‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 171 sur 545 · Hnm. V. in 2. ad Tint. — 2. Pruverb., xxii · texte numérisé non relu

Hnm. V. in 2. ad Tint. — 2. Pruverb., xxii

ther et des luthériens. — Les luthériens nous diront ici qu'ils prennent fort peu de part aux variations et à la conduite des zwinglions et des calvinistes; et quelques-uns de ceux-ci pourront penser à leur tour que l'inconstance des luthériens ne les touche pas; mais ils se trompent les uns les autres, puisque les luthériens peuvent voir dans les calvinistes les suites du mouvement qu'ils ont excité; et au contraire, les calvinistes doivent remarquer dans les luthériens comme leurs auteurs; et sans parler de Calvin , qui a souvent nommé Luther avec respect; comme le chef de la réforme, on verra dans la suite de cette histoire', tous les calvinistes (j'appelle ici de ce nom le second parti des protestants) Allemands, Anglais, Hongrois, Polonais, Hollandais, et tous les autres généralement assemblés à Francfort^, par les soins de la reine Elisabeth, après avoir reconnu ceux de la Confession d'Augsbourg , c'est-à-dire, les luthériens, comme les premiers qui ont fait renaître l'Eglise, reconnaître encore la Confession d'Augsbourg, comme une pièce commune de tout le parti, qu'ils ne veulent pas contredire, mais seulement la bien entendre ; et encore dans un seul article, qui est celui de la Cène nommant aussi pour celte raison parmi leurs Pères, non-seulement Zwingle, Bucer et Calvin, mais encore Luther et Mélanchton; et mettant Luther à la tête de tous les réformateurs.

Qu'ils disent après cela que les variations de Luther et des luthériens ne les touchent pas : nous leur dirons au contraire, que, selon leurs propres prmcipes et leurs propres déclarations, montrer les variations et les inconstances de Luther et des luthériens, c'est moninr l'esprit de vertige dans la source de la Réforme et dans la tète où elle a été premièrement conçue.

XL Recueil de Confessions de foi, imprimé à Genève. — On a imprimé à Genève , il y a longtemps, un recueil de Confessions de foi', où, avec celle des défenseurs du sens figuré, comme celle de France et des Suisses, sont aussi celles des défenseurs du sens littéral, comme celle d'Augsbourg, et quelques autres; et ce qu'il y a de plus remarquable, c'est qu'encore que les Confessions qu'on y a ramassées soient si différentes, et se condamnent les unes les autres en plusieurs articles de foi, on ne laisse pas néanmoins de les proposer, dans la Préface de ce recueil, « comme un corps » entier de la saine théologie , et comme des regis- » très authentiques, où il fallait avoir recours pour » connaître la foi ancienne et primitive. » Elles sont dédiées aux rois d'Angleterre, d'Ecosse, de Danemarck et de Suède, et aux princes et républiques I)ar qui elles sont suivies. N'importe que ces rois et ces Etats soient séparés entre eux de communion aussi bien que de croyance. Ceux de Genève ne laissent pas de leur parler comme à des fidèles éclairés dans ces derniers temps , par une grâce singulière de Dieu , de la véritable lumière de son Evangile, et ensuite de leur |irésenter à tous ces Confessions de foi, comme un monument éternel de la piété extraordinaire de leurs ancêtres.

XII. Les calvinistes approuvent les Confessions de fui des luthériens, du, moins comme n'ayant rien

1. Lib. XII. — 2. Act. Aulh. Blond., p. (53. — 3. Synt"iimii. Conf. lidei. Ceii. 1051.

PREFACE

de contraire aux points fondamentaux. — C'est qu'en efTet ces doclrines sont également adoptées par les calvinistes, ou absolument comme véritables, ou du moins comme n'ayant rien de contraire au fondement de la foi : et ainsi quand on verra dans cette histoire la doctrine des Confessions de foi, je ne dis pas de France ou des Suisses, et des autres défenseurs du sens ligure , mais encore d'Augsbourg, et des autres qui ont été faites par les luthériens, on ne la doit pas prendre pour une doctrine étrangère au calvinisme; mais pour une doctrine que les calvinistes ont expressément approuvée comme véritable, ou en tout cas épargnée comme innocente, dans les actes les plus authentiques qui se soient faits parmi eux.

XIII. Les Confessions de foi des luthériens. — Je n'en dirai pas autant des luthériens , qui , au lieu d'être touchés de l'autorité des défenseurs du sens figuré, n'ont que du mépris et de l'aversion pour leurs sentiments. Leurs propres changements les doivent confondre. Quand on ne ferait seulement que lire les titres de leurs Confessions de foi dans ce recueil de Genève , et dans les autres livres de cette nature, où nous les voyons ramassées, on serait étonné de leur multitude. La première qu'on voit paraître est celle d'Augsbourg, d'où les luthériens prennent leur nom. On la verra présenter à Charles V, en 1530; et on verra depuis qu'on y a louché et retouché plusieurs fois. Mélanchton, qui l'avait dressée, en tourna encore le sens d'une autre manière, dans l'Apologie qu'il en lit alors, souscrite de tout le parti : ainsi elle fut changée en sortant des mains de son auteur. Depuis, on n'a cessé de la réformer, et de l'expliquer en dillerentes manières: tant ces nouveaux réformateurs avaient de peine à se contenter, et tant ils étaient peu stylés à enseigner précisément ce qu'il fallait croire.

Mais comme si une seule Confession de foi ne suffisait pas sur les mémos matières , Luther crut qu'il avait besoin d'expliquer ses sentiments d'une autre façon, et dressa, en 1537, les articles de Smalcalde , pour être présentés au concile que le pape Paul III avait indiqué à Mantoue : les articles furent souscrits par tout le parti, et se trouvent insérés dans le livre que les luthériens appellent la Concorde ' .

Cette explication ne satisfit pas tellement, qu'il ne fallût encore dresser la Confession que l'on appelle Saxon i que , qui fut présentée au concile de Trente, en l'an 1551 , et celle de Wittemberg, qui fut aussi présentée au même concile en 1553.

A tout cela il faut joindre les explications de l'Eglise de Wittemberg , où la Piéforrae avait pris naissance; et les autres, que cette histoire fera paraître en leur rang, principalement celle du livre de la Concorde, dans l'Abrégé des articles, et encore dans le même livre, les Explications répétées-, qui sont tout autant do Confessions de foi, publiées authentiquement dans le parti , embrassées par des Eglises, combattues par d'autres, dans des points très-importants : et ces Eglises ne laissent pas do faire semblant de composer un seul corps , à cause que par politique, elles dissimulent leurs dissensions sur l'ubiquité et sur les autres matières.

\TV. Confessions de foi des défenseurs du sens

1. Concord., p. 298, 730. — 2. Idem, p. 570, 77S. B. — T. III.

/îr/M/y', ou du second parti des protestants . — L'autre parti des protestants n'a pas été moins fécond en Confessionsde foi. En mémetemps que celle d'Augs- Ijourg fut présentée à Charles V, ceux qui ne voulurent pas en convenir, lui présentèrent la leur, qui fut publiée sous le nom de quatre villes de l'Empire, dont celle de Strasbourg était la première.

Elle satisfit si peu les défenseurs du sens figuré, que chacun voulut faire la sienne : nous en verrons ([uatre ou cinq de la façon des Suisses. Mais si les ministres zwingliens avaient leurs pensées, les autres avaient aussi les leurs ; et c'est ce qui a produit la Confession de France et de Genève. On voit à peu près dans le même temps deux Confessions de foi sous le nom de l'Eglise anglicane, et autant sous le nom de l'Eglise d'Ecosse. L'électeur palatin Frédéric III, voulut faire la sienne en particulier; et celleci a trouvé sa place avec les autres dans le recueil de Genève. Ceux des Pays-Bas ne se sont tenus h pas une de celles qu'on avait faites devant eux, et nous avons une Confession de foi belgique, approuvée au synode de Dordrecht. Pourquoi les calvinistes polonais n'auraient-ils pas eu la leur? En etTet, encore qu'ils eussent souscrit la dernière Confession des zwingliens, on voit qu'ils ne laissent pas d'en publier encore une autre au synode de Czenger : outre cela, s'étant assemblés avec les vaudois et les luthériens k Sendomir, ils convinrent d'une nouvelle manière d'expliquer l'article de l'Eucharistie, sans qu'aucun d'eux se départît de ses sentiments.

XV. Autres actes authentiques. Que ces variations prouvent la faiblesse de la religion protestante. — Je ne parle pas de la Confession de foi des Bohémiens, qui voulaient contenter les doux partis de la nouvelle Réforme. Je ne parle pas des traités d'accord qui furent faits entre les Eglises avec tant de variétés et tant d'équivoques : ils paraîtront en leur lieu, avec les décisions des synodes nationaux, et d'autres Confessions de foi faites en ditïcrentes conjonctures. Est-il possible, ô grand Dieu, que sur les mèiues matières, et sur les mêmes questions on ait eu besoin de tant d'actes multipliés, de tant de décisions et de Confessions de foi si différentes? Encore ne puis-je pas me vanter de les savoir toutes ; et j'en sais que je n'ai pu trouver. L'Eglise catholique n'en eut jamais qu'une à opposer à chaque hérésie : mais les églises de la nouvelle réforme, qui en ont produit un si grand nombre, chose étrange, et néanmoins véritable! n'en sont pas encore contentes ; et on verra dans celle histoire, qu'il n'a pas tenu à nos calvinistes qu'ils n'en aient fait de nouvelles , qui aient supprimé ou réformé toutes les autres.

On est élonné de ces variations. On le sera beaucoup davantage quand on verra le détail et la manière dont des actes si authentiques ont été dressés. On s'est joué, je le dis sans exagérer, du nom de Confession de foi; et rien n'a été moins sérieux, dans la nouvelle Réforme, que ce qu'il y a de plus sérieux dans la religion.

XVI. Les protestants ont eu honte de tant de Confessions de foi. Yai7is prétextes dont ils ont tâché de se courrir. — Cette prodigieuse multitude de Confessions de foi a effraye ceux qui les ont faites : on verra les pitoyables raisons par lesquelles ils ont taché de s'en excuser • mais je ne puis m'empècher

IlISTUll'.E DES VARIATIONS.

ici de raiiporlcr celles qui sont proposées dans la Prôfacc du Recueil de Genève ' ; parce qu'elles sont générales, et regardent également toutes les Eglises qui se disent rétbrniécs.

La première raison qu'on allègue pour établir la nécessité de multiplier ces Confessions, c'est que plusieurs articles de foi ayant été attaqués, il a fallu o|ipuser plusieurs Confessions à ce grand nombre d'erreurs : j'en conviens, et en même temps, par une raison contraire , je démontre l'absurdité de toutes ces Confessions de foi des protestants; puisque toutes , comme il parait par la seule lecture des titres, regardent précisément les mômes articles; de sorte que c'était le cas de dire avec saint Athanase- : « Pourquoi un nouveau concile, de nou- « velles confessions, un nouveau symbole? Quelle » nouvelle question s'était élevée? »

Une autre excuse qu'on apporte, c'est que tout le monde , comme dit l'Apotre , doit rendre raison de sa foi; de sorte que les Eglises répandues en divers lieux ont dû déclarer leur croyance par un témoignage public : comme si toutes les Eglises du monde, dans quelque ôloignement qu'elles soient, ne pouvaient pas convenir dans le môme témoignage, quand elles ont la môme croyance, et qu'on n'ait pas vu en effet, dés l'origine du christianisme, un semblable consentement dans les Eglises. Où est-ce que l'on me montrera que les Eglises d'Orient aient eu dans l'antiquité une confession différente de celle d'Occident? Le Symbole de Nycée ne leur a-t-il pas servi également de témoignage contre tous les ariens? la définition de Chalcédoine, contre tous les eutychiens? les huit chapitres de Carthage, contre tous les pélagiens? et ainsi du reste.

Mais , disent les protestants , y avait-il une des Eglises réformées qui pût faire la loi à toutes les autres? Non, sans doute : toutes ces nouvelles Eglises, sous prétexte d'éloigner la domination, se sont môme privées de l'ordre , et n'ont pas pu conserver le principe d'unité. Mais enfin , si la vérité les dominait toutes, comme elles s'en glorifient, il ne fallait autre chose, pour les unir dans une môme Confession de foi, sinon que toutes entrassent dans le sentiment de celle à qui Dieu aurait fait la grâce d'exposer la première la vérité.

Enfin nous lisons encore dans la Préface de Genève, que si la Réforme n'avait produit qu'une seule Confession de foi , on aurait pris ce consentement pour un concert étudié ; au lieu qu'un consentement entre tant d'Eglises et de Confessions de foi sans concert, est l'œuvre du Saint-Esprit. Ce concert en elTet serait merveilleux : mais par malheur la merveille du consentement manque à ces Confessions de foi; et cette histoire fera paraître iju'il n'y eut jamais, dans une matière si sérieuse, une si étrange inconstance.

XVII. Les protestants des deux partis tentent tainemcnt de se réunir sous une seule et uniforme Confession de foi. — On s'est aperçu d'un si grand mal dans la Réforme, et on a vainement tenté d'y remédier. Tout le second parti des protestants a tenu une assemblée générale , pour dresser une conunune Confession de foi. Mais nous verrons par les actes' qu'autant qu'on trouvait d'inconvénient à

1. Sijnt. Conf. Prœf. — 2. Alhan., de Syn. et Ep. ad. Afr. — 3. Liv. XII.

n'en avoir point, autant ful-il impossible d'en convenir.

Les luthériens, qui paraissent plus unis dans la Confession d'Augsbourg, n'ont pas été moins embarrassés de ses éditions différentes, et n'y ont pas pu trouver un meilleur remède'.

XVIII. Combien ces variétés dégénèrent de l'ancienne simplicité du christianisme. — On sera faligué sans doute en voyant ces variations, et tant de fausses subtilités delà nouvelle Réforme; tant de chicanes sur les mois; tant de divers accommodements; tant d'équivoques et d'explications forcées sur lesquelles on les a fondées. Est-ce là, dira-t-on souvent, la religion chrétienne, que les païens ont admirée autrefois comme si simple, si nette et si précise en ses dogmes? Chrislianam religionem absolutam et simplicem? "^on certainement, ce ne l'est pas. Ammian Marcelin avait raison , quand il disait que Constance, par tous ses conciles et tous ses symboles, était éloigné de cette admirable simplicité, et qu'il avait atTaibli toute la vigueur de la foi, par la crainte perpétuelle qu'il avait de s'être trompe dans ses sentiments^.

XIX. Pourquoi il faudra beaucoup parler dans cette histoire de ceux que les protestants appellent les Réformateurs. — Encore que mon intention soit ici de représenter les Confessions de foi, et les autres actes publics où paraissent les variations , non pas des particuliers, mais des Eglises entières de la nouvelle Réforme; je ne pourrai m'empccher de parler en même temps des chefs de parti qui ont dressé ces Confessions, ou qui ont donné lieu à ces changements. Ainsi Luther, Mélanchton, Carlostad, Zwingle, Bucer, Œcolampade, Calvin, et les autres, paraîtront souvent sur les rangs : mais je n'en dirai rien qui ne soit tiré le plus souvent de leurs propres écrits, et toujours d'auteurs non suspects : de sorte qu'il n'y aura dans tout ce récit aucun fait qui ne soit constant et utile à faire entendre les variations dont j'écris l'histoire.

XX. Pièces de cette histoire, d'où Urées. Pourquoi il n'y a point d'histoire plus certaine ni plus authentique que celle-ci. — Pour ce qui regarde les actes publics des protestants, outre leurs Confessions de foi et leurs Catéchismes, qui sont entre les mains de tout le monde, j'en ai trouvé quelques-uns dans le Recueil de Genève; d'autres dans le livre appelé Concorde , inqjrimé par les luthériens en 1654; d'autres dans le résultat des synodes nationaux de nos prétendus réformés, que j'ai vus en forme authentique dans la bibliothèque du roi; d'autres dans ï Histoire Sacramentaire , imprimée à Zurich, en 1G02, par Ilospinien, auteur zwinglien, ou enfin dans d'autres auteurs protestants; en un mot je ne dirai rien qui ne soit authentique et incontestable. Au reste, pour le fond des choses, on sait bien de quel avis je suis : car assurément je suis catholique aussi soumis qu'aucun autre aux décisions de l'Eglise, et tellement disposé, que personne ne craint davantage de préférer son sentiment i)articulior au sentiment universel. Après cela, d'aller faire le neutre et l'inditVérent, à cause que j'écris une histoire, ou de dissimuler ce que je suis, quand tout le monde le sait et que j'en fais gloire, ce serait faire au lecteur une illusion trop grossière :

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