‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 99 sur 545 · p. 110.— 2. p. lis.— 3. p · texte numérisé non relu

p. 110.— 2. p. lis.— 3. p

DE LA SATISFACTION DE JESUS-CHRIST

» souffrent, sont des peines |iropi-emcnl dites, pour » satisfaire ;\ la justice de Dieu. »

Ce sont des maux, on en convient. Ce sont mf'mc des chftliments, on l'accorde. Mais il se faut bien garder de penser que ce soient des peines proprement dites. A (luelles subtilités a-t-on réduit la religion I Sans doute tout cbaiinient est une peine. On ne laisse pas de punir les criminels, quoiqu'on ne les punisse pas à toute rigueur, quoiqu'on les punisse pour les corriger, quoique les peines qu'on leur fait sentir aient pour objet de les retenir dans le devoir, et d'cnipèclier leurs rechutes. Quand on subit de telles peines, on satisfait à cet égard à ce que la justice e.xige, quoiqu'on ne satisfasse pas à tout ce qu'elle aurait droit d'exiger. Qui peut douter de ces vérités? J'ai peine à croire que M. Noguier ait dessein de le nier, quand il dit que les maux que Dieu envoie aux pécheurs ne sont pas des peines proprement dites pour satisfaire à la justice de Dieu. S'il veut dire que ce ne sont pas des peines proportionnées, ni qui emportent une exacte satisfaction, j'en suis d'accord; mais qu'il s'ensuive de là qu'elles perdent le nom de peines, c'est à quoi le bon sens et la piété répugnent.

En ell'et, lorsque Dieu chAtie ses enfants en cette vie, leur défendra-l-on de confesser que ces châtiments sont de justes punitions de leurs péchés? N'oseront-ils dire avec le Psalraiste : Vous êtes juste, Seigneur, et tous vos jugements sont droits'? Faudra-t-il qu'ils disent nécessairement que Dieu n'exerce point sa justice, parce qu'il ne frappe pas de toute sa force, et qu'il fait servir ses rigueurs à un conseil de miséricorde? Quelle énorme absurdité! El comment après cela peut-on soutenir, que les maux que Dieu nous réserve, en nous remettant nos péchés, ne sont pas des peines? Qui ne voit qu'on ne se porte à nier une vérité si constante, qu'à cause qu'on appréhende les conséquences inévitables que nous en tirons? Mais on n'en sort pas pour cela, et nous irons, quoi qu'on fasse, à notre but. Si le mol de peine déplaît ici, prenons ce qu'on nous accorde; c'en est assez pour vider cette auestion. Qu'on se tourne de quel côté l'on voudra, il est donc enlîn constant que Jésus-Christ, en nous remettant notre péché, ne nous décharge pas pour cela de tous les maus qu'il mérite; il en réserve ce qu'il lui plait, et autant qu'il sait qu'il nous est utile. S'ensuit-il de là qu'il ne nous remette notre péché qu'à demi?.... Jl n'a pas voulu nous accorder tout d'un coup tout ce qu'il nous a mérilô par un seul acte; et son mérite n'en est pas moins niein ni moins parfait en lui-même, encore que les eflets s'en développent successivement i^ur le genre humain. Qni ne voit donc qu'en nous mentant par sa seule mort une décharge pleine el entière de tous les maux, il a pu user de telle réserve qu'il aura jugée convenable; et qu'en nous c'éiivranlces maux éternels qui sont les seuls qui nous peuvent renore essentiellement malheureu.:, è, cause qu'ils nous ôtent tout jusqu'à l'espérance, il a pu faire des autres maux ce qu'il aura trouvé utile à notre saînl? Voilà de quoi nous convonons tous, catholiques el protestants : la foi que nous avons en Jésus-Christ el en la plénitude inlinie de ses mérites, nous oblige, non à confesser qu'il n'use avec nous d'aucune ré-

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