Ps., cxviii
serve dans la distribution de ses dons, mais qu'il n'y en a aucune qui n'ait notre bien pour objet.
Il est temps, après cela, que nos réformés ouvrent les yeux, el qu'ils avouent que celle doctrine, qu'ils reçoivent aussi bien que nous, nous mel à couvert de tous leurs reproches; puisque nous n'admettons dans la pénitence aucune réserve de peines, que celle qui est utile au salut de l'homme.
En elfet, n'esl-il pas utile au salut de l'homme, créature si prompte à se relâcher par la facilité du pardon, qu'en lui pardonnant son péché, on ne lève pas tout à coup la main , el qu'on lui fasse appréhender la rechute? Mais qu'y a-l-il de plus salutaire pour lui inspirer celle crainte, que de lui faire comprendre que la rechute lui rend toujours la rémission plus difficile; qu'elle soumet le pécheur ingrat, qui a abusé des bontés de Dieu, à une pénitence plus sévère el à une censure plus rigoureuse; et qu'enfin , s'il retombe dans son péché. Dieu pourra se porter, tant il est bon , à lui remettre encore la peine éternelle , mais qu'il lui fera sentir l'horreur de son crime par des châtiments temporels? Celte crainte ne sert-elle pas à retenir le pécheur dans le devoir, et à lui faire connaître le péril et le malheur des rechutes? Mais si l'on ajoute encore, que Dieu étendra jusqu'en l'autre vie ces châtiments temporels sur ceux qui négligent de les subir humblement en celle-ci; ne sera-ce pas, el un nouveau frein pour nous retenir sur le penchant, et un nouveau motif pour nous exciter aux salutaires austérités de la pénitence, tant louées par l'antiquité chrétienne? Joint qu'il y a des péchés, pour lesquels nous avons vu que Dieu n'a pas résolu de nous séparer éternellement de son royaume; el il nous est utile de savoir qu'il ne laisse pas de les châtier en celle vie el en l'autre, afin que nous march:ons avec plus de circonspection devant sa face. Qui ne voit donc qu'il sert au pécheur, pour toutes les raisons que nous avons dites, d'avoir à appréhender de tels châtiments; el par conséquent que nous n'admettons dans la rémission des péchés, aucune réserve de peines qui ne soit utile au salut des âm.es?
M. Noguier ne veut recevoir que la moitié de notre doctrine; el après avoir accordé pour cette vie i'ut'lité de ces châtiments temporels, qui servent à nous retenir dans le devoir, il ne veut pas qu'ils regardent la vie à venir, « où, dil-il', on ne » peut empirer, ni s'avancer en sainteté , et où il » n'y a plus à craindre qu'on abuse de la facilité » du pardon. » Mais il n'aurait pas fait celle distinction, s'il eùl tant soit peu considéré, que ces peines lemnorelles de la vie future peuvent nous être pronosées dès celle-ci, el avoir par cet endroit seul , quand même nous n'aurions rien autre chose à dire, toute l'ulilité que Dieu en prétend , qui est de i-clenir dans le devoir des enfants trop prorapts à la'llir.
S'il répond que la prévoyance des maux éternels doit suiiire pour cet effet, c'est qu'il aura oublié les choses que je viens de dire. Car l'homme égalem.ep.l fragile el téméraire a besoin d'èlre retenu de tous côtés : il a besoin d'èlre retenu par la prévoyance des maux éternels; et quand celle appréhension est levée, autant qu'elle le peut être en
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SUR L'EUCHARISTIE
cette vie, il a encore liesoin de prévoir qu'il s'attirera d'autres châtiments et en ce monde et en l'autre, si malgré ses fragilités et ses continuelles désobéissances, il néglige de se soumettre à une discipline exacte et sévère.
Ainsi cette confiance insensée, qui abuse si aisément du pardon et s'emporte si on lui lâche tout à fait la main, est tenue en bride de toutes parts; et si le pécheur échappe malgré toutes ces considérations, on peut juger du tort qu'on lui ferait, si on lui en ôtait quelques-unes.
De vouloir dire, après cela, que cette réserve des maux temporels, qui a notre salut pour objet, suppose en Jésus-Christ quelque imperfection, ou quelque impuissance, ce n'est plus que chicaner sans fondement. Il faudrait certainement que tous tant que nous sommes de catholiques, nous eussions entièrement perdu le sens , pour croire que celui qui nous délivre du mal éternel, ne peut en même temps nous oter toutes sortes de maux temporels, et nous décharger, s'il voulait, d'un si léger accessoire. Si nous croyons qu'il ne le veut pas, nous croyons aussi en même temps qu'il juge que cette réserve est utile pour notre bien. Qu'on dise donc tout ce qu'on voudra contre la doctrine catholique, la raison et la bonne foi ne soulTrent plus qu'on nous accuse de méconnaître les mérites infinis de Jésus-Christ; et celte objection, qui est celle qu'on presse le plus contre nous, pour peu qu'on ait d'équité, ne doit jamais paraître dans nos controverses.
Concluons donc enfin de tout ce discours, que la damnation éternelle étant la peine essentielle du péché, nous ne pouvons plus y être soumis après le pardon. Car c'est ce mal qui n'a en lui-même aucun mélange de bien pour le pécheur, parce qu'il ne lui laisse aucune ressource, et que la durée s'en étend jusqu'à l'infini; mal qui est par conséquent de telle nature , qu'il ne peut subsister en aucune sorte avec la rémission des péchés, puisque c'est une partie essentielle de la rémission d'être quitte d'un si grand mal. Mais comme les maux temporels qui nous laissent une espérance certaine, en quelque état qu'on les endure , ne sont point ce mal essentiel qui répugne à la rémission et à la grâce; soufi'i'ons que la divine bonté en fasse pour notre salut tel usage qu'elle trouvera convenable, et qu'elle s'en serve pour nous retenir dans une crainte salutaire, soit en nous les faisant sentir, soit en nous les faisant prévoir en la manière qui a été expliquée.
Que si quelqu'un noua accuse de trop prêcher la crainte sous une loi qui ne respire que la charité , qu'il songe que la charité se nourrit et s'élève plus sûrement , quand elle est comme gardée par la crainte. C'est ainsi qu'el'e croit et se fortifie, tant qu'enfin elle soit capable de se soutenir par elle-même. Alors, comme dit saint Jean', elle mal la crainte dehors. Tei est i'é'.at des parfaits, dent le nombre est fort petit su-' la terre. Lez infirmes, c'est-à-dire la oluoart aes nommes ont besoin d'être soutenus par la crajOie, et u ètiC comme arrêtés par ce poids , de peur que la vioieiice des tentations ne les emporte. Mais nous avons parlé ailleurs de cette matière.