mro Jean- Baptiste Biche, dont la prébende est en litige, absent pour cette raison; Mre Raphaël Gallot, Mf .Nicolas Ras'sicod , et m™ Daniel de la Vallée, dit Laburie, lesquels trois derniers on nous a assuré être dans le bourg ; sur quoi nous aurions donné ordre que lesdits Gallot, Rassicod et Laburie fussent avertis de se rendre auprès de nous , aujourd'hui cinq heures de relevée.

Et ledit jour, quatre heures de relevée, nous nous serions transporté , revêtu de camail et rochet, accompagné de nosdits ecclésiastiques et autres officiers comme dessus, au monastère dudit Jouarre, dont la première porte nous aurait été ouverte par un suisse habillé de vert. Arrivés à la porte du tour, aurions enjoint à la tourrière du dehors d'avertir la mère prieure, la dame abbesse absente, que nous venions faire la visite conformément à nos ordonnances et mandements signifiés à cet effet ; que pour cette cause on eût à nous ouvrir les portes de l'église et assembler la communauté au parloir pour recevoir nos ordres. Mais après a\'oir attendu quelque temps sans qu'on nous rendit autre réponse, sinon que personne du dedans ne paraissait au tour, nous aurions fait frapper à la porte de clôture dudit monastère, et par la petite grille de ladite porte la prieure dudit monastère aurait paru : à laquelle nous aurions déclaré que, conformément aux saints canons, et notamment aux décrets du saint concile de Trente, nous venions faire la visite, et lui aurions réitéré les ordres ci-dessus. A quoi elle aurait répondu , qu'elle ne pouvait nous reconnaître, attendu que ledit monastère ne dépendait d'autre supérieur ecclésiastique que de N. S. P. le Pape, dont elle et ses sœurs attendaient la volonté ; que quant à l'arrêt de la cour de parlement que nous leur aurions fait signifier audit monastère, il n'avait pas été rendu avec la communauté. Sur quoi lui ayant demandé si la communauté avait d'autres moyens à alléguer ou titres à produire que ceux allégués et produits par ladite dame abbesse. elle nous aurait dit que non à la vérité, mais qu'elles attendaient la volonté du Pape. Lui ayant ensuite demandé si ladite communauté était avertie de notre arrivée et présence, elle aurait répondu que oui. Toutes lesquelles réponses ayant pris pour refus, et icelle prieure interpellée une, deux et trois fois, de nous ob 'ir, sans en recevoir autre réponse que celle ci-dessus, notre promoteur présent nous aurait

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requis qu'il nous plût ordonner qu'incessamment les portes nous fussent ouvertes pour procéder à ladite visite sur les peines de droit, dont nous lui aurions donné acte. En même temps ladite prieure s'étant retirée sans attendre de nouveaux ordres, nous serions aussi retourné à notre logement, pour de tout ce que dessus délibérer; dont et de quoi nous avons fait et dressé le présent procès-verbal pour servir et valoir, en temps et lieu , ainsi cpie de raison. Puis nous aurions ordonné que la procédure par nous commencée serait continuée, et lesdites prieure et religieuses admonestées de nous obéir; et cependant, attendu leur désobéissance et contumace , nous aurions recours à la cour de parlement et imploration du bras séculier.

Et ledit jour, sur le soir, nous aurions mandé M" Barthélemi de Rémond, prêtre, confesseur en ladite abbaye, et F. Basile, prêtre, religieux de Saint-Dominique, préchaut le Carême en l'église de ladite abbaye, pour venir recevoir nos ordres sur les fonctions de leur ministère. Lesquels s'étant rendus auprès de nous, nous leur aurions déclaré , qu'attendu la résistance et opposition à nos ordres do la part de la prieure et religieuses dudit monastère, ne les jugeant pas en état de s'approcher des sacrements, nous leur défendions, auxdits de Rémond et F. Basile, de confesser lesdites prieures et religieuses sans notre permission spéciale et par écrit , laquelle nous accorderions volontiers à celles par lesquelles nous en serions requis; qu'au surplus nous leur laissions la liberté de dire et chanter la sainte messe, ne voulant pas que le service de Dieu cessât; et que quant à la prédication, nous permettions audit F. Basile de la faire, à condition que ce fût publiquement, les . portes de l'église ou\ertes, à ce que le peuple et nousmêmes y puissions assister comme nous le désirions. A quoi lesdits de Rémond et F. Basile nous auraient promis d'obéir avec protestation de toute sorte de soumission.

Serait pareillement venu vers nous Mre Jean-Baptiste Richer, iirètre, chanoine dudit Jouarre, ne résidant point à cause qu'il est en procès pour sa prébende; lequel informé de noire visite audit Jouarre, y serait venu pour nous y rendre ses soumissions et recevoir nos ordres comme de son légitime supérieur, lequel nous aurions reçu avec affection.

Quant à M"' Raphaël Gallot, prêtre, chanoine dudit Jouarre, cité à comparoir devant nous, sous peine d'interdiction, parexploit signifié en sa maison audit Jouarre, du 26 février audit an , sur ce que les chanoines ses confrères nous auraient assuré qu'il serait sorti dudil Jouarre, et nous suppliaient de surseoir à prononcer contre lui. Inclinant à leur prière, nous aurions bien voulu surseoir toute procédure contre ledit Gallot, espérant comme ils nous le disaient, que de lui-même il viendrait à l'obéissance ; ce qu'il a fait, étant revenu audit Jouarre depuis notre départ, avec protestations de soumissions pareilles à celles de ses confrères, entre les mains dudit sieur Dhelipeaux.

Pour Mre Nicolas Rassicod et Mf Daniel de la Vallée, dit Laburie, aussi prêtres et chanoines audit Jouarre, attendu leur désobéissance et contumace, après avoir été cités par trois fois de comparoir par devant nous, par exploits à eux signifiés à la requête de notre dit promoteur en trois jours consécutifs, nous les aurions déclarés interdits de toutes les fonctions de leurs saints ordres, par noire ordonnance du mardi 28 février audit an, à eux signifiée le mercredi l^r mars suivant, à ce qu'ils n'eussent à faire aucunes fonctions de leurs saints ordres au préjudice de l'interdit prononcé contre eux, sur les peines portées par les saints canons, ainsi qu'il parait plus amplement par les actes séparés du présent procès-verbal.

Le jeudi 2 mars audit an , l'arrêt de la cour de parlement du 28 février 1690, portant qu'il sera fait ouverture des portes de ladite abbaye de Jouarre en pré-

sence du sieur lieutenant-général de Meaux, commis par la cour à l'exécution dudit arrêt , fut signifié au monastère dudit Jouarre, jiar Regnault, huissier à Meaux. Et ledit jour 2 aiars audit an , une heure de relevée, nous évêquo susdit, accompagné do Mil' Hugues Janon, prêtre ; de Mrc Jean Phelipeaux, docteur de Sorbonno, chanoine et trésorier de notre église; de messire Jean Gorvisart, curé de Mareuil-les-Meaux, et promoteur de notre cour épiscopale; de M^ François Ledieu, chanoine de notre église, et notre aumônier ordinaire, tous prêtres; et de Mrc Pierre Royer, secrétaire ordinaire de notre évêché, et nos autres officiers, nous nous serions transporté, revêtu de camail et rochet, et pareillenT'ent nos ecclésiastiques susdits , à la porte de l'abbaye dudit Jouarre, avec le sieur lieutenant-général de Meaux, commissaire en cette partie , nommé par ledit arrêt , pour faire notre visite audit monastère, dont la première porte nous aurait été ouverte par un suisse vêtu de vert. Et arrivés à la porte du tour, nous aurions enjoint à la tourière du dehors d'avertir la mère prieure, la dame abbesse absente, que nous venions faire notre visite, conformément à nos ordonnances et mandements signifiés, tant à ladite dame abbesse, qu'aux prieure et religieuses dudit monastère de Jouarre, par Crétien, huissier à Meaux, le 23 février dernier, et que pour cet effet la prieure eût à nous faire ouvrir les portes de l'église et assembler la communauté au parloir pour nous venir recevoir et obéir à nos ordres.

Est comparu M. Cheverry, procureur fiscal de la dame abbesse et religieuse de Jouarre, lequel assisté des autres officiers de ladite abbaye, conformément à la signification à nous faite du jour d'hier, aurait protesté au nom desdites prieure et religieuses, sans néanmoins nous pouvoir montrer aucun acte capitulaire, ni ordre par écrit de faire lesdites protestations, encore qu'il en eût été requis^ que notre entrée audit monastère ne pourrait nuire ni préjudicier aux privilèges et exemptions de l'abbaye. Sur quoi nous aurions ordonné que nous continuerions de faire notre visite, conformément aux saints canons, et en particulier aux décrets des saints conciles de Vienne et de Trente, dont Texécution aurait été ordonnée tant par l'ordonnance de Blois que parles arrêts susdits, et ce nonobstant toute opposition ou appellation quelconque, comme en matière de discipline et correction de mœurs. Aurions en outre requis ledit sieur lieutenant-général , en cas qu'on continuât de nous faire les empêchements et troubles déjà commencés, en refusant d'assembler les religieuses devant nous, comme on a fait jusqu'ici, d'exécuter l'arrêt dont il est porteur, en ordonnant que les portes dudit monastère nous fussent ouvertes, afin que nous parlions auxdites religieuses, et procédions à la visite des lieux réguliers; ce qu'il aurait en même temps ordonné et fait exécuter, ainsi qu'il est plus au long porté au procès-verbal fait par ledit sieur lieutenant-général.

El après que les ouvriers amenés par ledit sieur lieutenant-général se seraient mis en devoir de faire ouverture de la porte de clôture dudit monastère, elle nous aurait été ouverte en dedans par deux religieuses. El nous évêque susdit , serions entré dans ledit monastère, accompagné de nos ecclésiastiques susdits et oiriciers, ensemble ledit sieur lieutenant-général avec ses ofliciers. Puis la porte refermée par lesdîtes religieuses qui l'avaient ouverte, elles se seraient retirées à l'instant avec précipitation, sans même vouloir nous dire leurs noms et offices. Ce fait , nous nous serions acheminé vers le dortoir, et en chemin aurions rencontré une religieuse, laquelle nous aurait dit être sœur Marie Gobelin , dite des Archanges , et qu'elle se retirait dans sa cellule, suivant l'ordre qui en avait été donné; à la- (juclle nous aurions ordonné de nous suivre, et de nous conduire audit dortoir et cellules; ce qu'elle aurait fait. Où étant, nous aurions été de cellule en cellule dans les deux dortoirs , et aurions parlé aux religieuses qui

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y (étaient demeurées en plus grand nombre, les autres s'olant retirées ailleurs, et ayant laissé leurs cellules fermées pour la plupart, la prieure elle-même s'étant absentée du dortoir, sa cellule ouverte : et sur ce que nous aurions ordonné aux religieuses présentes de la faire venir devant nous, toutes nous auraient déclaré ne savoir où elle était, non plus que les autres religieuses. Aurions dit auxdites religieuses que notre intention était de tenir le chapitre , où nous leur aurions ordonné de nous suivre, et à quoi elles auraient obéi. Mais avant cela, nous étant fait conduire à l'église, au chœur des religieuses, nous nous serions contenté d'y adorer le Saint-Sacrement , sans y faire autre cérémonie ni visite , désirant d'apporter un prompt remède aux besoins les plus pressants. De là étant allés à la porte du chapitre, afin que les absentes n'en pussent ignorer, nous aurions fait sonner le timbre, comme il se pratique en cas pareil. La porte dudit chapitre s'étant trouvée fermée, aurions tenu' l'assemblée dans une salle voisine, dite la salle de communauté, où se seraient trouvées vingt-trois religieuses; savoir, sœur Catherine de Fiesque. seconde prieure, sœur Henriette de Luzancy, dite de Sainte-Hélène, troisième prieure, etc., ensemble nos ecclésiastiques et officiers : puis la prière et invocation du Saint-Esprit préalablement faite suivant la coutume, aurions fait lire en français auxdites religieuses, par l'un desdits ecclésiastiques, les décrets susdits des saints conciles de Vienne et de Trente, leur faisant voir que nous aurions été troublé dans l'exécution d'iceux , par la sentence que madame leur abbesse aurait obtenue aux requêtes du palais, par laquelle la procédure de notre officiai , quoique régulière et canonique, aurait été cassée, et défenses faites à nous et à nos otficiers de passer outre. Ce qui nous aurait forcé, pour réparer un tel attentat, d'avoir recours à l'autorité de la cour de parlement, où nous aurions obtenu l'arrêt bien connu des religieuses, puisqu'il leur a été signifié, et qu'elles y sont comprises. Leur aurions pareillement remontré, que c'était à tort qu'on tâchait de leur faire entendre que ledit décret du saint concile de Trente n'était pas reçu dans le royaume, puisqu'il était accepté par l'ordonnance de Blois, dont lecture leur fut pareillement faite; et que ladite cour de parlement, à qui il appartient d'exécuter les ordonnances, l'avait ainsi jugé par ledit arrêt, qui ne faisait autre chose que d'ordonner l'exécution de ladite ordonnance de Blois et des saints canons, en sorte qu'il ne leur restait que l'obéissance qu'elles nous auraient aussi toutes promis de nous rendre. Après quoi nous aurions fini le chapitre par la prière. Ensuite notre promoteur nous aurait remontré que l'entrée des tours n'était pas libre, que les clefs ni du monastère, ni desdites tours n'étaient point en notre disposition; et que les officiers qui en étaient chargés, ne nous avaient point encore rendu obéissance ; en sorte que si nous procédions au scrutin et audition des religieuses à la grille, selon la coutume, lesdites religieuses n'auraient point un libre accès auprès de nous, mais en seraient empêchées, tant par la prieure qui ne nous a\ait pas obéi, ni paru devant nous, que par les autres officières désobéissantes; ajoutant que nous retirant hors du monastère, nous perdrions l'occasion de parler aux religieuses qui no voulaient pas nous reconnaître ni se ranger à leur devoir; nous requérant qu'à ces causes et autres que notre prudence pourrait suppléer, il nous plût à cette fois, et sans tirer à conséquence, procéder audit scrutin et audition des religieuses au dedans : ce que nous aurions ordonné, et à l'instant y aurions procédé jusqu'environ six heures du soir, après quoi nous nous serions retiré du monastère , et retourné au presbytère dudit .Jouarre. Le vendredi 3 mars audit an, nous aurions mandé à l'abbaye dudit -Jouarre , qu'on eut à nous ouvrir les portes de l'église, lesquelles jusqu'alors se tenaient soigneusement fermées, attendu que nous désirions y cé-

lébrer la sainte messe, visiter le Saint-Sacrement, et faire les autres fonctions de notre ministère, à quoi on n'avait pas obéi. Ce qui nous aurait obligé, contre notre attente, d'avoir recours audit sieur lieutenant-général, avec lequel, revêtu et accompagné comme ci-dessus, nous nous serions transporté à la principale porte de ladite église, à laquelle nous aurions trouvé ledit Cheverry, qui sous les protestations plus amplement énoncées au procès-verbal dudit sieur lieutenant-général, aurait oflèrt de nous faire ouvrir les portes , après qu'on aurait fait effort à ladite porte : ce que nous aurions refusé par la révérence des saints lieux ; mais aurions ordonné que lesdites portes seraient ouvertes incessamment , et demeureraient ensuite ouvertes à toutes les heures accoutumées, afin que le peujile pût assister au service divin et prédication qui se faisaient en ce saint temps, défendant de plus tenir ladite porte fermée, comme si l'église eût été interdite , et déclarant que nous aimions mieux nous retirer que de faire aucun effort à ladite porte : admonestant au surplus lesdites religieuses en la personne dudit Cheverry, de ne pas commettre un si grand scandale : et à l'instant ladite porte avait été ouverte , par laquelle étant entré dans ladite église avec nosdits ecclésiastiques et officiers, nous aurions fait d'abord notre prière et autres préparations au saint sacrifice, sur un prie-Dieu préparé au bas du maitre-autel ; puis aurions visité le Saint- Sacrement reposant au tabernacle dans un ciboire de vermeil, et en aurions fait ostension au peuple, sans toutefois chanter les antiennes , versets et oraisons accoutumées, à cause de la division des religieuses, et évitant tout ce qui pouvait donner scandale au peuple. Aurions ensuite célébré la sainte messe , finissant à l'ordinaire par la bénédiction pontificale. Après les actions de grâces , nous aurions visité la sacristie où nous aurions trouvé toutes choses en fort bon ordre; et enfin nous nous serions retiré audit presbytère.

Et ledit jour deux heures de relevée, ayant envoyé notre dit promoteur audit monastère, y déclarer que nous désirions continuer notre dite visite , et qu'on eût à nous en ouvrir les portes et faire venir les religieuses pour nous parler, il nous aurait rapporté qu'il n'aurait trouvé personne à qui parler; en sorte que nous aurions été contraint d'avoir recours de nouveau audit sieur lieutenant-général, avec lequel, ensemble nos ecclésiastiques et officiers revêtus comme dessus , nous nous serions transporté à ladite abbaye, où personne ne se présentant pour nous recevoir, ni même pour nous parler, nous aurions requis ledit sieur lieutenant-général de faire sa charge. Et après l'efl'ort fait à la petite grille et à la serrure de la porte de clôture, ladite porte nous aurait été ouverte par deux religieuses, qui se seraient nommées sœur Anne de Marie, dite de Sainte-Foy, et sœur Anne de Menou , dite de la Visitation , portières. Après quoi notre promoteur nous aurait remontré qu'il y avait lieu d'espérer que la prieure et les religieuses qui lui adhèrent, se contenteraient de leur première résistance, et ne pousseraient pas la contumace jusqu'à nous contraindre d'appeler toujours la justice séculière; qu'il n'était pas juste de nous exposer à de pareils inconvénients et irrévérences, et que parmi les divisions qui paraissaient dans le monastère , et la résistance de celles qui ne voulaient pas nous obéir, il pouvait arriver au dedans de grands désordres et scandales, sans que nous puissions y apporter de remède , si nous ne nous rendions maître de la porte et ne mettions les religieuses qui nous obéissent, en état d'avoir recours à nous dans le besoin : partant, requérait que nous eussions à nous faire remettre en,main les clefs du monastère par les portières ici présentes, et leur donner tels ordres que nous trouverions à propos. Requérant de sa part ledit sieur lieutenant-général de donner les ordres nécessaires aux ouvriers par lui amenés, de faire par notre ordre ce qui serait nécessaire à ce que nous fus-

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siohs assiird do l'entri^e du monastère, et libre accès dcsdilps religipiisps par dmers ridiis. Sur quoi nous, évèque susdit, aurions ordoiuui auxdi tes sœurs de Marie et de Monou de nous remettre prosenlement entre les mains toutes les clefs, tant de la porte qu'autres lieux dudil monastère, comme c'était la coutume dans les visites; et leur aurions pareillement enjoint, sous peine de désobéissance, d'aller trouver de notre part ladite prieure, pour lui enjoindre de venir elle-même nous rendre compte du monastère et recevoir nos ordres. Lesquelles nous auraient répondu, qu'elles ne donnaient pas les clefs, mais qu'elles les laissaient là; et quanta la prieure, qu'elles no savaient où elle était ; ce qu'ayant dit, elles auraient pris la fuite, sans même vouloir signer leur dire comme elles en étaient requises. Et après les ordres donnés par ledit sieur lieutenant-général aux ouvriers qu'il avait amenés pour faire ce que nous ordonnerions pour la sûreté de la clôture, il se serait retiré; et nous évèque susdit, aurions défendu, sous (leine d'excommunication, à toutes personnes d'entrer dans le monastère, hors à ceux à qui nous l'ordonnerions expressément, nous serions entré dans ledit monastère, commettant la garde de ladite porte de clôture à l'un de nos ecclésiastiques, à Ihuissier dudit sieur lieutenantgénéral , et à deux de nos domestiques ; aurions ensuite continué l'audition dosdites religieuses, jusqu'environ six heures du soir.

Et lorsque nous étions sur le point de sortir, notre dit promoteur nous a remontré que la serrure de ladite porte de clôture était fort endommagée, en sorte que la fermeture de la porte ne serait pas assurée, s'il n'y était par nous pourvu : (|u'il y aurait même à craindre que si nous nommions des olÙciers à qui nous commissions les clefs, elles ne leur fussent enlevées par force dès que nous nous serions retiré, ce qui nous ferait retomber dans les incon\énients qu'il nous avait ci-dessus remontrés, nous requérant d'y pourvoir. Sur quoi nous, éxèque susdit, aurions ordonné que ladite serrure serait levée et raccommodée, et la clôture fermée par le dehors avec une chaîne et un cadenas, dont nous aurions emporté la clef, et donné les ordres nécessaires pour la sûreté de la clôture; après quoi nous nous serions relire.

Le samedi 4 mars audit an, nous évèque susdit, nous nous senons transporté dès le malin à l'église dudit monastère , oii nous aurions célébré la sainte messe avec les ornemenis les |)lus beaux de l'abbaye, qui nous auraient été préparés ; à l'issue de laquelle nous serions entré audit monastère, revêtu et accompagné comme ci-dessus, dont nous aurions visité les lieux réguliers que nous aurions trouvés ouverts, sans vouloir faire aucun effort à l'égard de ceux qui se seraieni trouvés fermés. Aurions ensuite continué l'audition des religieuses, que nous aurions achevée l'après-dinée. Et le soir nous nous serions retiré, après avoir fait remettre la serrure de la porte de clôture, dont nous conliâmes les clefs à la sœur de Saint-Nicolas , portière , qui était dans l'obéissance et entrait en semaine.

De là rentrant au presbytère, le susdit Mr« Nicolas Rassicod, prêtre, chanoine dudit Jouarre, se serait présenté à nous, le(]nel nous aurait demandé pardon de sa désobéissance, nous suppliant humblement de le vouloir rétablir dans toutes les fonctions de ses saints ordres; ce que nous aurions bien voulu faire aussitôt, en considération de la repentance sincère qu'il nous témoignait, comme il [larail par un acte séparé.

Le dimanche •) mars audit an , nous nous serions transporté à l'église de l'abbaye sur les huit heures du matin, roxêlu et accompagné comme dessus, ou , après les préparations accoutuiiiees, nous aurions administré le sacrement de confirmation à plusieurs enfants et quelques personnes d'âge, leur en ayant préalablement expliqué les cérémonies et les elTets, à la grande grille du chœur on présence d'un grand peuple. Puis nous

aurions célébré la sainte messe au grand autel , avec les ornemenis et vaisseaux les plus riches de l'abbaye. El après notre communion, aurions aussi administré le Saint-Sacrement à plusieurs religieuses et à plusieurs autres ])ersonnes séculières de l'un et do l'autre sexe préparées à cet effet; et toute la cérémonie finie, nous nous serions retiré audit presbylère.

Ou étant, nous nous serions fait rapporter notre ordonnance donnée ledit jour, laquelle nous aurions fait remettre ès-mains de Mf Jacques Bernage , curé de l'église paroissiale de Saint-Pierre dudit Jouarre, pour être par lui lue et publiée au prône de la messe paroissiale , qu'il allait célébrer et chanter : do laquelle ordonnance la teneur s'ensuit.

Jacques-Bénigne, par la permission divine, évèque de Meaux : aux abbesses, religieuses et couvent, clergé, peuple et paroisse de Jouarre, salut et bénédiction. Comme messire Louis de la "Vallée, maintenant absent dudil Jouarre , et messire Daniel de la Vallée, dit Laburie, prêtres, chanoines et chapelains de l'église abbatiale, se sont ingérés de faire les fonctions de vicaire-général, officiai , vice-gérant et promoteur, en vertu des prétendues lettres, commissions ou pouvoirs à eux donnés par l'abbesse de ce monastère, bien que ladite abbesse ni eux n'en aient reçu aucun pouvoir ni du Saint-Siège, ni de nos prédécesseurs, ou de nous; nous leur défendons, et à tous autres, de procéder, ordonner ou exécuter auxdites qualités en vertu desdils pouvoirs, ni d'exercer aucune commission où la juridiction ecclésiastique soit requise , sans en avoir auparavant reçu de nous ou de nos vicaire-général et officiai, un pouvoir spécial et par écrit, sur toutes les peines portées contre les usurpateurs de la juridiction ecclésiasiique et intrus en icelle. Défendons sur mômes peines à ladite abbesse et à celles qui lui succéderont, et à tout autre officier de l'abbaye, le siège abbatial vacant ou non vacant, de donner de pareils pouvoirs ou commissions. Déclarons nul et de nul ettét tout ce qui sera dorénavant attenté au préjudice de la présente ordonnance, sans néanmoins donner atteinte à ce qui aurait été ci-de\ant géré , ordonné et exécuté selon les canons, quoiqu'en vertu desdits pouvoirs et commissions, tant que nos prédécesseurs et nous l'avons toléré, et sans cpie pour raison de ce, il soit permis de troubler et inquiéter les consciences. Délendons en outre auxdites abbesse et toute autre offlcière de l'abbaye, d'instituer à l'avenir, vacance arri\ ant , les curés de Jouarre , ou de les mettre en possession et exercice de cette charge, sans qu'ils reçoiventauparavantdenous etde nos successeurs, la cure des âmes et tout ce qui y est annexé, sans préjudice de ce qui a été fait et sera fait à l'avenir en ladite qualilé par le curé de Jouarre, auquel même, et en tant que besoin serait, nous avons continué et continuons tous ses pouvoirs. En conséquence de ce que dessus, avons déclaré et déclarons que'nul autre que ledit curé n'a pouvoir dorénavant do (irècher la parole de Dieu , et d'administrer les sacrements, notamment celui de pénitence, dans toute l'étendue de la paroisse de Jouarre, à moins de ra\ oir reçu par notre permission et approbation spéciale et par écrit dans le cours de la présente visite, et ci-après en la même forme, par nous ou notre vicairegénéral. Déclarons que les confessions qui se feront dorénavant au pri'judice de ce que dessus, seront nulles et de nulle valeur, et qu'il les faudra réitérer à des prêtres approuvés comme dessus. El alin que le peuple sache à qui il peut s'adresser, déclarons que ce sont tous ceux qui exerceront celte fonction dans l'église paroissiale, attendu que le cuiéaura \u leurs pouvoirs, selon l'ordre qu'il en a de nous. Mais d'aulanl que les confesseurs des religieuses doivent être revêtus de qualités dont nous nous sentons obligé de faire un examen particulier, pour cette considéialion et autres à nous connues, déclarons que les permissions et approbalions par

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nous données, même par écrit, ne vaudront pour les religieuses, et notamment pour celles de Jouarre, à moins qu'elles y soient s|)écialement comprises et dénommées. Défendons expressément à tous prêtres séculiers et ri'gidiers , d'entreprendre de confesser et absoudre lesdites religieuses au préjudice de la présente, à peine d'interdiction encourue ipso fado, révoquant tout pouvoir à ce contraire, ainsi que nous l'avons déjà déclaré et dénoncé auxdiies religieuses, à ce qu'elles ne s'exposent à faire des confessions nulles et sacrilèges. Donné à Jouarre , dans la maison presbytérale, durant le cours de notre \isite, cejourd'liui cinquième jour de mars mil six cent quatre-vingt-dix. Signé -j- J. Bénigne, évêquedeMeaux. Et plus bas: Par monseigneur, Roïeb.

La présente ordonnance a été lue et publiée au prune de la messe paroissiale de Jouarre, le dimanche cinquième jour de mars audit an, par moi Jacques Ilemaije, prilre, curé de ladite paroisse de Jouarre, soussigné. Signé J. Ber.n.^ke.

Ledit jour, sur les deux heures après midi, nous évêque susdit, revêtu de camail et rocliet, et accompagné de nos ecclésiastiques et des chanoines dudit Jouarre en leurs habits d'église, serions allé en l'église de l'abbaye, où après notre prière étant monté en chaire, aurions expliqué le mystère de la Providence divine, à l'occasion de l'évangile de ce quatrième dimanche du Carême, où est rapportée la multiplication des cinq pains, à laquelle prédication auraient assisté toutes les religieuses et un grand concours de peuple, tant de la paroisse de Jouarre que des paroisses voisines. A l'issue de laquelle, et tout le service de l'église étant achevé, nous serions entré dans ledit monastère, revêtu comme dessus , et accompagné de nosdits ecclésiastiques et officiers, où étant , aurions fait sonner le timbre qui est à la porte du clia|)itre, le(|uel nous aurions trouvé ouvert, et y aurions assemblé la plus grande partie des religieuses, auxquelles nous aurions donné les avis nécessaires par rapport à l'état présent du monastère, les assurantqu'avec la grâce de Dieu et le secours du temps, elles recevraient des fruits plus abondants de nos soins; et aurions aussi écouté ce qu'elles nous auraient proposé sur les besoins les plus pressants pour y apporter l'ordre convenable; après quoi nous nous serions retiré au presbytère, où nous serait venu trouver le susdit Mre Daniel de la Vallée, dit Laburie, prêtre, chanoine dudit Jouarre, lequel nous aurait demandé pardon de sa désobéissance, et nous aurait humblement supplié de le vouloir rétablir dans toutes les fonctions de ses saints ordres. Auquel, après lui avoir donné en particulier les avertissements que nous jugeâmes nécessaires , nous aurions bien voulu accorder à l'instant la grâce de le relever de l'inlerdiclion, en considération do la grande repenlance qu'il nous aurait fait paraître, ainsi qu'H est plus au long porté dans notre acte séparé.

Le lundi 6 mars, audit an, sur les sept heures du matin, nous nous serions transporté audit monastère dans lequel nous serions entré revêtu et accompagné comme dessus, et de plus, de M"' Bai-thélemi de Rémond, prêtre, confesseur de ladite abbaye, approuvé de nous, et de F. Basile, aussi prêtre, religieux de l'ordre de Saint- Doininique, aussi pareillement par nous approuvé, et aurions fait sonner le timbre pour assembler les religieuses au chapitre. Où étant toutes les religieuses soumises, ellesdits confesseurs présents, aurions fait faire lecture et publication par notre secrétaire susdit , de nos règlements et ordonnance de visite, dont la teneur s'ensuit.

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