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trinc, et n'auraient pas cru, pour cela, faire un changement essentiel à leur Confession de foi.
Chose cerlainement surprenante ! ces mêmes hommes qui n'ont jamais dit, selon noire auteur, qu'il y eût une présence réelle de Jésus-Chrisl dans le sacrement, ne sont plus en peine maintenant que de la manière de cette présence, et sont prêts à convenir d'une Confession de foi commune entre eux et les luthériens, pourvu seulement que ces derniers, en confessant que Jésus-Christ est réellement présent dans le sacrement, leur accordent qu'ils ne prétendent pas décider la manière de celte présence. C'esl ce qu'ils obtiendront facilement. Jamais les luthériens n'ont prétendu expliquer la manière aussi réelle que miraculeuse, dont un corps humain est présent en même temps en tant de lieux, et renfermé tout entier dans un si petit espace : et bien loin de la vouloir décider, ils ont toujours déclaré qu'elle était divine, surnaturelle, et tout à fait incompréhensible.
Nous leur ferons, quand il leur plaira, une semblable déclaration, ou plutôt elle est déjà faite; et de tous ceux qui croient que Jésus-Chrisl a voulu que son corps fût réellement présent, aucun n'a prétendu expliquer de quelle manière s'exécute une chose si miraculeuse.
Ainsi les luthériens n'affaiblissent en rien leur doctrine touchant la présence réelle , quand ils ne décident pas la manière dont on la peut expliquer, puisqu'on effet elle surpasse notre intelligence. C'est leur accorder tout ce qu'ils prétendent, que de leur avouer que Jésus-Christ est réellement présent dans le sacrement; car s'il y a une présence réelle dans le sacrement , il est clair que la présence en figure et la présence en vertu n'y suffisent pas.
Je ne doute pas que les Calvinistes ne se réservent quebpie nouvelle subtilité pour se démêler de cet embarras. Mais du moins j'ai clairement établi qu'une présence réelle du corps de Jésus-Chrisl dans le sacrement, n'est pas incompatible avec leur doctrine; et que s'ils n'ont pas voulu jusqu'ici user de ces termes avec nous, c'est qu'ils gardent ce sentiment el cette expression pour contenter quelque jour les luthériens, quand ils seront disposés plus qu'ils n'ont été jusqu'ici à s'en contenter.
Leurs frères de Pologne ont déjà, il y a longtemps, tranché le mot par avance nettement; el nous avons vu à l'endroit où j'ai proposé les diversités des Confessions de foi, qu'ils ont accordé aux luthériens une présence substantielle du corps el du sang de Jésus-Christ dans l'Eucharistie.
J'ai donc eu raison de dire, au commencement de ce chapitre, que les prétendus réformés n'étaient pas encore bien résolus s'ils recevraient ou s'ils nieraient la présence réelle; puisqu'on voit déjà d'un côté que leurs frères de Pologne, qui suivent la Confession des Eglises suisses , l'ont admise en termes formels; et d'autre côté que ceux de France, (|ui ne l'ont pas encore confessée, n'en sont point du tout éloignés. Ainsi c'est en vain que notre auteur a écrit ces grandes paroles : « Jamais aucun " de nous n'a dit que nous croyons la présence » réelle du corps de Jésus-Christ dans le sacrc- » ment. » A son compte, les Zwingliens de Pologne ne sont déjà plus parmi les siens. Mais lui-même.
SUR L'EUCHARISTIE
que deviendra-l-il ? et en quel rang se veut-il mettre, puisque ce qu'il assure si précisément que jamais aucun de sa religion n'a dit, c'est lui-même qui le vient dire avec l'approbation de ses ministres, et nous a fait voir de plus qu'un synode national était disposé à le confesser?
Il n'en faut pas davantage pour faire voir que la Confession de foi des prétendus réformés est pleine de contradiclions; et qu'eux-mêmes ne savent pas bien ce qu'ils veulent dire, quand ils reconnaissent dans l'Eucharistie la substance du corps et du sang. Mais j'ai encore un mot important à dire sur ce sujet, et une réllexion importante à faire.
Quand ces messieurs nous disent avec tant de force qu'ils croient recevoir la propre substance du corps et du sang de Notre Seigneur, aussi réellement que nous-mêmes, il y a une question à leur faire; par quel passage de l'Ecriture est établi un don si précieux; et surtout s'il est établi, s'il y en a quelque vestige dans l'institution de la Cène. Il est impossible qu'ils répondent à celte question sans s'embarrasser, quelque parti qu'ils veuillent prendre.
L'anonyme a vu celte demande , et n'y a pas répondu aussi nettement qu'il fallait
VI. Autre vérité que les prétendus réformés tâchent vainement de concilier avec leur doctrine : savoir, que nous devons recevoir dans V Eucharistie le corps de J ésus-Chrisl d'une façon qui ne convienne qu'à ce sacrement. Raisonnements absurdes de l'anonyme à ce sujet. — Il y a une autre vérité que les prétendus réformés tâchent vainement de concilier avec leur doctrine; c'est que nous devons recevoir dans l'Eucharistie le corps de Notre Seigneur d'une façon qui ne convienne qu'à ce sacrement. Cette vérité s'imprime naturellement dans les esprits, en lisant ces paroles de l'institution : Prenez, mangez, ceci est mon corps; car Jésus-Christ n'ayant dit ces mois qu'en faveur de l'Eucharistie, on ne peut croire que le don particulier qu'il nous y veut faire, et qui nous est exprimé par des paroles si précises, soit commun à toutes les autres actions du chrétien. Aussi reconnaissons-nous que Jésus-Christ, ailleurs nous donne ses grâces; mais qu'il est en personne dans l'Eucharistie , et nous y donne son corps en substance. La suite fera connaître que c'est là en effet le seul moyen d'expliquer ce qu'il y a de particulier dans l'Eucharislie. Toutefois, les prétendus réformés tâchent aussi de le faire; et quoique la suite de leur doctrine les oblige à dire , ((ue Jésus- Christ nous donne réellement son corps et son sang dans le Baptême et dans la parole, aussi bien qu'à l'Eucharistie, ils sont contraints néanmoins dédire, pour y mettre quelque différence , que là il nous le donne en partie, et à la Cène pleinement.
A cela, nous objectons que s'ils persistent à dire toujours, comme ils font, que Jésus-Christ n'est reçu dans l'Eucharistie, que par la foi, non plus que dans le Baptême et dans la prédication , il est impossible d'entendre qu'il soit pleinement dans l'une, et en partie dans les autres. Il faut maintenant entendre ce qu'ils disent pour démêler cette objection.
Premièrement , ils avouent » que ce que le sa- » crement de la Cène ajoute à la parole, n'est pas » une autre manière de communion avec Jésus-
» Christ, plus réelle au fond, ou dilférenle en es- » pèce de celle que nous avons avec lui par le mi- » nistêre de la parole, ou par le Baptême '. »
2» Ils confessent « que Jésus-Christ étant vrai- » ment communiqué par ces trois divers moyens, » on ne peut entendre en aucune manière que Jé- : » sus-Christ soit comme divisé, et plus ou moins » communiqué^. » Ils ajoutent « que c'est toujours » Jésus-Christ tout entier qui nous est commun i- » que par chacun de ces trois moyens : » c'est-àdire que Jésus-Christ est aussi entier, où il n'est reçu qu'en partie, qu'où il est reçu pleinement.
3" Ils sont d'accord que la manière commune de recevoir Jésus-Christ dans ces trois moyens, c'est qu'il y est reçu par la foi '.
Ils enseignent en quatrième lieu'', que ce qu'il y a de particulier dans la Cène, c'est seulement que nous y avons une nouvelle et plus ample contirmation de notre union avec Jésus-Christ, et comme une dernière ratification. L'anonyme allègue à ce propos les paroles de son Catéchisme, qui dit que dans la Cène, notre communion est plus amplement confirmée et comme ratifiée ^ : et il remarque que ces paroles précèdent immédiatement celles que nous lui avons objectées.
Pour expliquer maintenant cette plus ample confirmation, ils disent, à l'égard de la parole, « qu'au » lieu qu'elle n'agit que sur un de nos sens, l'Eu- » charistie parle à tous nos sens généralement, et » que la vue en particulier fait encore plus d'im- » pression sur nos esprits, que l'ouïe : » et à l'égard du Baptême qui nous frappe la vue, aussi bien que l'Eucharistie, « il ne nous marque que notre entrée » dans l'Eglise, et nous lave de nos péchés, sans » figurer d'une manière plus expresse, ni la mort » de Jésus-Christ, ni notre union spirituelle avec » lui : » au lieu que l'Eucharistie , par le moyen du pain et du vin que nous y prenons , « nous re- » présente encore plus expressément que le corps » de Jésus-Christ a été rompu pour nous, et que » nous sommes unis réellement et spirituellement » au corps de notre Sauveur^. »
Ainsi quoique le corps de Notre Seigneur ne soit reçu que par la foi dans ces trois moyens , comme elle est plus excitée dans l'un que dans l'autre, ils disent que cela suffit pour fonder divers degrés , et par conséquent pour établir la prérogative particulière de l'Eucharistie. L'auteur éclaircit son sentiment par cette comparaison. « Le soleil, dit-il', en » son midi , nous communique les objets ou la vue » des objets d'une manière pleine, et difïérente de » celle dont il nous les communique à son lever, » ou si l'on veut d'une manière dilTérenle dont les » flambeaux nous la communiquent dans la nuit. » Néanmoins « cette difi'érence n'est en effet que dans » le plus ou moins de lumière; une différence en » degré, comme on parle, et non pas en espèce, » dans le moyen plutôt que dans i'elTet'. » Il dit de même que Jésus-Christ nous est communiqué par la seule foi; mais pour expliquer les différents degrés de communion , et y appliquer sa comparaison de la lumière , « il compare la manière dont le » Baptême nous communique Jésus-Christ, à celle » dont le soleil communique la vue des objets à son
1. Pag. 232. — 2. Idem. — 3. P,ig. 236. — 4. Pag. 233. — 'j. Pag. 232.-6. Pag. 233, 234. — 7. Pag. 230. - 8. 'Pag. 231.
SUR L'EUniIAIîISTIE.
» lever; la manière dont la parole nous coniniu- » nique le nièine Sauveur, à celle donl les llani- » beaux comnuuiiquent les mêmes objets dans la » nuit; et la manière de l'Eucharislie, à celle dont » le soleil communique les mêmes objets en plein « midi'. »
Que de belles paroles qui n'expliquent rien! Que de subtiles inventions qui ne touchent pas seulement la diniculU' ! Pour dire un mot des comparaisons, il est aisé de comprendre qu'une faible lumière ne découvre pas toutes les parties d'un objet; de sorte qu'elle ne le fait voir qu'en partie, et confusément : beaucoup d'endroits d'où la lumière n'est pas renvoyée assez fortement à notre vue, lui échappent; si bien que l'entière découverte eslréservée au plein jour. Mais y a-t-il, pour ainsi parler, quelque partie du mystère de Jésus-Christ, que la prédication de l'Evangile laisse dans l'obscurité, et qu'elle ne découvre que confusément? Au contraire, n'y voit-on pas la vérité tout entière? Pourquoi donc comparer la prédication à des flambeau.x qui éclairent pendant la nuit? Sa lumière ne dissipe-t-elle pas toutes nos ténèbres, et ne fait-elle pas le plein jour dans nos esprits, autant que le permet l'état de cette vie? Il est certain du moins que le Baptême, ni l'Eucharistie ne nous découvrent rien de nouveau en Jésus-Christ, et que c'est au contraire la prédication qui nous instruit de l'utilité de l'un et de l'autre.
Laissons les comparaisons de l'auteur, qui ne sont point à propos ; venons au fond de son raisonnement. Les sacrements, dit-il, conlirment la foi, et l'excitent plus vivement , parce qu'ils joignent à la parole un signe visible; de sorte qu'ils prennent l'esprit par la vue et par l'ou'ie tout ensemble, au lieu que la prédication n'attache que l'ouïe toute seule. Est-ce donc là l'efïet particulier qu'on veut donner à l'Eucharistie? On en pourrait dire autant d'un tableau , car il attache la vue : et c'est trop mal expliquer le particulier du mystère de l'Eucharistie, que de ne lui donner aucun avantage qui ne lui soit commun avec une belle peinture. Je sais qu'on nous répondra que ce signe est plus efficace que tous les autres que les hommes peuvent inventer, parce qu'il est institué par Jésus-Christ même, pour exciter notre foi. Mais certes, cette institution ne nous prend pas par les yeux. Elle ne saisit que l'ouïe, et nous ne la savons que parla parole. Ainsi on ne donne rien de particulier à l'Eucharistie par celle réponse. C'est néanmoins ce qu'on cherche. Et quand on lui aurait donné par ce moyen queUiue avantage sur la parole ou sur les images ordinaires, toujours n'aurait-elle rien qui l'élevat au-dessus du Baptême. Ce sacrement nous prend par les yeux et par l'ouïe, aussi bien que l'Eucharistie, et il est également institué par Jésus- Christ pour exciter notre foi.
Disons les choses comme elles sont : selon la doctrine catholique, l'Eucharistie surpasse infiniment le Baptême . puisqu'elle contient la personne même de Jésus-Christ, dont le Baptême nous communique seulement les dons. Mais certainement, selon la doctrine des prétendus réformés, on ne peut imaginer aucun avantage dans le sacrement de la Cône. Un de ces signes n'a rien