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SUU L'EUUilAKlSTlE.
(J'est en cela que cûiisisle la force du raisonnement que l'anonyme s'efforce ici de délruire. Nous ne nous appuyons pas sur ce principe , qu'il prend tant de soin de réfuter, que l'erreur la plus suivie soit aussi la plus supportable. Car premièrement l'erreur n'est jamais suivie, et se dément toujours elle-même. Mais secondement, si un hérétique pose des principes erronés, et qu'il s'en serve pour trouver d'autres erreurs par des conséquences tirées dans les formes légitimes, nous ne l'excuserons pas pour cela. Par exemple, si un socinicn pose que Dieu soit corporel, et que , concluant de là que les ;\mes le sont aussi, il assure par conséquent qu'elles ne peuvent plus subsister après la dissolution du corps, ni être conservées éternellement que par sa résurrection; bien loin d'excuser leur erreur à cause qu'elle suit d'un certain principe, nous la détesterons au contraire dans toute sa suite. La juste aversion que nous aurons d'une doctrine si brutale, remontera des branches à la racine, et des conséquences au principe même, que nous détesterons d'autant plus, qu'il est la source de tout le mal, et qu'il contient en lui-même tout le venin. C'est ainsi qu'il faut rejeter les erreurs suivies , en délestant avec le principe, toutes ses malheureuses suilcs. Nous ne nous opposerons jamais à un sentiment si juste : mais nous disons seulement que ce qu'on accorde au principe, il faut l'accorder nécessairement aux conséquences, qui en seront nettement tirées; c'est-à-dire, que si on accorde que le principe soit véritable, ou qu'on puisse le croire sans crime et sans préjudice de son salut, il faut dire la môme chose de toutes les conséquences. Car, comme nous avons dit, on les y trouve renfermées, et on ne peut plus les rejeter aussitôt qu'on les y découvre. C'est pourquoi nous ne pouvons assez nous étonner que les prétendus réformés , ayant accordé que la doctrine de la présence réelle n'est pas contraire au salut, et qu'elle n'exclut les enfants de Dieu, ni de sa table, ni de son royaume, puissent soutenir ensuite que les conséquences manifestes de cette doctrine les excluent de l'une et de l'autre. Quoi! (car il est bon de venir à quelque chose de particulier;) nous ne perdrons pas la vie éternelle, pour croire que Jésus-Christ soit présent dans l'Eucharistie; et nous périrons pour jamais, parce que nous l'y aurons adoré? Dieu veut que j'adore son Fils unique; on en est d'accord; il souffre que je le croie présent, on le reconnaît. Mais je deviens insupportable à ses yeux, parce que je n'ai pas la malheureuse assurance de croire Jésus-Christ son Fils présent sans l'adorer, et de soutenir l'aspect de mon Dieu sans m'abaisser devant lui? C'est ainsi que les prétendus réformés raisonnent. Quelle étrange perversité ! Et une pensée si déraisonnable ne devrait-elle pas leur faire sentir un prodigieux égarement dans leur esprit et dans leur cœur?
XX. Abus étrange que l'anonyme fait de l'exemple des manichéens et des idolâtres. C'est la passion des prétendus réformés contre l'Eglise romaine , qui leur bouche les yeux, et qui les précipite en tant de différents écarts. — L'anonyme croit se sauver par l'exemple des manichéens et des idolâtres. Découvrons-lui son erreur; et voyons si en lui ôtant ce faible refuge , nous pourrons enfin l'obliger à ouvrir les yeux à«la Yérité.
« Qui peut douter, dit-il', raisonnablement, que » l'erreur des manichéens n'eût été plus supporla- » ble, s'ils se fussent arrêtés à croire que Dieu » donnait des marques particulières de sa présence » dans le corps du soleil et de la lune , et qu'ils » n'eussent pourtant adoré ni la lune ni le soleil ; » ou que ceux qui , par erreur, croiraient qu'il y » aurait quelque divinité dans les images, mais qui » ne les adoreraient pourtant pas, ne croyant pas » que la divinité voulût être adorée dans les images, » ne fussent moins idolâtres ou moins coupables, » que ceux en qui les mouvements du cœur sui- » vraient l'égarement de l'esprit? »
Les manichéens ne croyaient pas seulement que Dieu donnait des marques parliculières de sa présence dans le soleil et dans la lune. Saint Augustin nous apprend que ces hérétiques faisaient Dieu d'une nature corporelle et sensible : ils disaient, selon ce Père^, « que cette lumière corporelle qui » frappe nos sens partout où elle était répandue, » était la nature de Dieu ; que cette nature de Dieu » se trouvaille plus purement dans le soleil et dans » la lune ; » de sorte que ces deux astres, selon eux , avaient été faits de la pure substance de Dieu. C'est ainsi que saint Augustin nous représente l'erreur de ces hérétiques, les plus insensés et les plus pervers qui aient jamais paru dans l'Eglise.
Pour ce qui est des idolâtres, nous avons déjà expliqué ailleurs qu'une partie do leur erreur était de donner à la divine essence une forme corporelle déterminée , et de croire qu'elle pouvait être renfermée, et comme liée à des temples matériels et à des statues faites de main d'homme.
Si l'on demande maintenant en quoi consistait le crime, tant des manichéens, que des idolâtres, il n'y a personne qui n'avoue qu'il consistait principalement dans l'injure qu'ils faisaient à la nature divine, en se la représentant sous ces indignes idées; et que cette perversité de leur cœur était sans comparaison plus odieuse et plus criminelle aux yeux de Dieu , que les actes extérieurs qu'un principe si détestable pouvait faire naître.
Nous sommes donc bien éloignés d'accorder à ces ennemis delà nature divine, que leur principe soit supportable. Au contraire, nous ne trouvons rien de plus insupportable ni de plus pervers parmi toutes leurs erreurs, que le principe sur lequel elles sont fondées.
Grâce à la Miséricorde divine , les calvinistes ne jugent pas de la même sorte du culte que nous rendons à Jésus-Christ dans l'Eucharistie. Il est fondé sur deux principes; le premier, que Jésus- Christ est adorable ; ils en conviennent avec nous; le second, c'est qu'il lui a plu de nous témoigner par sa parole, une présence réelle et particulière dans l'Eucharistie. Ils nous contestent ce second point, je l'avoue; mais ils accordent aux luthériens qu'ils n'y voient rien que de supportable. Cependant ils ne craignent pas de nous alléguer et les manichéens et les idolâtres , dont nous trouvons les principes autant ou plus pernicieux , que les conséquences qu'ils en ont tirées.
Mais il est bon de considérer le nouveau cas de conscience que l'anonyme nous propose'. Il produit