‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 134 sur 545 · I . Pag · texte numérisé non relu

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Paul dans les endroits qu'on m'objecte. L'anonyme, à la vérité, peut nous demander sur quoi nous fondons cette oblation que nous posons dans l'Eucharistie; et il sait bien (jue nous prétendons l'établir par des raisons invincibles. Il faut donc nécessairement qu'il écoute ces raisons, et qu'il ne croie pas avoir tout fini , en disant que nous répondons ce qui est en doute.

Mais il soutient cette objection par un argument bien moins raisonnable. « Pour pouvoir parler » ainsi, » dit-il', c'est-à-dire, pour pouvoir répondre qu'il y a deux sortes de présence, dont l'Epître aux Hébreux ne touche que l'une, « il faudrait » nous montrer nettement que saint Paul a vu et » connu celte dernière sorte do présence de Jésus- » Christ sur la terre. » Et un peu après-, « il fau- » drait montrer, dit-il , que l'Apôtre eût reconnu » CCS deux ditt'érentes manières de s'olTrir, l'une » endurant la mort , et l'autre sans mourir. » Quoi donc, faudra-t-il nécessairement que nous trouvions notre preuve dans l'Epître de saint Paul aux Hébreux? Si nous la trouvons dans quelque autre endroit de l'Ancien ou du Nouveau Testament, si au lieu de l'Epître aux Hébreux nous produisons l'Epître aux Corinthiens, comme nous faisons en effet; n'y aura-t-il pas sujet de s'en satisfaire? Pourquoi veut-on nous traiter comme si nous manquions de preuves, sous prétexte que ce n'est pas l'Epitre aux Hébreux qui nous les fournit?

J'avais prévu cette objection; et de peur qu'on ne voulût profiter du silence de saint Paul dans cette Epitre, j'avais remarqué, dans l'Exposition, qu'il n'est pas juste « de nous astreindre à recevoir » de la seule Epître aux Hébreux toute notre ins- » truction , sur une matière qui n'était point néces- » saire au sujet de cette Epître, où l'Apôtre se » propose d'expliquer la perfection du sacrifice do » la croix, et non les moyens diflerents que Dieu )> nous a donnés pour nous l'appliquer. » Cette raison est convaincante ; et quoique l'auteur de la réponse l'ait laissée sans repartie, il veut que nous nous tenions pour condamnés, parce que nous ne lisons pas dans l'Epître de saint Paul aux Hébreux une doctrine qui est hors de son sujet.

Qu'il considère un moment ce que j'ai dit, dans l'Exposition, sur l'équivoque du mot offrir. On dit qu'on offre à Dieu une victime , quand on en répand le sang devant ses autels. On dit aussi qu'on ûU're à Dieu ce qu'on présente devant lui. Je ne sais si l'auteur s'avisera de nous nier cette manière d'entendre ce mot; du moins ne trouve-t-on pas qu'il s'y soit opposé dans sa Réponse; et au contraire, il a reconnu dans cet article, que nous nous offrons nous-mêmes à Dieu dans la prière^, où toutefois nous ne mourons pas. Quoi qu'il en soit, si ce mot le choque , qu'il regarde la chose même. L'oblation que je lui propose ne demande que la présence de Jésus-Christ à la sainte table. Je dis que sa seule présence au milieu de nous est une manière d'intercéder très-efficace, et qu'en quel(|ue endroit que le Fils de Dieu paraisse pour nous devant son Pêrc, la présence d'un objet .'si agréable fait qu'il nous voit d'un œil plus ijrojjice. Pour faire que Jésus- Christ se présente pour nous à Dieu en cette manière dans l'Eucharistie, on voit qu'on n'a besoin

1 Piui. 27.S. — 2. Paij. 27.i. — 3. Paj..270.

SUU LEUCllAlîlSTIE.

que d'y reconnaître une présence réelle. La chose parle d'elle-même : nous l'avons montré dans l'Exposition ; nous l'avons encore expliqué dans celte réponse par des principes certains. On ne peut donc supposer que nous manquons de preuves pour l'oblation , sans supposer que nous en manquons pour la présence réelle. Et le supposer ainsi, ce serait visiblement supposer comme indubitable, ce qui fait le fond de notre dispute. Ainsi c'est nous qui aurions raison de reprocher à l'auteur qu'il suppose comme certain et indubitable, ce qui fait le fond de notre dispute.

Mais l'auteur nous dira peut-être que saint Paul exclut positivement, et la présence réelle, et la manière d'olfrir que nous confessons dans l'Eucharistie; car il objecte « que cet apôtre dit entre au- » très choses, que Jésus-Christ n'est point entré » dans les lieux faits de main d'homme; mais qu'il » est entré dans le ciel, où il comparait pour nous » devant la face de Dieu'. » L'auteur prétend que cette expression ne s'accorde pas avec notre foi. Mais il n'y a rien de plus vain. Saint Paul enseigne en ce lieu l'avantage qu'a Jésus -Christ notre pontife, au-dessus du pontife de la loi; en ce que ce dernier passait de l'entrée du temple au lieu le plus retiré, qu'on appelait le sanctuaire, qui après tout , n'était qu'un ouvrage de la main des hommes ; au lieu que notre Pontife, en montant de la terre au ciel, n'est pas entré dans un sanctuaire construit par la main des hommes , mais dans le sanctuaire éternel , dont Dieu est lui-même l'architecte. Nous confessons tout cela. Pour en tirer contre nous quelque conséquence, il faut revenir à cet argument tant rebattu et tant réfuté , que Jésus-Christ ne peut être en deux divers lieux; de sorte qu'il n'est pas en terre, puisqu'il est au ciel. C'est dis-je, répéter ce même argument que l'auteur nous a fait ailleurs, et que nous avons montré qu'il ne peut soutenir sans appeler à son secours la philosophie, contre la promesse expresse qu'il nous avait faite de n'expliquer le mystère et l'intention de Jésus-Christ, que par sa parole.

L'argument contre l'oblation n'est pas meilleur. Saint Paul écrit, dit l'auteur^, « que Jésus-Christ » ne s'oll're pas souvent , parce qu'il eût fallu qu'il » fût mort souvent. M. de C. au contraire, dit que » Jésus-Christ s'offre tous les jours; parce que, » pour s'olïrir, il ne faut plus qu'il meure. Rien , » conclut-il, n'est plus opposé que ces deux propo- » sitions , etc. » Ce n'est pas ainsi que je m'explique : j'ai dit, comme on vient de voir, qu'il ne faut point disputer des mots; qu'on peut entendre oITrir en deux sens; et que si, par le mot offrir, on entend répandre le sang de la victime immolée, comme saint Paul l'entend aux Hébreux, nous disons avec cet apôtre que Jésus-Christ ne peut cire offert qu'une fois. Mais s'il est ainsi , dit l'auteur, lorsque l'Apôtre a conclu que Jésus-Christ ne s'offre pas souvent, parce qu'il eût fallu qu'il fût mort souvent, « la proposition de l'Apôtre reviendrait à «ceci, que Jésus-Christ ne meurt pas souvent, » parce qu'il ne meurt pas souvent'. » Il s'abuse; ce n'est pas ainsi que nous faisons raisonner l'Apôtre. Il veut dire que Jésus-Christ n'a pas eu besoin de répandre plusieurs fois le sang de sa victime,

1, P.'jr. 872. — 2. Pag. 274. — 3. Pag. 275.

comme le pontife de la loi; autrement qu'il aurait fallu qu'il souffrit plusieurs fois dès l'origine du monde, pour sanclitler tant de justes qui n'ont eu de salut que par lui; au lieu qu'en mourant une seule fois, il a expié les péchés de tout le monde ensemble. Il n'y a rien de plus clair ni de plus suivi , ni qui fasse moins de peine aux catholiques. Car j'ai fait voir, dans V Exposition , qu'on ne peut les accuser sans calomnie, d'attendre une autre victime pour payer le prix de nos péchés ; et que s'ils offrent au Père céleste Jésus-Christ présent dans l'Eucharistie , ce n'est que pour célébrer la mémoire de sa mort, et s'en appliquer la vertu.

Voilà donc les prétendus réformés réduits au faible avantage qu'ils tirent du silence desaintPaul. C'est aussi par là que l'anonyme conclut les deux arguments qu'il tire de l'Epitre aux Hébreux. II dit, que si saint Paul avait connu ou les deux manières de présence , ou les deux manières d'offrir, il en aurait dit quelque chose : c'est-à-dire, que selon lui, il fallait nécessairement que saint Paul parlât d'une chose qui n'était point de son sujet, et qu'on pouvait apprendre d'ailleurs, comme nous avons déjà dit.

XVIII. Réponses à quelques autres difficultés sur le sacrifice de l'Eucharistie. — \'oilà ce que l'anonyme a opposé de plus fort au sacrifice de l'Eucharistie; car, au reste, je ne pense pas qu'une remarque où il semble qu'il s'est beaucoup plu, mérite de repartie. « C'est, dit-il', une règle du droit di- » vin que, non-seulement le sacrificateur, mais » l'autel même, est d'une plus grande dignité que » l'oblation. Ici on veut un sacrifice, où l'on sait » que l'homme, qui est le sacrificateur, n'est qu'un » ver de terre, l'autel une pierre, et la victime le » Fils de Dieu. » Tels sont les arguments dont on éblouit ceux qui ne savent pas le fond des choses. Car pourquoi n'a-t-il pas voulu considérer que le sacrifice que nous offrons se fait par la parole de Notre Seigneur; que , comme dit saint Jean Chrysostome, nous ne sommes que les ministres, et que c'est lui-même qui offre et qui change les dons sacrés; enfin que ce Père a raison de dire que le sacrifice que nous offrons est le même par tout l'univers, parce que nous avons partout le même pontife , et partout la même victime , c'est-à-dire , Jésus-Christ même?

Quant à l'observation que fait l'anonyme sur la dignité delà victime au-dessus de l'autel, il pourrait, quand il lui plaira, détruire par cette remarque la rédemption du genre humain, et soutenir que la mort de Notre Seigneur n'est pas un sacrifice; puisque la croix, qui tient lieu d'autel , est de moindre dignité que le Fils de Dieu, qui est la victime : tant il est vrai que le désir de nous nuire lui fait hasarder beaucoup de fausses maximes, dont lui-même ne prévoit pas les conséquences.

Et c'est en vain qu'il affecte dans cet article et ailleurs^, de paraître embarrassé de ce que je dis, que Jésus-Christ est présent dans les saints mystères, couvert des signes de mort, quoiqu'il soit vivant. Car certes, il ne fallait pas que Jésus-Christ mourût tous les jours. Si donc il voulait être présent dans l'Eucharistie, il fallait qu'il y fût vivant; mais cela ne l'obligeait pas à y faire paraître sa vie •

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