‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 170 sur 545 · Pa:i.-JVi, 3li · texte numérisé non relu

Pa:i.-JVi, 3li

HISTOIRE DES VARIATIONS

DES ÉGLISES TROTESTANTES,

PRÉFACE

Dessein de l'ouvrage.

Idée générale de la religion protestante et de ses variations : que la découverte en est utile à la connaissance de la véritable doctrine, et à la réconciliation des esprits : les auteurs dont on se sert dans celte histoire.

I. Idée générale de la religion protestante, et de cet ouvrage. — Si les protestants savaient à fond comment s'est formée leur religion, avec combien de variations et avec quelle inconstance leurs Confessions (le fui ont été dressées; comment ils se sont séparés premièrement de nous, et puis entre eu.x; par combien de subtilités, de détours et d'équivoques ils ont tâché de réparer leurs divisions, et de rassembler les membres épars de leur réforme désunie : celte réforme, dont ils se vantent, ne les contenterait guère; et pour dire franchement ce que je pense , elle ne leur inspirerait que du mépris. C'est donc ces variations, ces subtilités, ces équivoques, et ces artilices, dont j'entreprends de faire l'histoire. Mais afin que ce récit leur soit plus utile, il faut poser quelques principes dont ils ne puissent disconvenir, et que la suite d'un récit, quand on y sera engagé, ne permettrait pas de déduire.

II. Les variations dans la foi, preuve certaine de fausseté. Celles des ariens. Fermeté de l'Eglise catholique. — Lorsque , parmi les chrétiens, on a vu des variations dans l'Exposition de la foi , on les a toujours regardées comme une marque de fausseté et d'inconséquence (qu'on me permette ce mot) dans la doctrine exposée. La foi parle simplement : le Saint-Esprit répand des lumières pures, et la vérité qu'il enseigne a un langage toujours uniforme. Pour peu qu'on sache l'histoire de l'Eglise, on saura qu'elle a opposé à chaque hérésie des explications propres et précises, qu'elle n'a aussi jamais changé; et si l'on prend garde| aux expressions par lesquelles elle a condamné les hérétiques, on verra qu'elles vont toujours à attaquer l'erreur dans sa source, par la voie la plus courte et la plus droite. C'est pourquoi tout ce qui varie, tout ce qui se charge de termes douteux et enveloppés a toujours paru suspect, et non-seulement frauduleux, mais encore absolument faux, parce qu'il marque un embarras que la vérité ne connaît point. C'a été un des fondements sur lesquels les anciens docteurs ont tant condamné les ariens , qui faisaient tous les jours paraître des Confessions de foi de nouvelle date, sans pouvoir jamais se Oxcr. Depuis leur première Confession de foi, qui fut faite par Arius , et présentée par cet hérésiarque à son évèque Alexandre, ils n'ont jamais cessé de varier. C'est ce que saint llilairc reproche k Constance, protecteur de

ces hérétiques; et pendant que cet empereur assemblait tous les jours de nouveaux conciles pour réformer les symboles, et dresser de nouvelles confessions de foi, ce saint évèque lui adresse ces fortes paroles' : « La même chose vous est arrivée qu'aux » ignorants architectes, à qui leurs propres ouvra- » ges déplaisent toujours : vous ne faites que bâtir » et détruire : au lieu que l'Eglise catholique, dès » la première fois qu'elle s'assembla , lit un édifice » immortel, et donna dans le Symbole de Nicôe, une » si pleine déclaration de la vérité , que pour con- » damner éternellement l'arianisme il n'a jamais » fallu que la répéter. »

III. Caractère des hérésies, d'être variables. Passage célèbre de TertuUieJi. — Ce n'a pas seulement été les ariens qui ont varié de cette sorte ; toutes les hérésies , dés l'origine du christianisme, ont eu le môme caractère; et longtemps avant Arius, Tertullien avait déjà dit^ : « Les hérétiques varient » dans leurs règles, c'est-à-dire , dans leurs Con- 1) fessions de foi : chacun parmi eux se croit en » droit de changer et de modifier par son propre es- » prit ce qu'il a reçu , comme c'est par son propre » esprit que l'auteur de la secte l'a composé : l'hé- » résie retient toujours sa propre nature, en ne » cessant d'innover; et le progrès de la chose est » semblable à son origine. Ce qui a été permis à » Valentin l'est aussi aux Valentiniens; lesMarcio- » niles ont le môme pouvoir que Marcion; et les » auteurs d'une hérésie n'ont pas plus de droit d'in- » nover, que leurs sectateurs : tout change dans les « hérésies, et quand on les pénètre à fond, on les » trouve dans leur suite dllférentes en beaucoup de » points de ce qu'elles ont élé dans leur naissance. »

IV. Ce caractère de l'hérésie reconnu dans tous les âges de l'Eglise. — Ce caractère de l'hérésie a toujours élé remarqué par les catholiques; et deux saints auteurs du huitième siècle^ ont écrit que « l'hérésieen elle-même est toujours une nouveauté, » quelque vieille qu'elle soit; mais que pour se » conserver encore mieux le titre de nouvelle, elle » innove tous les jours , et lous les jours elle change » sa doctrine. «

V. Caractère d'imnmtahilité rfans la foi de l'Eglise catholique. — Mais pendant que les hérésies toujours variables ne s'accordent pas avec ellesmêmes, et introduisent continuellement de nouvelles règles, c'est-à-dire, de nouveaux Symboles; dans l'Eglise, dit Tertullien*, la règle de la foi est immuable, et ne se réforme point. C'est que l'Eglise , qui fait profession de ne dire et de n'enseigner que ce qu'elle a reçu, ne varie jamais; et au contraire

1 LU), contra Consl., n. 23; col. 1254. — 2. De Pra-scr., .-. 4i. — 3. Eth. et Beat., lib. i. cont. Elip. — 4. fie Virii. rel. n. I.

HISTOIRE DES VARIATIONS

l'hérésie , qui a commencé par innover, innove toujours , et ne cluinge point de nature.

VI. Principe d' inslab ilité dans les doctrines novr vclles. Saint Paul, saint Chrysostome. — De là vient que saint Chrysostome traitant ce précepte de l'Apôtre : Evitez les nouveautés profanes dans ros discours, a fait celte rélle.\ion' : « Evitez les nou- » lés dans vos discours; car les choses n'en deineu- » rent pas là : une nouveauté en produit une autre; » et on s'égare sans lin quand on a une fois coni- » nicncé à s'égarer. »

VII. Deux causes d'instabilité' dans les hérésies. — Deux choses causent ce désordre dans les hérésies : l'une est tirée du génie de l'esprit humain, qui depuis qu'il a goûté une fois l'appùt de la nouveauté , ne cesse de rechercher avec un appétit déréglé cette trompeuse douceur ; l'autre est tirée de la dilïérence de ce que Dieu fait d'avec ce que font les hommes. La vérité catholique, venue de Dieu, a d'abord sa perfection : l'hérésie, faible production de l'esprit humain , ne se peut faire que par pièces mal assorties. Pendant qu'on veut renverser, contre le précepte du Sage-, les anciennes bornes posées par nos pères, et réformer la doctrine une fois reçue parmi les fidèles, on s'engage sans bien pénétrer toutes les suites de ce qu'on avance. Ce qu'une fausse lueur avait fait hasarder au commencement, se trouve avoir des inconvénients qui obligent les réformateurs à se réformer tous les jours : de sorte qu'ils ne peuvent dire quand finiront les innovations , ni jamais se contenter cu.\-mèmes.

VIII. Quelle variation on prétend montrer dans les Eglises protestantes. — Voilà les principes solides et inébranlables par lesquels je prétends démontrer aux protestants la fausseté de leur doctrine dans leurs continuelles variations, et dans la manière changeante dont ils ont expliqué leurs dogmes, je ne dis pas seulement en particulier, mais en corps d'Eglise, dans les livres qu'ils appellent symboliques, c'est-à-dire, dans ceux qu'on a faits pour exprimer le consentement des Eglises, en un mot, dans leurs propres Confessions de foi , arrêtées , signées, publiées, dont on a donné la doctrine comme une doctrine qui ne contenait que la pure parole de Dieu , et qu'on a changées néanmoins en tant de manières dans les articles principaux.

IX. Le parti protestant dicisé en deux corps principaux. — Au reste, quand je parlerai de ceux qui se sont dits réformés en ces derniers siècles, mon dessein n'est point de parler des sociniens, ni des différentes sociétés d'anabaptistes, ni de tant de diverses sectes qui s'élèvent, en Angleterre et ailleurs, dans le sein de la nouvelle réforme; mais seulement de ces deux corps, dont l'un comprend les luthériens , c'est-à-dire , ceux qui ont pour règle la Confession d'Augsbourg, et l'autre suit les sentiments do Zwingle et de Calvin. Les premiers , dans l'institution de l'Eucharistie, sont défenseurs du sens littéral, et les autres du sens figuré. C'est aussi par ce caractère que nous les distinguerons principalement les uns des autres, quoiqu'il y ait entre eux beaucoup d'autres démêlés très-graves et très-importants, rrimme la suite le fera paraître.

.\. Que les farialions de l'un des partis est une preuve contre l'autre, principalement celles de Lu-

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