‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 92 sur 609 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Des propositions absolues et conditionnées.

Sur la division des propositions en absolues et conditionnées, il faut remarquer :

I. Que la proposition conditionnée est ou simplement pour énoncer, ou pour promettre quelque chose. Quand je dis : Si le soleil tourne autour de la terre, il faut que la terre soit immobile, j'énonce seulement ce que je crois vrai; mais quand je dis : Si vous me rendez ce service , je vous promets telle récompense ; ie n'énonce pas seulement ce qui doit être, mais je m'engage à le faire.

II. Qu'en l'un et en l'autre cas, la proposition conditionnée est « une espèce de raisonnement, » où un certain principe étant posé, la consé- « quence est déduite comme légitime. » Car, soit que j'énonce, soit que je promette, l'effet doit être certain , si la condition est une fois posée.

III. Que la vérité de la proposition conditionnée dépend purement de la liaison de la condition avec l'elTet. Afm que cette proposition soit véritable : « Si le soleil tourne autour de la terre , la » terre doit être immobile, » il n'importe pas qu'il soit vrai que le soleil tourne autour de la terre ; mais il suffit que , supposé ce mouvement du soleil, l'immobilité de la terre soit assurée. De même dans cette promesse : « Si vous me rendez » ce service, je vous donnerai cette récompense, » pour vérifier cette proposition, il n'importe pas d'examiner si vous me rendez ce service , pourvu que la liaison de la récompense avec le service soit véritable; et elle l'est, quand, d'un côté, la chose dépend de moi , et que , de l'autre , j'ai la volonté de l'exécuter.

IV. Que c'est pour cela que la condition s'exprime toujours avec quelque doute, parle terme si, ou par quelque autre équivalent ; parce que , ainsi que nous avons vu, quand même la condition serait douteuse , la proposition ne l'est pas ; pourvu que la conséquence se trouve bonne.

y. Qu'on fait quelquefois des propositions conditionnées, où le dessein n'est pas de révoquer en doute la condition , mais seulement de marquer la bonté de la conséquence : par exemple lorsque je dis à un méchant : « Si Dieu est juste, s'il y a une » Providence , et que le monde ne soit pas gou- » verné par le hasard , vos crimes ne seront pas » impunis ; » mon dessein n'est pas de mettre la

Providence en doute, mais de faire voir seulement combien est infaillible la punition, puisqu'elle est nécessairement liée à une condition qui ne peut manquer : de sorte qu'une telle proposition a la même force que si je disais à ce scélérat : « Autant » qu'il est assuré que le monde n'est pas régi par » le hasard, et qu'il y a une Providence qui le )) gouverne , autant est-il assuré que vos crimes » seront punis. »

VI. Que la condition n'est pas toujours exprimée; mais que l'ayant été une fois suffisamment, elle est toujours sous-entendue. Ainsi, lorsque Dieu dit qu'un juste sera heureux, cela s'entend s'il persévère dans la bonne voie; et cette condition a été si clairement et si souvent exprimée, que lorsqu'elle ne l'est pas , elle est toujours sous-entendue.

VII. Que M force de la proposition conditionnée consistant dans celle de la conséquence, si cette proposition n'est pas nécessaire à la rigueur, elle est fausse. Ainsi , posé que quelqu'un s'avisât de dire : S'il pleut deinain, je gagnerai au jeu; quand même il arriverait et qu'il plût et qu'il gagnât, dèslà qu'il n'y aurait aucune liaison entre la pluie et ce gain , la proposition serait fausse , par la seule nullité de la conséquence.

Il faut accepter toutefois les propositions conditionnées qui emportent quelque signe d'institution ; par exemple, « La baguette d'or tendue par le roi de Perse à qui l'aborde sans être mandé , » étant établie comme un signe de salut, la proposition qui assure que « si le roi vous tend la baguette , vous » êtes sauvé, » est véritable , parce qu'encore qu'il n'y ait de soi aucune liaison entre le salut et la baguette tendue, il suffit, pour la vérité de la proposition , que ces choses se trouvent liées par l'institution du prince de qui tout dépend.

C'est par là que se vérifient plusieurs propositions de l'Ecriture : par exemple, celle-ci du serviteur d'Abraham : « La fille qui me dira : <( Je vous » donnerai à boire à vous et à vos chameaux , est » celle que Dieu destine au fils de mon maître, » est conditionnée de sa nature; et néanmoins très-~ véritable, quoiqu'il n'y ait de soi nulle liaison entre la condition et la chose même, parce que, par une espèce de convention entre Dieu et ce serviteur, cette parole lui était donnée comme un signe de la volonté toute-puissante de Dieu. Et voilà ce qu'il y a à considérer sur les propositions conditionnées.

On peut rapporter à celles-ci les propositions disjonctives ; par exemple : « C'est le soleil , ou » c'est la terre qui tourne ; » car c'est un raisonnement, et elle peut se résoudre en celle-ci : Si le soleil ne tourne pas, il faut que la terre tourne.

Il y a toutefois de telles propositions , qui sont simplement énonciatives : comme quand je dis, que la justice regarde , ou la distribution des biens ou le châtiment des crimes , en un mot , qu'elle est ou distributive ou vindicative ; une telle proposition appartient à la division dont nous parlerons ci-après ' : de sorte qu'en quelque manière qu'on regarde la proposition disjonctive, elle ne fait jamais un genre particulier.

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