CHAPITRE IV
Des propositions cornpleœes et incomplexes.
La première chose qu'il faut remarquer sur les propositions complexes, c'est qu'elles enferment en elles-mêmes d'autres propositions , indirectement toutefois, et incidemment.
Cela suit de la nature de leurs termes ; par exemple, quand, pour exprimer David, nous avons employé ce terme complexe : Le berger qui a tué un géant par un coup de fronde , nous avons supposé , en parlant ainsi , ces trois propositions : David a été berger, a tué Goliath , et c'est avec sa fronde.
Mais toutes ces propositions ne sont ici regardées que comme des termes, ou plutôt comme les parties d'un même terme , parce qu'elles sont employées seulement pour désigner David, et non pour assurer de lui qu'il ait été berger, ou qu'il ait tué Goliath d'un coup de pierre, ce qu'on suppose comme connu.
De telles propositions, qui ne tiennent lieu que de termes, sont appelées indirectes ou incidentes, parce qu'elles ne sont pas le véritable sujet de l'affirmation et de la négation.
Si toutefois quelqu'un se trompait dans ses propositions indirectes, et que, pour désigner un homme, il employât des choses qui ne lui conviennent pas , il devrait être averti qu'il désigne mal son sujet : comme si, pour désigner Charlemagne, quelqu'un trompé ou par les romans , ou par l'opinion populaire, l'appelait Celui qui a- institué les dou'^-e pairs de France; quand même ce qu'il voudrait assurer ensuite de ce grand et religieux conquérant serait véritable , il devrait être repris comme n'ayant pas connu le sujet dont il parlait, et l'ayant mal désigné.
Une seconde chose à remarquer dans les propositions complexes , c'est que quelques-unes d'elles peuvent se réduire en incomplexes et d'autres non, c'est-à-dire, qu'il y a des choses qu'on exprime en termes complexes qu'on pourrait expliquer en un seul mot; comme dans ce que nous venons de dire de David , nous pourrions , sans aucun circuit de paroles , avoir nommé David tout court ; et aussi il y en a d'autres qui ne peuvent être expliquées par un seul mot, comme quand je dis : Celui qui sait dompter ses passions, et se commander à soi-même, est le seul digne de commander aux autres, je n'ai point de terme simple pour exprimer celui qui dompte ses passions.
En bonne logique, on doit prescrire de se servir autant qu'on peut , de termes incomplexes, c'està-dire d'exprimer, autant qu'on peut , par un seul mot, une seule chose; et quand il faut se servir de termes complexes, de se charger le moins qu'on peut de paroles inutiles, qui embarrassent la chose et donnent lieu à la surprise.
Il arrive assez souvent que celui qui avance une proposition complexe ne veut pas tant proposer que rendre raison de ce qu'il propose : comme dans le dernier exemple que j'ai rapporté, je n'ai pas eu dessein de proposer seulement que celui qui se commande à, lui-même est digne de commander aux autres , mais de rendre la véritable raison pourquoi il en est digne. Et si je dis
B. — T. VIII
que celui qui a châtié les Juifs désobéissants à Mo'ise,son serviteur, châtiera bien plus sévèrement les chrétiens désobéissants à Jésus-Christ son Fils, je ne fais pas une simple proposition, mais un raisonnement et une preuve , où il faut principalement regarder la bonté de la conséquence.