‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 121 sur 545 · Pag. 242, 243, 244, 245. — 2. Pag · texte numérisé non relu

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rfUIi L'EUCllAlilSTIE.

pire la confiance d'appeler Dieu notre Père; il nous assure que nous avons pari à ses biens, et qu'ils sonl nolro vôritable liérilage : c'est donc autre chose d'avoir en nous le Saint-Esprit, et autre chose d'avoir part à l'héritage céleste. La part que nous avons aux souffrances de Jésus-Christ nous assure que nous avons pari à sa résurrection : c'est donc autre chose d'avoir part à sa résurrection , que d'avoir part à ses sonll'rances. Ces choses, à la vérité, se suivent et s'accompagnent; mais elles différent toutefois, puisque l'une nous assure l'autre. Ainsi nous convenons tous, catholiques et protestants, que non-seulement les sacrés symboles, mais encore le propre corps de Notre Seigneur, nous est donné pour nous assurer que nous avons part à son sacrifice : c'est donc autre chose que nous ayons part à ce divin sacrifice, autre chose que les symboles, et même que le corps de Jésus-Christ nous soit donné.

Puisque cette vérité doit être commune, tant aux prétendus réformes qu'aux catholiques, il faut que les uns et les autres la pussent faire cadrer avec leurs principes. Les catholiques le font aisément. Ils ont part au sacrifice de Jésus-Christ, et parce que Jésus-Christ l'a offert pour eux, et parce qu'ils s'unissent à son intention par la foi , et parce que Dieu, par son esprit, leur applique la vertu de ce sacrifice, et parce qu'ils s'y unissent, et se disposent par la foi à en recevoir la vertu. Mais outre tout ce qui se fait pour leur donner part à ce sacrifice , il se fait quelque chose encore qui les assure que Jésus-Christ l'a offert pour eux, et que le fruit leur en appartient : c'est que Jésus-Christ leur donne à sa sainte table , son corps réellement présent, qu'ils prennent avec les sacrés symboles par une action distinguée de toutes les autres que nous avons dites : et ce don que Jésus-Christ leur fait de son corps leur assure la part qu'ils ont à sa mort; parce que, selon la loi des sacrifices, quiconque mange la victime est assuré par cette action, qu'il a part à l'oblalion qu'on en a faite, pourvu qu'il y apporte d'ailleurs les dispositions nécessaires. Voilà une doctrine suivie; on y voit deux actions marquées nettement, par l'une desquelles le chrétien reçoit le corps de son Sauveur, comme par l'autre il reçoit les grâces qu'il lui a méritées par son sacrifice; et on voit qu'une de ces choses lui assure l'autre. Voyons si nos réformés parleront aussi nettement, et s'ils pourront distinguer deux actions, dont l'une nous donne le corps du Sauveur, et l'autre nous fasse entrer en société de son sacrifice.

Il est certain qu'à cette demande, ils commencent de s'embrouiller, et de ne plus rien dire d'intelligible.

L'auteur premièrement trouve mauvais que je parle d'ai;tion. Car il assure « qu'avoir part au fruit « de la mort do Jésus-Christ, n'est pas prnpremenl ici » une action; ce n'est proprement, dit-il', qu'un droit » acquis. » Que ce soit un droit acquis , je le veux; toujours faut-il nous marquer par quelle action nous entrons en possession de ce droit. Et s'il est vrai que Jésus-Christ nous est donné précisément par le même acte par lequel nous avons part à son sacrifice , c'est en vain qu'on nous parle d'une de

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ces choses comme devant servir d'assurance à l'autre. Qu'ainsi ne soit, je demande à l'auteur de la Réponse qu'il nous explique , selon sa croyance , ce que c'est que de recevoir le corps de Notre Seigneur, et ce que c'est que d'avoir part à son sacrifice. Il nous répondra sans doute que, selon la foi de ses Eglises, recevoir le corps de Jésus-Christ, c'est croire en lui, et lui être uni intérieurement par le Saint-Esprit : mais cela même précisément, c'est avoir part à son sacrifice. Il ne se fait rien de la part de Dieu , ni de notre part pour nous donner part au sacrifice de Jésus-Christ, que ce qui se fait de l'une et de l'autre part pour nous unir à Jésus-Christ par la foi. De sorte qu'une de ces choses ne peut servir d'assurance à l'autre, puisqu'elles n'emportent que la môme idée , et n'opèrent que le même effet.

Je sais que ces messieurs s'efforcent de distinguer le don que Jésus-Christ nous fait de lui-même , d'avec celui qu'il nous fait de ses grâces. Ils enseignent dans leur Catéchisme, lorsqu'ils y parlent de la Cône, « qu'il nous faut communiquer vraiment I) au corps et au sang du Seigneur; » et ils en rendent cette raison, « qu'il faut que nous le pos- » sédions, vu que ses biens ne sonl pas nôtres , si- » non que premièrement il se donne à nous'. » Ils ajoutent « qu'il faut que nous le recevions pour » sentir en nous le fruit de sa mort, » et que cette réception se fait par la foi. Ils disent dans le même sens, dans la manière de célébrer la Cène , « qu'en » se donnant à nous, il nous rend témoignage que » tout ce qu'il a est nôtre. » Tous ces lieux ont rapport à celui que nous traitons; et on voit qu'ils veulent établir quelque distinction entre la réception de Jésus-Christ, et la réception de ses grâces ou de l'effet de sa mort. Mais toutefois s'il est vrai , comme il est vrai selon eux, qu'il n'y ait point d'autre union avec Jésus-Christ, que celle qui se fait en nos âmes spirituellement par la foi, il n'y a aucun lieu de distinguer la réception de Jésus-Christ d'avec la réception de ses grâces. L'une et l'autre se fait en nous par la même foi et par la même opération du Saint-Esprit. Ainsi dès-là que Jésus-Christ nous donne par la foi son corps et son sang; dès-là, précisément, sans rien ajouter, nous avons part à toutes les grâces et à tout le fruit de son sacrifice; et comme il n'y a aucun fondement de mettre de la distinction entre ces deux choses , c'est une pure illusion de dire que l'une nous assure l'autre.

VllI. Double acte de fui que les prétendus réformés imaginent dans la participation à l'Eucharistie. Distinction chimérique et insoutenable. ■ — Ainsi quand les prétendus réformés distinguent ces choses, ils me permettront de le dire, ils ne s'entendent pas eux-mêmes; et il ne faut pour s'en convaincre, que considérer toutes les idées que l'auteur nous donne de sa croyance.

()u le verra s'élever contre moi par ces paroles : « Gomment M. de G. peut-il dire que nul homme » ne puisse concevoir aucune différence entre parti- « cipcr par foi au corps du Seigneur, et participer » par foi au fruit de sa mort. Car le corps du Sei- » gncur et le fruit de sa mort sont évidemment » deux choses différentes; et il n'y a personne qui » ne conçoive aisément , i|u'il y a grande différence

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