Pau
pas des discours généraux sur les signes et sur les ligures, qui nous feront découvrir ce qu'il en faut croire; ce sera la suite des paroles mêmes : et si l'auteur ne fait voir, par des raisons particulières, que ce que Jésus-Christ appelle son corps, c'est le pain qui le représente, toutes les rétlexions générales et tous les raisonnements sur la nature des signes , seront inutiles.
Il vient aussi à ces raisons particulières; si l'on demande (et il promet de satisfaire ceux qui demandent) plus particulièrement pourquoi le pain et le vin sont dits être le corps et le sang de Jésus- Christ, saint Augustin et Théodoret répondront pour nous. 11 louche ces raisons en deux endroits' : et on les entendra mieux en revoyant quelques lignes de V E.cposilion t|u'il a tâché de détruire.
Là je propose la raison profonde, qui fait qu'on donne au signe le nom de la chose, pour voir si elle peut convenir aux paroles dont nous disputons de l'institution. Je distingue deux sortes de signes, dont les uns représentent naturellement, par exemple un portrait bien fait; et les autres par institution, et parce que les hommes en sont convenus, comme par exemple un certain habit marque une certaine dignité. J'avoue qu'un portrait bien fait est un signe naturel, qui de lui-môine conduit l'esprit à l'original , et qui en reçoit aussitôt le nom , parce qu'il en ramène l'idée nécessairement à l'esprit : c'est une vérité constante. Mais, après] avoir posé ce principe, il restait encore à examiner si celte raison peut convenir aux signes d'institution; et je résous la question, en distinguant comme deux états de ces signes. Lorsqu'ils sont reçus, et que l'esprit y est accoutumé, je confesse qu'il y joint toujours l'idée de la chose, et lui en donne le nom, de même qu'aux signes naturels ; comme quand on est convenu qu'un certain jour représente celui où Jésus-Christ a pris naissance, on l'appelle, sans rien expliquer, la Nativité de Notre Seigneur. Mais je dis « qu'en établissant un signe, qui de soi n'a aucun » rapport à la chose; par exemple, un morceau de » pain pour signifier le corps d'un homme, c'est » une chose inouïe qu'on lui en donne le nom, et » qu'on ne peut en alléguer aucun exemple 2. »
L'anonyme convient du principe, c'est-à-dire, de la raison pour laquelle ou donne aux signes le nom de la chose , parce qu'elle en ramène l'idée : mais il tâche de faire voir que je me trompe dans l'application. « On trouve, dit-iP, entre le pain et le corps » de Notre Seigneur, les deux rapports que M. de C. » appelle rapport naturel et rapport d'institution, et » dont il ne demande que l'un ou l'autre pour faire » que le signe puisse prendre le nom de la chose, » et qu'il soit propre pour en ramener l'idée à l'es- » prit. » Il faut voir comme il étaldit ce qu'il avance.
Quant au rapport nalurel du jiain et du vin avec le corps et le sang de Notre Seigneur, il le prouve, par(;eque, « comme le pain nourrit nos corps, sa 0 chair et son sang sont la vie et la nourriture de » nos âmes''. » Je lui avoue ce rapport; mais il no fait rien à la question. Car il s'agit de savoir si, à cause qu'on peut comparer le jiain au corps de Notre Seigneur, il s'ensuit de là que le pain le représente naturellement; en sorte qu'il en ramène
I. Pag. 173, 174, 186. — 2.Kxposit., art. x. —.1. Par/. 18^ — ■1. Par). 187.
SUR L'EUCHARISTIE
de soi-même l'idée à l'esprit, et qu'on puisse lui en donner aussitôt le nom , sans qu'il soit besoin de rien expliquer. Je demande, par e}cemple , si, à cause que le Fils de Dieu se compare à une porte ou à une vigne, et son Père à un laboureur, il s'ensuit de là que ces choses sont des signes qui représentent naturellement le Fils ou le Père; et si celte comparaison peut donner un fondement légitime de dire, sans rien e.xpliquer, toutes les fois qu'on rencontrera une porte, une vigne, et un laboureur : Ceci est le Fils de Dieu : Celui-ci est le Père éternel. Certainement il n'y aurait rien de plus ridicule. Ainsi, encore que le Fils de Dieu se compare lui-même à du pain , en ce qu'il donne la vie au monde, il ne s'ensuit pas pour cela qu'un morceau de pain présenté devienne un signe qui représente son corps naturellement, et qui en puisse recevoir le nom sans qu'il soit besoin de rien expliquer, comme un portrait fait au naturel reçoit aussitôt le nom de l'original.
C'est donc en vain que l'auteur nous oppose saint Augustin, Théodoret, et les autres Pères, qui disent qu'il y a quelque rapport entre le pain et le corps de Notre Seigneur. J'avoue qu'il y a un rapport qui est suffisant jiour fonder une comparaison, ou faire que le Fils de Dieu se serve de pain dans les saints mystères, plutôt que d'une autre chose. C'est ce que les Pères enseignent; et je le montrerais sans peine, si c'était ici le lieu d'expliquer leurs sentiments, lofais encore une fois , ce rapport ne suffit pas pour faire qu'en donnant du pain il dise tout d'un coup que c'est son corps; comme s'il était naturel au pain de le représenter soi-même, et sans qu'il fut besoin de rien ajouter.
Il est donc déjà certain que le pain ne reçoit pas le nom de corps comme un signe qui représente naturellement; et ce ne peut être, en tout cas, que comme signe d'institution. Mais l'anonyme ne prend pas la peine d'examiner une vérité que j'avance dans ÏExposUion, en laquelle néanmoins est tout le fort. C'est que les signes d'institution reçoivent bien, à la vérité, le nom de la chose, quand ils sont reçus, et que l'esprit y étant accoutumé par l'usage, joint ensemble les deux idées : mais que c'est une chose inou'ié, qu'en établissant un signe, qui de soi ne ramène pas la chose à l'esprit, on lui en donne tout d'un coup le nom.
C'est, néanmoins, ce principe qui tranche la difficulté. Car, pour me servir encore d'un exemple que j'ai déjà touché , après que les hommes sont convenus qu'un certain jour de l'année représente le jour de la naissance de Notre Seigneur, personne ne s'étonnera d'entendre dire en ce jour-là , Jésus- Christ est né aujourd'hui. Mais si avant qu'on eût établi une telle solennité, quelqu'un, sans en dire mot, s'était mis dans l'esprit de représenter par un certain jour, celui où s'est accompli ce divin mystère; et qu'ensuite il allât dire tout d'un coup, Jésus-Christ vient de naître, Jésus-Christ parait aujourd'hui à Rethléem dans une crèche; on n'entendrait pas son discours, et on croirait à peine qu'il fût en son bon sens.
Quand Dieu dit à Abraham dans la Genèse : Vous circoncirez la chair de votre prépuce , api que cela soit un signe d'alliance entre moi et cous ' ; après que