SlehL, m. V. — 2. Idem , 7.5. — 3. Ibid., f
ne rougit iioint de; ([uitter un état de vie si parfait, el de reculer en arrière.
Sleidan passe légèrement sur ce fait. « Luther, » dit-il', éiiousa une religieuse, et par là il donna » lieu à de nouvelles accusations de ses adversaires; » qui l'apiielèrcnt furieux el esclave de Satan. » Mais il ne nous dit pas tout le secret; et ce ne fut pas seulement les adversaires de Luther qui bUtmaienl son mariage : il en fut honteux lui-môme; ses disciples les plus soumis en furent surpris; et nous apprenons tout ceci dans une lettre curieuse de Mélancliton au docte Camcrarius son intime ami^.
XW. Lettre mémorable de Mélanchton à Camcrarius sur le mariage de Luther. — Elle est écrite tout en grec, el c'est ainsi (ju'ils traitaient entre eux les choses secrètes. Il lui dit donc que « Luther, » lorsqu'on y pensait le moins, avait épousé la » Borée (c'était la religieuse qu'il aimait) sans en » dire mot à ses amis : mais qu'un soir ayant prié » à souper Poméranus (c'était le pasteur), un pein- » tre el un avocat, il Ut les cérémonies accoutu- » mces ; qu'on serait étonné de voir que dans un » temps si malheureux où tous les gens de bien » avaient tant à soull'rir, il n'eût pas eu le courage » de compatir à leurs maux , et qu'il parût au con- » traire se peu soucier des malheurs qui les mena- » çaient ; laissant môme affaiblir sa réputation , » dans le temps que l'Allemagne avait le plus be- » soin de son autorité el de sa prudence. » Ensuite il raconte à son ami les causes de son mariage : « Qu'il sait assez que Luther n'est pas ennemi de » l'humanité, el qu'il croit qu'il a été engagé à ce 1) mariage par une nécessité naturelle : qu'il ne » faut donc point s'étonner que la magnanimité de » Luther se soit laissé amollir; que cette manière » de vie est basse et commune, mais sainte; et qu'a- » près tout l'Ecrilure dit que le mariage est hono- » rable ; qu'au fond, il n'y a ici aucun crime; et » que si on reiiroche queliiue chose à Luther, c'est » une manifeste calomnie. » C'est qu'on avait fait courir le bruit que la religieuse était grosse et prèle à accoucher quand Luther l'épousa ; ce qui ne se trouva pas véritable. Mélanchton avait donc raison de justifier son maître en ce point. Il dit, « que » tout ce qu'on peut blâmer dans son action, c'est 1) le contre-temps dans lequel il fait une chose si » peu attendue, cl le [)laisir ([u'il va donnera ses « ennemis qui ne cherchent qu'à l'accuser : au » resle, qu'il le voit tout chagrin el tout troublé de » ce changement, et (ju'il fait tout ce qu'il peut » pour le consoler. »
On voit assez combien Luther était honteux et end)arrassé de son mariage, el combien Mélanchlon en était frappé , malgré tout le respect qu'il avait pour lui. Ce qu'il ajoute àla lin fait aussi comiaitre combien il croyait que Cami'rarius en serait ému, puisqu'il dit ([u'il avait voulu le prévenir, « do ])Our » (|ue dans le désir (|u'il avait ([uo Luther demeuriU » toujours sans reproche, et sa gloire sans tache, » il ne se laissât trop troubler el décourager par » cette nouvelle surprenante. »
Ils avaient d'abord regardé Luther comme un homme élevé au-dessus de toutes les faiblesses com-
1. Sleid., Hb. V, /". 77. — 2. Idem, lib. iv , ep. xxiv; iljul.
LIVIU-: II (155n-lrr?9).
iiiiiiies. Celle qu'il leur lit paraître, dans ce mariage scandaleux, les mit dans le trouble. Mais ilclanchton console le mieux qu'il peut et son ami et lui-même, sur ce que « peut-être , il y a ici quelque chose de » caché et de divin ; qu'il a des marques certaines » de la piété de Luther; qu'il ne sera point inutile » qu'il leur arrive quelque chose d'humiliant, puis- » qu'il y a tant de péril à être élevé , non-seulement )> pour les ministres des choses sacrées , mais en- » core pour tous les hommes; qu'après tout, les » plus grands saints de l'antiquité ont fait des » fautes ; et qu'enfin il faut apprendre à s'attacher » à la parole de Dieu par elle-même, et non par le » mérite de ceux qui la prêchent ; n'y ayant rien de » plus injuste que de blâmer la doctrine à cause » des fautes oii tombent les docteurs. »
La maxime est bonne sans doute : mais il ne fallait donc pas tant appuyer sur les défauts personnels, ni se tant fonder sur Luther, qu'ils voyaient si faible, quoiqu'il fut d'ailleurs si audacieux; ni enfin nous tant vanter la réformation, comme un ouvrage merveilleux de la main de Dieu , puisque le principal instrument de cette œuvre incomparable était un homme non-seulement si vulgaire, mais' encore si emporté.
X\'. Notable diminution de l'autorité de Luther. — Il est aisé de juger, par la conjoncture des choses , que le contre-temps qui fait tant de peine à Môlanchton, et cette fâcheuse diminution qu'il voit arriver de la gloire de Luther dans le temps qu'on en avait le plus de besoin, regardaient à la vérité ces troubles horribles, qui faisaient dire à Luther luimême que l'Allemagne allait périr; mais regardaient encore plus la dispute sacraraentaire , par laquelle Mêlanchton sentait bien que l'autorité de son maitrc allait s'ébranler. En elïet, on ne croyait pas Luther innocent des troubles de l'Allemagne' , iniisqu'ils étaient commencés par des gens qui avaient suivi son évangile, et qui paraissaient animés par ses écrits; outre que nous avons vu qu'il avail au commencement autant llatté que réprimé la fureur des paysans soulevés. La dispute sacraraentaire était encore regardée comme un fruit de sa doctrine. Les catholiques lui reprochaient qu'en inspirant tant de mépris pour l'autorité de l'Eglise, et en ébranlant ce fondement, il avait tout réduit en questions. Voilà ce que c'est, disaient-ils, d'avoir mis la décision entre les mains des particuliers, et de leur avoir donné l'Ecriture comme si claire, ([u'on n'avait besoin pour l'entendre que de la lire, sans consulter l'Eglise ni l'antiquité. Toutes ces choses tourmentaient terriblement Mélanclilon : lui qui était naturellement si prévoyant, il voyait naître dans la Réforme une division, qui en la rendant odieuse allait encore y allumer une guerre irréconciliable.
XVI. Dispute entre Erasme et Luther sur le franc arbitre : Mêlanchton di'plore les emportements de Luther. — Il arriva dans le même temps , d'autres choses qui le troublaient fort. La dispute s'était échautTce sur le franc arbitre entre Erasme et Luther. La considération d'Erasme était grande dans loule l'Europe , quoiqu'il eût de tous côtés beaucoup d'ennemis. Au commencement des troubles , Luther n'avait rien omis pour le gagner, et lui avait