‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 147 sur 545 · Pa.y · texte numérisé non relu

Pa.y

est constant dans le fait, que le sens de tous les passages que les catholiques produisent, est contesté par les hérétiques; et s'il ne faut que les contester pour nous les rendre inutiles, nous n'avons plus qu'à poser les armes. Mais certes, il n'est pas juste de rendre la victoire si facile aux ennemis de la vérité. Le socinien doit comprendre que cette unité de substance entre les personnes divines, est propre au mystère de la Trinité. Il n'y a donc rien de plus absurde, que de nous faire chercher ce qu'il faut croire de ce mystère en d'autres passages, qu'en ceux où il s'agit du mystère même. N'importe qu'il me conteste le sens de tous les passages que je lui oppose, car sa contestation n'est pas un litre pour me les faire abandonner; et sans avoir recours à d'autres passages, c'est assez que l'explication qu'il donne à ceux que je lui produis, n'ait point de fondement dans le texte même, ni dans la suite du discours. Nous sommes en mêmes termes avec les prétendus réformés. Ils m'opposent que Jésus- Christ est aux deux, et que nous ne l'avons plus au milieu de nous pour converser avec lui comme l'avaient les apôtres. Nous le confessons : mais nous disons en même temps qu'il y a une autre présence de sa personne sacrée , et qu'elle est propre à l'Eucharistie. Que si elle est propre à l'Eucharistie, est-il juste de nous contraindre à la chercher autre part, que dans les endroits où il est parlé de ce mystère? Mais surtout y aura-t-il quelque autre passage, où nous puissions apprendre plus clairement ce qu'il faut croire d'un si grand mystère, que celui où Jésus-Christ l'a institué? Et serons-nous réduits à chercher ailleurs ce qu'il a voulu nous en apprendre, parce qu'on nous aura contesté le sens de ces paroles divines? A-t-on jamais imaginé un procédé plus déraisonnable? Et qui ne voit qu'on veut disputer sans fin, plutôt que de rien conclure , quand on propose de tels moyens de chercher la vérité dans les saintes Lettres?

Il faut donc raisonner sur d'autres principes, et comprendre de quelle sorte il a plu à Dieu de nous instruire. Nous ne trouvons point qu'il nous ait dit en général dans les Ecritures , que plusieurs personnes puissent avoir une même essence; et nous n'apprenons cette vérité , que dans les mômes endroits où nous découvrons que les trois divines Personnes ne sont qu'un seul Dieu. Il n'a pas pris soin de nous enseigner que deux natures pussent concourir à faire une même personne, si ce n'est dans les mêmes passages où il nous apprend que Jésus-Christ est Dieu et homme. De même si nous avons à apprendre quelque chose touchant cette présence miraculeuse du corps de Jésus-Christ, qui est propre à l'Eucharistie, nous ne le devons chercher que dans les mômes endroits où il est parlé de ce mystère. Ainsi l'anonyme a tort de vouloir que nous sortions de ces passages. S'il y trouve quelque difficulté , il ne s'ensuit pas pour cela qu'il faille aussitôt recourir à d'autres passages : mais il faut examiner ceux dont il s'agit , et voir si les interprétations figurées ont un fondement certain dans la suite du discours. Venons donc enfin aux arguments qu'il tire de cette suite et voyons s'ils ont quelque chose de solide. En elTet, s'il n'y a rien dans tout le discours où Jésus-Christ a institué ce mystère, qui nous fasse concevoir le sens de ces divines pa-

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rôles, il n'a poinl parlé pour se faire enlendrc ; ou plutôt s'il n'y a ritMi dans la suite qui nous dotermine au sons ligurô , nous avons raison de nous attacher au sens litlèral.

IV. Réponses aux raisonnemetits que fait l'anonyme pour établir le sens figuré des paroles del'instiliUiou. — Je me suis atlacliô aux paroles de l'institution, comme à celles où nous pouvons le mieux ai)[)rendre ce que Josus-Christ a voulu l'aire pour nous dans l'Eucharistie, et voici les raisons que l'anonyme prclend tirer du fond du mystère en faveur dn sens litjuré.

<i Premicrement , dit-il ', oii il s'agit d'un mys- » 1ère et d'un sacrement, il est naturel et d'un » usage commun de prendre les expressions et les » choses mêmes, mysli(|uement et ligurômcnt. » Il ajoute , « que le mot même de mystère nous y mène; » autrement, ce ne serait plus un mystère. Qu'on » parcoure tous les sacrements , tant du 'Vieux que » du Nouveau (Testament) sans en excepter aucun, » non pas même les cérémonies de l'Eglise romaine, » où il y a quelques signes visibles, la Pàque, la » Circoncision sous la Loi, le Baptême sous l'Evan- » gilece ([ue l'Eglise romaine appelle Gonfirniation, » et autrement Onction; on trouvera partout des » choses et des paroles qu'il faut entendre dans un » sens mystique. »

Ceux qui sont tant soit peu versés dans les controverses, savent bien que c'est là le principal fondement des prétendus réformés ; mais déjà il est constant que ce fondement ne suffit pas. On a beau discourir en général sur la nature des signes; si l'on ne vient au particulier du mystère de l'Eucharistie et des paroles dont nous disputons, on n'avance rien. Car premièrement nous avons fait voir que tous les signes ne sont pas de môme nature; et qu'il y en a qui, bien loin d'exclure une présence réelle, ont au contraire cela de propre, qu'ils marquent la chose présente. Quand un homme donne des signes de vie, ces signes marquent la présence de l'àme; et lorsque les anges ont paru en forme humaine, ils ôlaieiit présents en personne sous cette apparence extérieure qui nous les représentait. C'est donc discourir en l'air que de parler des signes en général : il faut voir en particulier, dans les paroles de l'inslitulion , ce que Jésus-Christ a voulu nous y donner. Secondement, encore qu'il soit véritable que lorsqu'on parle de signes visibles, on emploie souvent des façons de parler figurées , ce n'est pas une nécessité que toutes le soient. Il faut donc, encore une fois, descendre au particulier, et voir, par la suite môme des paroles dont il s'agit, si l'on y trouvera de justes motifs d'exclure le sens littéral.

Bien plus, il n'est pas môme constant f[ue Jésus- Christ, en disant. Ceci est mon corps, ait eu dessein de parler d'un signe. Car, de même qu'on peut donner un diamant (snfe.rnié dans une boite, en ne parlant que du diamant, et sans parler de la boite ; ainsi encore (|uo nous confessions que Jésus-Christ nous donne sou corps sous un certain signe, comme nous l'expliquerons en son lieu; il ne s'ensuit pas ]JOur cela qu'il j)arle du signe, et il n'est pas impossible qu'il n'ait dessein de parler que de la chose qui est enfermée sous le signe même. Ce ne seront

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