Joan., X. IS. — 2. Isai., i.viii
parce que l'une de ces paroles ne marquerait que le sang versé à la croix, et l'autre ne conviendrait qu'au sang donné à boire dans l'Eucharistie. 11 a dit : Ceci est mon sang répandu ; parce qu'en cllét, il coulait avec abondance , lorsque ses veines ont été ouvertes, et qu'il nous est encore donné véritablement sous la forme d'une liqueur, pour le faire couler au dedans de nous en le buvant. Ainsi ce corps et ce sang ne sont pas moins dans l'Eucharistie, qu'ils ont été à la croix; puisque l'épitbète que le Fils de Dieu leur a donnée, est choisie avec tant de soin , qu'elle convient parfaitement aux deux états. Que le lecteur juge maintenant si l'Eglise romaine a intérêt de détacher ces paroles, donné ou rompu pour vous, d'avec les paroles précédentes; et si, au contraire, il ne parait pas que rien ne détermine tant au sens naturel, que la suite de tout ce discours : Ceci est mon corps donné ou rompu, et : Ceci est mon sang répandu pour vous.
Combien est froide et forcée l'explication de nos adversaires, que l'anonyme me fait tant valoir, à comparaison de la nôtre' I Ceci est mon corps rompu, c'est-à-dire, ce pain rompu vous représente mon corps rompu. Qui ne ressent, en lisant les paroles de l'Evangile, que l'expression de Notre Seigneur est beaucoup plus vive; qu'il veut exprimer ce qui est effectivement dans l'Eucharistie, et non ce que représentent des signes fort éloignés de la vérité? Mais, sans nous jeter dans de nouvelles considérations, personne ne peut penser que du pain , mis en morceaux pour être distribué , ou du vin versé dans une coupe, prêt à couler dans nos estomacs, nous représentent naturellement un corps percé par des plaies, ou du sang qui coule des veines. Que si l'on ne peut pas dire que ces signes soient si expressifs , qu'ils convient les hommes naturellement à leur donner le nom de la chose, si on se sent obligé à les reconnaître comme signes d'institution, notre principe demeure ferme, que les signes de cette nature ne reçoivent le nom de la chose qu'après l'établissement, mais qu'il n'y a aucun exemple dans l'Ecriture, ni dans tout le langage humain, qui le leur donne {le nom de la chose même) dans l'Institution.
VI. Second effort de l'anonyme. Fausse conséquence qu'il prétend tirer de ces paroles : Faites CECI EN MÉMOIRE DE MOI. — Jusqucs ici l'anonymc a fort mal montré que la suite des paroles de Notre Seigneur nous détourne du sens littéral. Mais voici un second elïort^. Jésus-Christ, après avoir dit, Ceci est mon corps, ceci est mon sang , ajoute aussitôt : Faites ceci en mémoire de moi. Ce n'est donc pas lui-même qu'il veut nous donner, mais un mémorial de Uii-môme.
On a souvent représenté à messieurs de la religion j)rétendue réformée, que le souvenir n'exclut |ias toute sorte de présence, mais la seule présence sensible. Dieu nous est présent, plus, en quelque sorte, que nous ne nous sommes présents à nousmêmes , parce que nous vivons, nous nous remuons, nous sommes en lui, comme dit saint PaiiP. Toutefois nous ne l'oublions que trop souvent, parce que cette présence ne frappe pas notre vue : nous avons besoin que souvent on le rappelle à notre