‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 88 sur 609 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Quelle est la signification du verbe « est, » da7is la proposition.

Dans toute proposition , nous nous servons du verbe est ou de quelque équivalent ; et il faut entendre avant toutes choses la force de ce mot.

Le verbe e.st peut être pris en deux significations. Ou il se met simplement avec le nom, comme quand on dit : Dieu est; le cercle parfait est; ou il se met entre deux termes, comme quand on dit : Dieu est éternel; le cercle parfait est une figure dont toute la circonférence est également distante du centre.

Ce verbe pris au premier sens , marque l'existence actuelle des choses. Quand je dis simplement -.Le cercle est, je suppose qu'il-y a un cercle qui existe actuellement. Il a été vrai de dire : Ti'oie est, et maintenant il est vrai de dire : Troie n'est plus, tout cela regarde l'existence actuelle. Elle s'exprime aussi en notre langue d'une autre manière, lorsqu'au lieu de dire : Dieu est, on dit : il y a un Dieu.

Le mot « est, » pris au second sens, ne signifie autre chose que la liaison de deux idées et de deux termes, sans songer si le sujet existe, ou s'il- n'existe pas. Ainsi, quand il n'y aurait aucun cercle parfait, il est toujours vrai de dire que le cercle est une figure dont la circonférence est également distante du centre.

Les propositions où le mot est se met absolument, s'appellent dans l'Ecole, de secundo adjacente; et celles où il sert de liaison à deux termes, s'appellent de tertio adjacente; parce que, dans les premières propositions le verbe est paraît toujours le second , et que dans les autres il est comme un tiers qui en réunit deux autres.

Dans ce dernier genre de propositions , le verbe est se supprime quelquefois, comme quand on dit : Heureux celui qui craint Dieu ; et le plus souvent il s'exprime par un autre verbe où il est contenu en vertu, comme quand on dit : Le feu brille.

Cette parole a la même force que si on disait : Le feu est une chose qui brûle; ou par le participe : Le feu est brûlant.

Ainsi , le verbe en tout mode , excepté en l'infinitif, est une oraison parfaite : J'aime, vous aimez, c'est-à-dire je suis aimant, vous êtes aimant. De sorte que le verbe est se trouve ou en effet , ou en vertu , en toute proposition.

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