Par
senliments de l'auteur, (|uc par les autres témoignages que nous avons rapportés, que les calvinistes sont disposés à nous accorder que les suites sont bien tirées du principe, mais qu'ils nous contestent le principe même, c'est-à-dire le sens littéral et la présence réelle.
C'est ce qui m'a fait dire , dans V Exposition , que Dieu leur ouvrait un chemin pour se rapprocher de nous et de la vérité : puisque d'un coté nous pouvons croire que, supposé la présence réelle, ils n'auraient rien à nous contester ; et que d'autre part Dieu a permis qu'encore qu'ils nous contestent cette présence, ils ont avoué aux luthériens qu'elle n'est pas contraire au salut ni aux fondements de la religion , et enfin qu'elle n'a aucun venin.
L'auteur convient avec nous d'une vérité si constante ; et le synode de Charenton ne lui permet pas d'en douter. Mais il ne veut pas qu'il nous soit permis de tirer aucun avantage de cet aveu.
Cependant il n'y a rien de plus clair que ce que nous disons sur ce sujet , et si la présence réelle n'a aucun venin , personne ne peut comprendre comment on en peut trouver dans des conséquences aussi naturelles, et aussi certaines que celles que nous en tirons. Il servira aux luthériens de raisonner mal; leur doctrine paraîtra aux calvinistes plus supportable que la noire , parce qu'elle est moins suivie ; nous ne perdrons pas notre salut pour avoir cru le sens littéral et la présence réelle : et nous serons réprouvés , parce que nous en aurons embrassé des conséquences si légitimes et si nécessaires? Que peut-on imaginer de plus déraisonnable ni de plus injuste?
L'auteur fait de grands efforts pour parer ce coup : et voici quel est son raisonnement. « Il «s'en faut bien, dit-il', que l'erreur la mieux » suivie ne soit pas plus supportable; au contraire, » plus l'erreur se suit, plus il est naturel (|u'elle » s'éloigne de la vérité; » ce qu'il éclaircit par l'exemple d'un homme qui sort du bon chemin, et qui s'égare d'autant moins, qu'il rentre plus tôt par quelque autre endroit dans la roule qu'il a quittée, au lieu d'aller à toute bride par une autre route, quelque droite qu'elle paraisse. Voilà sans doute ce qu'on pouvait imaginer de plus subtil , et il n'y a rien de plus ingénieux que cette comparaison. Mais souvent la raison s'égare parmi ces inventions délicates : et l'homme est assez malheureux pour s'éblouir lui-même par un éclat apparent qui le charme dans ses expressions et dans ses pensées. L'auteur devait considérer qu'un homme qui s'engage dans une route, n'est pas forcé de la suivre; chaque partie du même chemin peut être parcourue sans tout le reste; et les premiers pas que nous y faisons ne nous contraignent pas à en faire d'autres : mais celui qui a posé un principe ne peut s'empôcher d'en recevoir toutes les conséquences légitimes; ces conséquences sont comprises dans ce principe même bien entendu; et on ne peut plus les rejeter aussitôt qu'on les y a aperçues. De sorte que toute la suite est renfermée dans le premier pas; et si on était d'accord que ce premier pas fut sans crime, il n'y aurait plus moyen de soutenir qu'il y eut dn crime dans les autres.