‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 9 sur 545 · Jtép.aux Rem-, p. 169. — 2. Idem, p · texte numérisé non relu

Jtép.aux Rem-, p. 169. — 2. Idem, p

suite , que la doctrine de leurs ancêtres était difTèrente de la leur, et qu'ils y revinrent à la fin. M. Dupin dissimule tous ces faits qui sont constants. Il dit bien, à la vérité, « que le sentiment de » saint Augustin a depuis été embrassé par l'E- » glise; » mais il ne veut point dire que ce senti- » ment de saint Augustin était, selon saint Augus- » tin même, une tradition apostolique' : » que l'Eglise par conséquent la suivait déjà avant que d'en avoir fait une expresse déclaration dans ses conciles. Il veut faire croire à son lecteur « qu'on » ne s'est point servi, dans l'Orient, de la distinc- » tion de saint Augustin-, » c'est-à-dire, de la distinction qu'il fallait faire entre le baptême administré par les hérétiques avec la forme ordinaire, ou sans cette forme. C'est néanmoins cette distinction que saint Jérôme suit aussi bien que lui, et à laquelle il reconnaît que tous les adversaires du pape saint Etienne étaient enfin revenus. M. Dupin aime mieux dire que ceux d'Orient rebaptisaient ou ne rebaptisaient pas les hérétiques , sans avoir aucune raison de celte dilïérence; encore qu'on put aisément la lui montrer même dans les Pères grecs. Voilà sa théologie. L'on peut voir combien elle est faible, pour ne pas dire erronée.

Il s'obstine à vouloir trouver une aussi grande erreur dans saint Etienne que dans saint Cyprien. On sait d'où il a pris celte critique; mais elle est contraire à ce qu'on vient de voir. On a vu , par saint Augustin et les autres Pères, que ce qu'on opposait à saint Cyprien était une tradition apostolique. Ce n'était donc pas une erreur qu'on opposait à une erreur, mais une vérité constante et ancienne. L'état de la question , comme il est posé par Eusèbe , par saint Augustin, par saint Jérôme, par Vincent de Lérins, par tous les autres, ne charge saint Etienne d'aucune erreur. Il n'y avait rien de plus droit ni de plus simple que le décret de ce Pape : « Qu'on ne change rien à ce qui a été réglé » par la Tradition » (c'est ainsi que le traduit M. Dupin';) et saint Augustin ne se plaint pas que cette Tradition fût fausse, puisqu'on vient de voir qu'il la tient apostolique, et qu'il se contente de dire qu'elle ne fut pas d'abord assez solidement prouvée. Ainsi saint Etienne est absous de la critique moderne par le témoignage de tous les anciens. On ne lui peut opposer que ses adversaires, qui dans la chaleur de la dispute ont mal pris ses sentiments. Encore Firmilien, quoi qu'en puisse dire M. Dupin, répète plusieurs fois que l'intention de ce Pape et de ceux qui lui adhéraient, était d'approuver le baptême, pourvu qu'il fût conféré au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit^ Tout cela est clair. On ne peut alléguer, contre ce fait aucun auteur ancien de quelque poids, si ce n'est peut-être un inconnu , qui est l'anonyme de Rigault, dont l'esprit et le raisonnement sont si peu justes, qu'on voit bien qu'il n'est pas capable de juger cette question au préjudice du témoignage de tous les auteurs qu'on vient d'entendre.

Il est vrai que M. Dupin se veut appuyer du décret de saint Etienne, en traduisant ces paroles, à quâcumque hœresi cenerit ad tos, de ocelque manière ncE les hérétiques eussent été baptisés , ce

1. Tom. I, p. 404. — 2. Idem, p. 481. — 3. Kép. aux Rem., p 168. — 4. Episl. Firmil. apud Cyp.

MI'MOIIIK

(lu'il répèle par deux lois'; uiuis ce n'est pas là traduire, c'est visiblement falsifier le décret du l'upe. Il commet encore une autre faute en traduisant ces mots : Mamis et imponanlur in pœnilentlam;

qu'on Li;i IMPOSE SEULEMENT LES MAINS POUH LE RE- CEVOIR ". Avec sa permission, il fallait exprimer le mot de pénitence, qui seul caractérise cette imposition des mains, et en montre la dilïércnce d'avec le sacrement de Confirmation, par lequel queliiues auteurs ont voulu croire (|u'on recevait les hérétiques. Par tout cela , on voit le génie de la nouvelle critique, qui veut, à quelque prix que ce soit, trouver .que les i)apes ont tort; ce qui dans ce fait, est de plus grande conséquence qu'on ne pense; puisque si, dans la dispute qui s'éleva entre saint Etienne cl saint Cyprien, les deux partis sont également dans l'erreur, il s'ensuit que la profession de la vérité était éteinte dans l'Eglise.

Saint Augustin.

S.\iNT Augustin est sans doute celui de tous les saints Pères que M. Dupin maltraite le plus. Il aurait pu se passer de dire de son Traité sur les Psaumes, «qu'il est plein d'allusions inutiles, de subti- » lités peu solides et d'allégories peu vraisembla- «bles, » et d'ajouter encore avec cela «que ce » Père fait profession d'expliquer la lettre'. » Un peu devant il venait de dire encore, « qu'il s'étend » beaucoup sur des réilexions peu solides, où il » s'éloigne de son sujet par de longues digres- » sions. » Il devait dire du moins que ces longues digressions dans des sermons (car ses Traités sur les Psaumes n'étaient presque rien autre chose), avaient pour fin d'expliquer des matières utiles à son peuple , tant pour la morale que contre les hérésies de son temps et de son pays.

M. Dupin sait bien que ces digressions sont fréquentes dans les sermons des Pères, qui, traitant la parole de Dieu avec une sainte liberté , se jetaient sur les matières les plus propres à l'utilité de leurs auditeurs , et songeaient plus à l'édification qu'à une scrupuleuse exactitude du discours. Les sermons de saint Chrysostome, qui sont les plus beaux qui nous restent de l'antiquilé, sont pleins de ces édifiantes et saintes digressions. M. Dupin ne traite pas mieux les livres de la Cité de Dieu; et surtout il trouve mauvais « qu'on en admire com- » munémont l'ôrudilion, quoiqu'ils ne contiennent » rien qui ne soit pris de Varron, de Cicéron, de » Sénèque, et des autres auteurs profanes, dont » les ouvrages étaient assez communs''. « Sans doute saint Augustin n'avait point déterré des auteurs cachés, qui valent ordinairement moins que les autres , mais qui donnent à ceux qui les citent la ré[)utalion de savants; et il s'était contente de prendre, dans des auteurs célèbres, ce qui était utile à son sujet. Voilà l'idée d'érudition que se proposent les nouveaux critiques. M. Dupin ajoute aussi qu'il n'y a rien de « fort curieux ni de bien • recherché dans ce livre de saint Augustin, et qu'il » n'csl pas même toujours exact. » Pour l'exactilude , on n'en saurait trop avoir en ce genre-là. Mais quand il serait arrivé à sainl Augustin, comme

1. Tom. i,p. 401. lîép. aux Rnm.,p. lli. —2. Ràp., p. 169. — 3. Tom. III, part. 1, p. 696, 697. — i. Idem, p. 756.

à lant d'autres grands hommes, d'avoir manqué dans des minuties, il y a trop de petilesse à leur en faire un procès. Pour ce qui est du curieux et du recherché, où notre critique et ses semblables veulent à présent mettre toute l'érudition, il lui fallait préférer l'utile et le judicieux, qui constamment ne manquent point à saint Augustin; et pour ne parler pas davantage de l'érudition profane, ce Père a bien su tirer des saints docteurs ([ui l'ont précédé, les témoignages nécessaires à rétablissement de la Tradition. Il ne fallait donc pas dire, comme fait notre auteur', « qu'il avait beaucoup moins d'érudition » que d'esprit; car il ne savait pas les langues, et » il avait fort peu lu les anciens. » Il en avait assez lu pour soutenir la Tradition : le reste mérite son estime, mais en son rang. Ces grandes éruditions ne font souvent que beaucoup ofi'usquer le raisonnement, et ceux qui y sont portés plus que de raison, ont ordinairement l'esprit fort court. Je ne sais ce que veut dire notre auteur, « que saint Augustin » s'étend ordinairement sur des lieux communs. » C'est ce que font, aussi bien que lui, tous ceux qui ont à traiter la morale, surtout devant le peuple; mais pour les ouvrages polémiques ou dogmatiques, on peut dire avec certitude , que personne ne serre de plus près son adversaire que saint Augustin , ni ne poursuit plus vivement sa pointe. Ainsi les lieux communs seraient ici mal allégués.

Mais la grande faute de notre auteur, sur le sujet de saint Augustin, est de dire qu'il a enseigné, sur la grâce et sur la prédestination, une doctrine dilTérente de celle des Pères qui l'ont précédé^. Il faudrait dire en quoi, et on verrait, ou que ce n'est rien de considérable, ou (|ue ceux qui lui font ce reproche se trompent et n'entendent pas la matière. M. Dupin dit crûment, après M. de Launoy, de qui il se glorifie de l'avoir appris, que « les Pères » grecs et les latins n'avaient ni parlé, ni raisonné » comme lui sur la prédestination et sur la grâce : » que sainl Auguslin s'était formé un système là- » dessus qui n'avait pas été suivi par les Grecs , ni » goûté de plusieurs catholiques d'Occident, quoi- » que ce Père se fùl fait beaucoup de disciples, et » que ces questions n'étaient pas de celles quce hœ- » reses inferunt, aut hœreticos faciunt. )> Tout cela se pourrait dire peut-être sur des minuties; mais par m,-dheur pour M. de Launoy et pour ceux qui se vantent d'être ses disciples, c'est que par ces prétendues dilTérences avec sainl Augustin, ils font les Grecs et quelques Occidentaux de vrais demi-pélagiens, ainsi qu'on a déjà vu que l'a fait M. Dupin. On sait que ces catholiques d'Occident , qui ne goûtaient point la doctrine de sainl Augustin, étaient demi-pélagiens, qu'ils ont été condamnés comme tels par l'Eglise, et surtout par le concile d'Orange; et néanmoins c'est de ceux-là que M. de Launoy et ses sectateurs disent qu'ils n'erraient pas dans la foi'.

Notre auteur tâche de répondre à ce qu'on lui a objecté, que « les savants de notre siècle se sont » imaginé deux traditions contraires au sujet de la » grâce''. » Il croit satisfaire à cette objection en répondant, que « feu M. de Launoy, donl le censeur

1. Tom. m, pro-l. /, p. S19. — 2. Idem, part. II, p. 592. Itép. aux lient., p. 111. — 3. Vni/vz co qu'il dit sur suint Cbrys., tom. III, part. I,p. 130. —4. lUp.uux Rem.,p. H\.

SUR LA lillîLIOTHÈQUE ECCLÉSIASTIQUE DE M. DUPIN.

» veut parler, lui a appris qu& la véritable tradition

» de l'Eglise est celle que décrit Vincent de Lérins : » Quod ubique, quod semper, quod ab omnibus: » qu'il n"avail donc garde de dire qu'il y avait deux » traditions dans l'Eglise sur la grâce. » Cela est vrai; mais M. Dupin ne nous dit pas tout le lin de la doctrine de son maîlre. Nous l'avons ouï parler, et on ne nous en imposera pas sur ses sentiments. Il disait que les Pères grecs, qui avaient précédé saint Augustin , avaient été de la même doctrine que tinrent depuis les denii-pélagiens et les Marseillais : que depuis saint Augustin, l'Eglise avait pris un aulre parti; qu'ainsi il n'y avait point sur celte matière de véritable tradition, et qu'on en pouvait croire ce qu'on voulait. Il ajoutait encore, puisqu'il faut tout dire , que Jansénius avait fort bien entendu saint Augustin, et qu'on avait eu tort de le condamner; mais que saint Augustin avait tort luimôme , et que c'était les Marseillais ou demi-pélagiens qui avaient raison; en sorle qu'il avait trouvé le moyen d'être tout ensemble demi-pélagien et janséniste. Voilà ce que nous avons ouï de sa bouche plus d'une fois, et ce que d'autres ont ouï aussi bien que nous, et voilà ce qui suit encore de la doctrine et des expressions de M. Dupin.

Au reste, il semble alïecter de traiter ces matières de subtiles, de délicates et d'abstraites'; ce qui porte naturellement dans les esprits l'idée d'inutiles el de curieuses. La matière de la Trinité, de l'Incarnation, de l'Eucharistie et les autres ne sont ni moins subtiles, ni moins abstraites; mais on aime mieux dire qu'elles sont hautes, sublimes, impénétrables au sens humain. Il fallait parler de même de celle que saint Augustin a traitée contre les pélagiens et les demi-pélagiens. Car après tout, de quoi s'agit-il? Il s'agit de savoir à qui il faut demander la grâce de bien faire, à qui il faut rendre grâces quand on a bien fait : il s'agit de reconnaître que Dieu incline les cœurs à tout le bien par des moyens trés-cerlains et très-efïicaces , et de confesser un pareil besoin de ce secours , tant dans le commencement des bonnes œuvres , que dans leur parfait accomplissement : il s'agit de reconnailre que cette grâce , que Dieu donne dans le temps , a été préparée, prévue, prédestinée de toute éternité: que cette prédestination est gratuite à la regarder dans son total, et présuppose en Dieu une prédilection spéciale pour ses élus. Voilà l'abrégé de la doctrine de saint Augustin sur la grâce, et tout le terme où il tend. C'est ainsi qu'on enseigne unanimement dans toutes les écoles catholiques, sans en excepter aucune. Il n'y a rien là ni de si abstrait, ni de si métaphysique; tout cela est solide et nécessaire à la piélé. C'est une manifeste calomnie de dire avec M. de Launoy, rapporté par M. Dupin, que les Pères grecs et latins soient contraires à saint Augustin à cet égard. Ce saint docteur cite pour lui saint Cyprien; et M. Dupin demeure d'accord que ce Père a très-bien parlé, non-seulement de de la nécessité, mais encore de l'efficace de la grâce - : il cite saint Ambroise, qui n'est pas moins exprès, et il ne serait pas malaisé d'ajouter une infinité de témoignages aux leurs. Il n'y a donc rien de plus constant dans l'antiquité que la doctrine de l'eiïicace de la grâce; et la prédestination n'étant autre

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