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1)K LA TRADITION OU DE LA PAROLE NON ÉCRITE
mêmes qu'on peut changer plusieurs choses, qui sont en la disposilion de l'Eglise. Ainsi tant de saints évoques et de saints martyrs ont eu leurs raisons de donner le corps do Notre Seigneur à ceux qui, par leur Baptême, ôlaienl incorporôs à son corps mystique; et l'Eglise des siècles suivants a eu aussi de justes motifs de préparer ses enfants avec plus de précaution au mystère de l'Eucharistie. Comme ces coutumes avaient toutes deux leurs raisons solides, et qu'elles étaient laissées au choix de l'Eglise, pour en user suivant l'occurrence et la disposilion des temps; il est clair qu'on a pu passer de l'une à l'autre, sans que personne ail réclamé. Aussi n'est-ce pas là notre question. Il s'agit de savoir si l'Esprit de vérité, qui est toujours dans l'Eglise, peut soutïrir qu'on passe de même d'un dogme à un autre; et puisque l'auteur n'a pu trouver dans toute l'histoire de l'Eglise aucun exemple d'un tel changement, il ne peut pas nous blâmer, si nous le croyons impossible.
Il ne pouvait en vérité plus invinciblement affermir la vérité que nous proposons, qu'en l'attaquant comme il a fait. Parmi la[il de sortes d'erreurs que nous condamnons les uns et les autres, qui ne serait étonné que, depuis l'origine du christianisme , il n'en ail pu produire une seule, dont les auteurs ne soient certains, et dont les commencements ne soient marqués? Il est contraint de sortir de la question; et au lieu de montrer, comme il a promis, un changement dans les dogmes, il ne produit que le changement d'une coutume indilTérente. Nous pouvons donc assurer, qu'encore qu'il n'y ait aucune des vérités chrétiennes qui n'ait été attaquée en plusieurs manières, néanmoins, malgré tous les artifices et les profondeurs de Salan , comme saint Jean les appelle dans l'Apocalypse', jamais aucune erreur n'a été tant soit peu suivie, qu'elle n'ait été convaincue par sa nouveauté manifeste. Si donc la nouveauté clairement marquée est un caractère visible et essentiel de l'erreur, nous avons raison de dire, au contraire, que l'antiquité, dont on ne peut marquer le commencement, est le caractère essentiel de la vérité.
Que si l'anonyme n'a pu trouver dans toute l'histoire de l'Eglise, aucun exemple constant de ces changements insensibles, qu'il prétend avoir été introduits dans les dogmes de la foi, c'est en vain ([u'il aurait recours, comme à un dernier refuge, aux traditions des pharisiens. Car outre (|u'il nous suffit d'avoir établi notre règle dans le Nouveau Testament, duquel seul j'ai parle dans V Exposition, je puis encore ajouter que cet auteur assure sans fondement qu'on ne peut marquer l'origine des fausses tradilio7is des Juifs'^.
Il peut a[iprendre de saint Epiphane , (]ue les traditions des Juifs ne sont pas toutes de môme nature, ni de môme date, et qu'on ne doit pas les comprendre toutes sous une môme idée. Ce Père en reconnaît d'une telle autorité, et de si anciennes, qu'il les attribue à Moïse. Mais il y en a beaucoup
1. Ajioc, XI. 24. — 2. Paii. 308. Voyez aussi ca quu dit l'autour toucliant les traditioDs dus juifs , pag. IIU.
d'autres, qui sont nées depuis, dont il nous a nommé les auteurs, et dont il nous a marqué les commcncemenls. On est d'accord que ces tradi tiens ne sont pas toutes mauvaises, ni toutes réprouvées par le Fils de Dieu. Quoi qu'il en soit, on ne peut pas dire que l'origine en soit inconnue. Pour celles que Notre Seigneur a si souvent condamnées dans l'Evangile, les plus célèbres auteurs de l'une et de l'autre communion conviennent de les rajjporter la plupart à la secte des pharisiens dont on connaît assez les auteurs, aussi bien que les commencements et les progrès.
On voit parla que l'anonyme hasarde ce qui lui vient dans l'esprit, quand il croit qu'il sert à sa cause, sans en considérer le fond; et l'on peut aisément juger combien est injuste la comparaison qu'il fait si souvent, des traditions chréliennes avec celles des pharisiens'. On ne peut marquer les commencements des traditions chréliennes ; on vient de voir qu'on sait le commencement et de la secte et des traditions des pharisiens. Il parait clairement par l'Evangile, que les traditions des pharisiens étaient contraires à l'Ecrilure. Car, ou ils établissaient par ces traditions, des observances directement opposées à la loi de Dieu , ou ils mettaient davantage de perfection dans des pratiques indillcrentes, et en tout cas de peu d'importance, que dans les grands préceptes de la loi, où Dieu enseignait à son peuple la vérité, la miséricorde et le jugement. Ainsi en toutes manières, ils méritaient le reproche que leur faisait Jésus-Christ, de transgresser les commandemenis de Dieu à cause de leurs traditions. Si donc on veut comparer nos traditions avec les traditions des pharisiens, il faut avoir prouvé auparavant, que les nôtres ne s'accordent pas avec l'Ecriture, comme Notre Seigneur a décidé que celles des pharisiens y étaient directement opposées. Que si l'on veut toujours supposer que le silence de l'Ecriture suffit pour exclure une doctrine, quelque antiquité qu'elle ait dans l'Eglise, on sort manifestement du cas où le Fils de Dieu a parlé en tous ces passages; et c'est abuser le monde, que de s'autoriser par cet exemple.
Ainsi l'on voit clairement, par les choses qui ont été dites , que l'auteur de la Réponse n'a pu alléguer aucune raison, ni aucun exemple contre cette belle règle que nous nous proposons : qu'une doctrine qu'on voit reçue par toute l'antiquité chrétienne, sans qu'on en puisse marquer le commencement, doit venir nécessairement des ap(Jlrcs.
C'est la seconde proposition de mon Traité, qu'il a attaquée. Il m'en fait faire une troisième, pour appliquer cette règle à la prière des saints, à la prière pour les morts, et autres doctrines particulières. C'est à quoi je n'ai pas pensé, parce que cela n'était pas de mon dessein; et je l'ai déjà averti souvent que, pour voir les choses par ordre, il faut considérer premièrement la vérité de la règle, pour en faire l'aiiplicalion aux doctrines particulières. Quand on voudra entrer dans ce détail, il sera temiis d'entrer dans cette discussion.