CHAPITRE V
Des propositions simples et composées , et des
propositions modales.
Sur les propositions composées , nous avons déjà remarqué qu'à proprement parler ce sont deux propositions; d'où il s'ensuit que pour les bien examiner , il faut , avant toutes choses , les sé'parer; sans quoi on s'exposerait au péril de mêler le vrai avec le faux. Par exemple, si je disais : Les courageux et les téméraires sont ceux qui font réussir les grandes entreprises , la propotion est fausse en elle-même ; mais pour bien démêler le vrai d'avec le faux, il faudrait faire deux propositions , en séparant les deux termes : alors il se trouverait qu'il n'appartient proprement qu'au courageux de faire réussir les grandes entreprises, et qu'elles ne réussissent que par hasard au téméraire qui , de lui-même , est plus propre à les ruiner qu'à les avancer.
Au reste , il faut prendre garde que telle proposition qui paraît simple , est composée ; comme si en parlant de l'entreprise de Louis XII sur le Milanais, on disait : Louis XII a commencé ime guerre injuste; un discours qui paraît si simple est en effet composé de ces deux propositions : Louis Xll a commence la guerre dans le Milanais , et cette guerre est injuste. Et ce discours pourrait être faux en deux manières : la première s'il se^ trouvait que ce n'est pas Louis XII , mais que c'est le duc de Milan qui a commencé la guerre en secourant le roi de Naples contre les traités; la seconde, s'il paraissait que la guerre serait très-juste, quand même Louis XII serait l'agresseur, parce qu'il serait le successeur légitime de ce duché.
On doit comprendre parmi les propositions composées celles où celui qui fait la proposition exprime tout ensemble ses dispositions, avec la chose même qu'il veut proposer, comme quand on dit : J'assure ou je soutiens que le vertueux est le seul habile , on ne marque pas seulement la vérité qu'on propose , mais encore avec quelle certitude on la croit.
De telles propositions se peuvent séparer en deux. J'assure est une proposition , ainsi que nous avons dit en expliquant la force du verbe ; et le vertueux est le seul habile en est une autre.
On demande à quel genre de propositions se rapportent celles que l'Ecole appelle modales, et si elles ne font point une espèce particulière.
Les propositions modales sont celles où se rencontre un de ces quatre termes : nécessaire , contingent, possible, impossible.
Nécessaire est ce qui arrive toujours ; contingent, ce qui arrive quelquefois; possible est ce qui peut arriver; impossible est ce qui ne peut arriver.
Ces quatre termes modifient les propositions, c'est-à-dire qu'elles n'expliquent pas seulement que la chose est véritable , mais encore de quelle manière elle est véritable.
LOGIQUE. — LIVRE DEUXIÈME
De telles propositions se réduisent naturellement en propositions simples; comme quand je dis : Il est nécessaire que Dieu soit ; il est impossible que Dieu ne soit pas ; il est nécessaire que la terre soit mue; il est possible, ou bien impossible qu'elle le soit; c'est la même chose que si je disais : « L'être de Dieu est nécessaire ; le non-être >) de Dieu est impossible; le mouvement do la » terre est nécessaire » ou « le mouvement de la » terre est possible , » ou « le mouvement de la » terre est impossible. »
Ainsi ces propositions ne sont point une espèce particulière , ce sont de simples propositions qui se réduisent en propositions complexes ou incomplexes, selon la nature des termes dont elles se trouvent composées.