CHAPITRE L
De quelle manière chaque terme universel est énoncé de ses inférieurs.
Nous avons vu que tous les universaux doivent être énoncés univoquement, et selon la même raison. Mais outre cela, chaque universel a sa façon particulière d'être énoncé, ou de convenir à ses inférieurs.
Les uns sont énoncés par forme de nom substantif, comme quand on dit : « L'homme est ani- )i mal ; le cercle est une figure. »
Les autres, par forme de nom adjectif, comme quand on dit : <( La muraille est blanche; M. Le- » brun est un •grand peintre. »
Je prends pour noms adjectifs tous ceux qui signifient la substance en tant qu'affectée de quelque accident qui lui est ajouté; ce qui aussi a donné lieu au nom d'adjectif.
Les genres et les espèces s'énoncent de la première façon , c'est-à-dire en noms substantifs. On dit : « L'homme est animal; l'or est métal; l'équi- » latéral est triangle. )> Les différences, les propriétés et les accidents s'énoncent de la seconde , c'est-à-dire en noms adjectifs; on dit : « L'homme » est capable de raisonner ou parler ; l'or est pe- » sant et maniable , Platon et Arislote sont philo- » sophes. »
La raison est que le genre et l'espèce sont regardés comme la substance même; au lieu que la différence, la propriété et l'accident, sont regardés comme ajoutés à une substance.
Pour le propre et l'accident, l'affaire est claire : car l'un et l'autre supposent manifestement, la chose constituée. C'est pourquoi on ne peut pas dire substantivement : « L'homme est la faculté )i de rire , » ni , « Archimède est la géométrie ; » mais on dit adjectivement : « L'homme est ca- » pable de rire; Archimède est géomètre. » Et pour ce qui est de la différence, quoiqu'elle soit de l'essence de l'espèce prise précisément, elle est regardée comme ajoutée au genre , qui , étant indéterminé de soi, est déterminé par la différence à une espèce particulière : par exemple, l'animal par le raisonnable à l'espèce de l'homme.
Voilà donc pourquoi la différence est énoncée adjectivement, aussi bien que le propre et l'accident : parce que, comme i'accident, par exemple la géométrie, ajouté à une substance, compose avec elle ce qu'on appelle le géomètre; ainsi la différence , par exemple le raisonnable ajouté à l'animal, compose avec lui ce tout qu'on appelle l'homme.
Et ce qui se dit ici des véritables substances , comme de l'animal et de l'homme, se doit entendre de tout ce qui est exprimé par noms substantifs, c'est-à-dire des formes abstraites par précision, par exemple , blancheur et géométrie. Ainsi on dit substantivement : « La blancheur est une cou- » leur, » et « la géométrie est une science , » qui