‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 125 sur 545 · Pag · texte numérisé non relu

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SUR L'EUCHARISTIE

sens littéral qu'admettent les luthériens, il faut donner gain de cause aux catholiques : de sorte que le changement que nous confessons suit précisément du sens littéral, et ne peut être éludé qu'en recourant au sens mystique; ce que Bèze établit par cette raison , que « les transsubstantiateurs disent » que par la vertu de ces paroles divines pronon- » cées, ce qui auparavant était pain, ayant changé » de substance , devient incontinent le corps même » de Christ, afin qu'en cette sorte cette proposition )' puisse être véritable : Ceci est mon corps. Au » contraire, l'exposition des consubstanliateurs di- » sant que ces mots. Ceci est mon corps, signifient ; » Mon corps est essentiellement dedans , avec , ou » sous ce pain, ne déclare pas ce que le pain est » devenu, et ce que c'est qui est le corps, mais seu- » lement où il est. » Je n'ai que faire de rapporter une seconde raison de Bèze, qui dépend un peu de la logique. Celle-ci est simple et intelligible ; et il est aisé de la faire entrer dans l'esprit de tout le monde : car il est certain que Jésus-Christ ayant pris du pain pour en faire quelque chose, il a dû nous déclarer et nous expliquer ce qu'il avait eu dessein d'en faire. Or il est sans doule qu'il en a voulu faire son corps, en quelque façon qu'on le puisse entendre, puisqu'il a dit : Ceci est mon corps ; et il n'est pas moins évident que ce pain sera devenu ce que le Tout-Puissant aura voulu faire. Or ces paroles font voir qu'il en a voulu faire son corps, de quelque manière qu'on le puisse entendre. Si donc ce pain n'est pas devenu son corps en figure seulement, il l'est devenu en effet; et on ne peut se défendre d'admettre nécessairement, ou le changement en figure , ou le changement en substance. Ainsi les luthériens étant persuadés avec nous que le changement en figure est une illusion qui détruit la vérité du mystère, devraient être tout à fait des nôtres, s'ils avaient bien compris jeur propre doctrine. Bèze a raison de leur reprocher qu'ils expliquent à la vérité oïl est le corps du Seigneur, mais non ce que c'est qui est le corps du Seigneur ; au lieu qu'on voit clairement , par ces paroles du Fils de Dieu : Ceci est mon corps, qu'il a voulu nous montrer, non point simplement le lieu où il était, mais qu'est-ce que c'était qu'il avait voulu faire son corps.

Ainsi quiconque est persuadé que Jésus-Christ , voulant consommer la vérité de son sacrifice, nous a donné son corps en substance , et non son corps en figure , quand il a dit : Ceci est mon corps, ne doit pas seulement penser que le corps de Jésus- Christ est dans le mystère, mais qu'il en est lui seul toute la substance. Car il a dit : Ceci est mon corps, et non : Mon corps est ici. Et de même que s'il avait dit, lorsqu'il a changé l'eau en vin : Ce qu'on va vous donner à boire , c'est du vin , il ne faudrait pas entendre qu'il aurait conservé ensemble l'eau et le vin, mais qu'il aurait changé l'eau et le vin; ainsi quand il prononce en termes précis que ce qu'il présente, c'est son corps, il ne faut pas entendre qu'il môle son corps avec le pain , mais seulement qu'il change le pain en son corps.

Qui ne voit donc sortir manifestement le changement de substance des paroles de Notre Seigneur, supposé qu'on les prenne au sens littéral? Et qui ne voit par conséquent que la question de la trans-

substantiation ne fait plus une difTiculté particulière; puisque (juiconque admet la réalité, parla force du sens littéral, admet aussi nécessairement le changement de substance. Enfin ce changement de substance, que tiennent les catholiques, est aussi naturel au sens littéral, que le changement mystique des prétendus réformés est naturel au sens figuré; et il n'y a à disputer entre nous que de lalettre ou de la figure.

Il résulte de toutes ces choses , que nous avons trois avantages; le premier, de suivre en tous points le sens littéral; le second , d'ailleurs qu'on ne nous conteste pas, que le sens littéral ne soit préférable, lorsqu'il ne contient rien de mauvais; le troisième, que nos adversaires nous avouent de plus que , dans la question dont il s'agit, le sens littéral n'a aucun venin. Et quoiqu'ils n'aient fait cet aveu qu'en faveur des luthériens , nous avons raison de prendre pour nous ce qui se dit en faveur de la doctrine qui nous est commune avec eux.

Que veut donc dire l'auteur quand il me reproche que je coule si doucement sur la transsubstantiation'? Quand j'aurais eu dessein de traiter à fond la matière de l'Eucharistie, il aurait suffi de m'attacher à prouver la réalité, puisque le bon sens fait voir, et que les prétendus réformés accordent eux-mêmes, par des actes publics et authentiques, que la réalité étant établie, cette transsubstantiation tant combattue n'a plus de difficulté.

Mais que veut-il dire, encore une fois, lorsqu'il assure que « je serais assez disposé à reconnaître » seulement la réalité , laissant à part ce grand » mot de transsubstantiation-. » Il pense répondre par là au juste reproche que je lui fais, que ces grands mots de propre substance, dont se servent ceux de son parti, ne font que les embarrasser; et qu'ils les retrancheraient volontiers, s'ils se voyaient en état de soutenir leur doctrine dans toutes ses suites. Je parle ainsi, parce qu'en efi'et je fais voir que leur doctrine est contradictoire. Peut-il soutenir de même que la nôtre se démente, ou que la réalité détruise le changement de substance, après que ses principaux docteurs, et même un de ses synodes assure au contraire qu'elle l'établit?

Pourquoi donc oser soutenir que la transsubstantiation nous embarrasse? Mais c'est qu'il a entrepris de nous faire un reproche semblable à celui qui lui avait été fait dans l'Exposition, et qu'il ne s'est pas mis en peine si nous lui en avons donné le même sujet.

Concluons donc, sans hésiter, que supposé qu'on croie que Jésus-Christ soit présent , il faut dire qu'il est présent par changement de substance; puisque la même puissance divine qui fit que les Egyptiens trouvèrent autrefois dans le Nil du sang au lieu d'eau, et qu'au lieu d'eau les conviés de Cana trouvèrent du vin dans les cruches , fait maintenant tous les jours que nous trouvons dans l'Eucharistie , au lieu du pain et du vin , le corps et le sang de Is'otre Seigneur : mais voyons les autres suites de notre doctrine.

X. Chicanes de l'anonyme sur TExpositiox : dessein de l'auteur dans ce traite'. — J'avais dit, dans V Exposition'^ , que « la vérité que contient l'Eucha- » ristie dans ce qu'elle a d'intérieur, n'empêche pas

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