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l'esprit et l'aide à s'attacher au Seigneur qui se donne à nous sous ces signes, cette pieuse cérémonie, que nos pères nous ont laissée de main en main, depuis le temps de Notre Seigneur, a encore cet effet particulier qu'elle ramène en notre pensée la nuit sainte et vénérable, où Jésus-Christ fut livré à ses ennemis, et où sentant approcher sa dernière heure, il institua ce mystère en mémoire de la mort ignominieuse qu'il devait soulTrir le lendemain pour le salut de tous les hommes.
XV. L'adoration due à Jésus-Christ dans l'Eucharistie, est une suite nécessaire de la doctrine de la présence. Frivoles objections des prétendus réformés. — Que si ces signes sensibles joints à la parole de Jésus-Christ nous marquent Jésus-Christ présent, c'est une suite nécessaire de cette doctrine, que nous lui rendions l'adoration qui lui est due. Je n'ai que faire d'examiner en ce lieu, s'il est vrai que ce soit un dogme universellement établi parmi les luthériens, qu'il ne faille pas adorer Jésus-Christ dans l'Eucharistie : il importe peu de savoir quelle est leur croyance sur ce point; puisqu'enfin, quelle qu'elle soit, il est certain que les plus habiles des calvinistes l'ont condamnée; et sans qu'il me soit besoin de citer les autres, il me sufTit que l'anonyme souscrive à leurs sentiments. <i Ce dogme est sans doute, dit-il', ce qu'il y a » de plus fondamental et de plus important dans » tout ce qui nous sépare de l'Eglise romaine : » parce que ce n'est pas seulement un dogme, mais » un culte et une pratique où il s'agit d'adorer ou » de n'adorer pas ; en quoi on ne se peut rnépren- » dre sans tomber dans l'impiété ou dans l'idolà- » trie. » Selon lui, l'idolâtrie, c'est d'y adorer Jésus-Christ s'il n'y est pas; de même que l'impiété, c'est de refuser opiniâtrement de l'y adorer s'il y est.
Il a raison de croire que c'est en effet une impiété manifeste de croire Jésus-Christ présent dans l'Eucharistie sans vouloir l'y adorer; et il n'y a rien de plus faible que ce que lui et les siens font dire aux luthériens pour leur défense : Ce 7i'est pas là que Jésus-Christ reut être adoré-. Car il faudrait dire de même que ce n'est pas là que Jésus-Christ veut être cru , que ce n'est pas là qu'il veut être aimé par cet amour souverain que nous devons à Dieu seul. Que si on croit Jésus-Christ dans l'Eucharistie, si on l'aime de tout son coîur en cet état de bonté et de condescendance , où il s'approche luimême de nous avec tant d'amour; peut-on dire que cette foi et cette charité fervente n'emportent pas avec elles une sincère adoration de sa majesté et de sa bonté infinie? Jésus-Christ a donc déjà nécessairement, par la foi de la présence réelle, une adoration intérieure à laquelle les marques externes n'ajoutent que le témoignage sensible des sentiments qu'on a pour lui dans le cœur. Mais comment peuton refuser de donner des marques extérieures de ce qu'on sent au dedans pour un si digne objet que Jésus-Christ? L'auteur a raison de dire que c'est une impiété manifeste; et je ne sais si tous les luthériens soufi'rironl qu'on les accuse.
i En effet , je n'ai pas encore remarqué dans leurs Confessions de foi , qu'ils condamnent en général l'adoration de Jésus-Christ dans ce sacrement. Mais
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ilJH L'EUCUARIBTIE.
coinino ils ne le croieiil présenl que dans le temps qu'on le dislribue, ils n'ont garde de radorcr hors do ce temps, et semblent ne eondamncr, dans les callioliques, que les marques d'adoralion qu'ils rendent à l'Eiicliaristie hors de cet usage, où la présence de Jésus-Clirisl est restreinte selon leur doctrine. On trouvera qu'ils parlent toujours de celte manière dans leurs Confessions de l'oi : et pour ne jioint perdre le temps à les rapporter les unes après les antres, il sullil de remarquer en ce lieu ce qu'ils ont écrit d'un commun accord dans leur livre de la Concorde : « Lorsque, disent-ils', hors de cet usage » (de la manducation) le pain est olïcrt, ou en- » fermé, ou porté, ou proposé pour être adoré, il » ne faut point le reconnaître pour le sacrement. »
On peut voir, à la vérité, dans ces paroles, qu'ils n'admettent pas l'adoration hors de la distribution du pain , comme ils n'admettent non plus hors de cet usage , ni la présence de Jésus-Christ, ni la vérité du sacrement; mais je n'ai vu encore aucun acte authenlique de leurs Eglises, où ils rejettent l'adoration dans le temps qu'ils croient Jésus-Christ présent : et ce serait en vérité un sentiment fort étrange de ne vouloir point l'adorer comme présent, pendant qu'ils se mettent à genoux pour le recevoir avec une ferme foi de sa présence réelle. Quoi qu'il en soit, je n'entreprends pas de les justilier; et si l'anonyme aime mieux croire qu'ils sont impies , que de croire qu'ils sont favorables à notre doctrine de l'adoration, il peut se contenter là-dessus, je ne m'y opposerai pas : il me suffit qu'il avoue que c'est une impiété de ne vouloir pas adorer Jésus- Christ présent; et par conséquent que la doctrine de l'adoration est une suite nécessaire de celle de la présence.
Mais il prétend que la liaison que nous reconnaissons entre ces deux dogmes', nous devrait obliger à les rejeter l'un et l'autre, et que ne « voyant » pas un mot, dans le récit de l'institution de ce sa- » crement qui témoigne que les apôtres se soient » prosternés on le recevant , ni qu'ils aient donné )> aucunemarque d'adoration*, «nous devrions conclure de là qu'ils n'ont pas cru la présence. C'est une difficulté que les prétendus réformés ne cessent de nous opposer : ils ne veulent pas considérer que comme il n'est pas écrit que les apôtres aient adoré Jésus-Christ présent invisiblement dans l'Eucharistie, il n'est non plus écrit qu'ils l'aient adoré jirésent et visiblement, à la table où il instituait ce divin mystère. Ils seront forcés d'avouer que les marques extérieures d'adoration ne sont pas exprimées partout, et qu'il nous suffit d'apprendre, par d'autres endroits, que Jésus-Christ est adorable d'une adoration souveraine, parce qu'il est le Fils unique de Dieu. Pourquoi ne veulent-ils pas que nous leur fassions la même réponse? Ou s'ils disent que les apôtres ne rendaient pas à chaque moment à Jésus -Cbrist une adoration extérieure, quelle raison y a-t-il d'en exiger davantage pour Jésus- Christ invisible et caché sous une forme étrangère, qu'ils n'en exigent eux-mêmes pour Jésus-Christ, paraissant en sa propre forme? Enlin , lisons-nous en quelque endroit de l'Ecriture que les apôtres en célébrant ce sacré mystère, ou avec Jésus-Christ, ou après sa mort, l'aient reçu avec quelque marque