Pu g. 2^3. —2. Pag. i'M
SUR L'EUCHARISTIE
» aux anciens Pères*. » Et il ajoute enfin en troisième lieu, 0 qu'ils l'ont fait sans doute pour se » conformer en cela à l'usage des derniers temps. »
Pesons ces dernières paroles, et sans disputer à l'auteur ce qu'il dit des anciens Pères de l'Eglise, parce que cette discussion est trop éloignée de noire dessein; demandons-lui s'il n'est pas constant entre nous, que du moins dans les derniers temps , la foi de la présence réelle était établie. Par conséquent, dire, comme il fait, que les prétendus réformateurs, en expliquant le point de l'Eucharistie, ont accommodé leurs expressions à l'usage des derniers temps, c'est dire manifestement qu'ils se sont accommodés à ceux qui croyaient la présence réelle.
Il paraîtra fort étrange que ceux qui nient la présence réelle veulent s'accommoder aux expressions de ceux qui la croient. Mais qu'on ne pense pas toutefois que l'anonyme ait trahi sa cause, quand il a avoué cette vérité. Il connaît le génie de la prétendue réforme. Il sait que les luthériens sont de ces auteurs des derniers temps, qui ont cru la réalité, et que ceux de sa religion ont toujours tâché de les satisfaire.
Mais il est bon de pénétrer pourquoi les auteurs des derniers temps, et entre autres les luthériens , ont employé dans l'Eucharistie ces mots de propre sujistance. Nous en avons déjà expliqué la cause; nous avons vu qu'on s'est servi de ces termes pour soutenir le sens littéral de ces paroles : Ceci est mon corps , contre ceux qui établissaient le sens figuré; et qu'en cela on a suivi l'exemple des Pères, qui ont employé le terme nouveau de consubstantiel , pour déterminer le sens précis de ces paroles de Jésus-Christ : .Vous sommes , mon Père et moi , une même chose.
Par là on peut reconnaître combien est faux le raisonnement de l'anonyme. « L'Ecriture, dit-il-, » ne se sert jamais de ce terme de substance sur le » sujet de l'Eucharistie. » Ce n'est donc pas pour se conformer à l'Ecriture qu'on s'est servi de ce terme. On pourrait conclure de même que ce n'est point pour se conformer à l'Ecriture sainte , que les Pères de Kicée et d'Ephèse se sont servis des termes de consubslantiel et d'union personnelle , puisque l'Ecriture ne s'en sert en aucun endroit. Mais qui ne sait , au contraire , que ces termes n'ont été choisis que pour fixer au sens littéral les [ paroles de l'Ecriture que les hérétiques détournaient? Il est permis à ceux qui soutiennent le sens littéral de ces paroles : Ceci est moyi corps, d'employer aussi des expressions qui pussent exclure précisément le sens figuré : et c'est pour cela que non-seulement les catholiques, mais encore les luthériens , aussi zélés défenseurs de la présence réelle, ont appuyé sur la présence et la réception du corps de Jésus-Christ en substance , pour combattre Zwingle, Bucer et Calvin, qui, au fond ne voulaient admettre qu'une présence en figure, ou tout au plus en vertu.
J'ai dit que les luthériens concourent avec nous dans ce dessein. Cela parait dans tous leurs écrits, et surtout dans la Confession de foi qu'ils dressèrent en 1551, pour l'envoyer au concile de Trente, et pour expliquer leur doctrine encore plus clairement