G^'ties., XVII
par ces paroles il a établi la circoncision comme le signe de l'alliance, on ne sera pas surpris qu'il ait donné dans la suite le nom d'alliance au signe , en disant au verset suivant : Mon alliance sera dans votre chair'. Mais s'il n'avait rien dit devant ou après qui expliquât cette instilulion, et qu'il se fût contenté de dire, en ordonnant la circoncision : Mon alliance sera dans cotre chair; ces paroles n'auraient causé que de l'embarras dans les esprits.
De même si Notre Seigneur, en instituant la Cène, avait fait entendre par quelques paroles qu'il voulût nous donner du pain comme signe de son corps; après que l'idée de pain et celle du corps auraient été une fois unies, on croirait facilement qu'il aurait pu , dans la suite , attribuer au signe le nom de la chose, ilais parce qu'on veut feindre qu'il a dans l'esprit de nous figurer son corps par du pain; qu'on veuille se persuader qu'il ait dit, sans rien expliquer en présentant un morceau de pain. Ceci est mon corps, ni la raison ne le permet. ni on ne peut l'autoriser par aucun exemple. Et l'anonyme, en ell'et, n'a pu en produire un seul.
V. Fausseté et absurdité des conséquences que l'anonyme prétend tirer de la suite des jJciroles de V Institution contre la doctrine catholique. — !Mais il pense avoir détruit notre fondement principal, en nous accusant de séparer ces paroles : Ceci est mon corps, d'avec les suivantes, qui est rompu pour vous. C'est là qu'il met tout son fort ; et cependant on verra bientôt qu'il n'y a rien de plus faible.
Il m'accuse premièrement de tronciuer, s'il faut ainsi dire , les paroles de l' Institution , ou ])lutàl le sens-. Mais certes, il me fera raison, quand il lui plaira, d'un reproche autant injurieux qu'est celui de tronquer l'Ecriture sainte. Quand on veut accuser un chrétien d'un aussi grand crime , il faut prendre un peu plus garde à ce qu'on dit. Est-ce tronquer les paroles de l'Institution, f|ue de les rapporter en autant de mots qu'ont fait deux évangélistes, qui ont cru nous expliquer sutTisamment l'intention de Notre Seigneur, et l'essence de ce mystère, en nous marquant seulement qu'il a dit : Ceci est mon corps^? Je veux bien toutefois y joindre celles que saint Luc et saint Paul y ont ajoutées : Ceci est mon corps donné pour tous*; Ceci est mon corps rompu pour vous^. Elles ne serviront qu'à fortifier le sens littéral que nous embrassons.
On les peut prendre en deux manières, qui toutes deux nous sont favorables. Ceci est mon corps, qui est donné, ou qui est rompu pour vous; c'està-dire, qui va l'être, en exprimant par le temps présent ce qui va incontinent s'exécuter.
Tout le monde sait que l'Ecriture, et en particulier l'histoire de la Passion, est pleine d'expressions semblables. Vous savez, dit Jésus-Christ à ses apôtres", que Pdque se fait dans deux jours; et que le Fils de l'Homme est livré pour être crucifié; c'est-à-dire, qu'il le va être; allez dire à un tel : Le Maître dit : Mon temps est proche, je fais la Pâque chez vous avec mes disciples' ; c'est-à-dire, je l'y dois faire. La main de celui qui me livre, est avec moi à table^. Et encore : Malheur à celui par qui le Fils de l'Homme est livré aux Juifs^ ; c'est-
1. C}enes., xvii, 13.— 2. Pag. 189.— 3. MaUh., xxvi. 26; Marc,
-. 22. — 4. Luc, xxii. 19. — 5. /. Cor., xi. 24. — 6. Mutlli.,
n. 2. — ~. Idem, IS. — S. iiic, xxii. 21. — fl. jl/iiH/;., xsvi. 21.
SUR L'EUCHARISTIE
à-(lire, qui le va livrer, cl qui en a déjà conçu le tlesscin. Personne ne m'ôte la vie, mais je la quitte de moi-ninne '; c'esl-ii-dire, je suis toujours prêta la quitter. C'est une chose naturelle à toutes les langues , d'exprimer le futur [lar le [irésenl; surtout quand ce futur est fort ]ircs, et ([u'on touche, pour ainsi dire, le moment de l'ciécution. Aussi, presque tous les interprètes , sans en excepter les protestants, conviennent que ce sens est fort littéral : Ceci est mon corps, qui est donné ou qui est rompu pour rous, c'est-à-dire, qui le va être.
Après cela, on ne comprend pas quel avantage l'auteur peut tirer de ces paroles, rompu ou donné pour vous : car il n'y a rien, au contraire, qui nous détermine plus fortement au sens littéral, que ces mêmes paroles jointes aux précédentes. Ceci est mon corps. Qui ne sera frappé de celte suite du discours. Ceci est mon corps, ce corps qui va être donné pour vous à la mort. Ceci est mon sang, le san(j de nouvelle alliance, le sang qui va être répandu pour la rémission de vos péchés? En eiïet, le redoublement de l'article xô dans le grec, a la môme force qu'avait la répétition que je viens de faire : et tout le discours ensemble était fait pour montrer aux apôtres, que ce qu'ils allaient manger el boire , était le même corps qui devait être bientôt rompu et percé pour eux; et le même sang qui, étant violemment répandu , devait confirmer le Nouveau Testament par son effusion. Des paroles si efficaces, bien loin d'éloigner des esprits l'idée du vrai corps et du vrai sang, éloignent, au contraire, le corps et le sang en figure, el sont faites pour nous marquer le corps et le sang en propriété. Alais il faut pénétrer encore plus avant.
La parfaite conformité de notre doctrine avec les paroles de Notre Seigneur, parait principalement en ce que l'épithôte qu'il joint à son corps convient également à l'état où il est à la croix , et à celui où nous le voyons dans l'Eucharistie. Car il ne dit pas : Ceci est mon corps crucifié ; ce qui ne conviendrait qu'à la croix ; ou : Ceci est mon corps mangé ; ce qui ne conviendrait qu'à l'Eucharistie; mais : Ceci est mon corps donné ; parce que dans le mystère de la croix, il est donné à la mort, et que dans le mystère de l'Eucharistie il est donné comme nourriture; mais toujours donné dans l'un et dans l'autre, donné très-réellement, et aussi réellement à la sainte table, qu'il l'a été à la croix, quoique d'une autre manière. Il en est de même de ces paroles : Ceci est mon corps rompu , par lesquelles saint Paul exprime le sens de celles qu'on lit en saint Luc : Ceci est mon corps donné. Car il n'y a personne qui ne sache que c'est une jjhrase naturelle à la langue sainte , de dire romiire le pain, pour exprimer qu'on le donne el qu'on le distribue. Rompe: volrepain aii^paurre, chez Isaïe^, c'esl-à-dire , distribuez-le, et le donnez. Ainsi ces paroles qu'on lit dans saint Paul : Ceci est mon corps rompu, signilïcnt sans difliculté, qu'il n'est pas seulement rompu à la croix où il a été percé, mais encore rompu dans l'Eucharistie, où il est distribué à tous les fidèles. Que si nous venons ensuite à la consécration du sacré calice, nous verrons le même dessein et le môme esprit. Car Jésus- Christ ne dit pas : Ceci est mon sang, qui sort de mes veines, ou : Ceci est mon sang présenté à boire,