Shid., Ul}.\n
écrit avec des respects ([ui ti.'iiaient de la bassesse '. D'abord Erasme le favorisait sans vouloir pourtant quitter l'Eglise. Quand il vit le schisme manifestement déclaré, il s'éloigna tout à l'ail, et écrivit contre lui avec beaucoup de modération. Mais Luther, au lieu de l'imiter, publia, un peu après son mariage, une réponse si envenimée, qu'elle lit dire à Mêlanchton- : « Plut à Dieu que Luther gardftt le silence I » J'espérais que l'âge le rendrait plus doux, et je » vois qu'il devient tous les jours plus violent, » poussé par ses adversaires et par les disputes où » il est obligé d'entrer : » comme si un homme qui se disait le réformateur du monde, devait si tôt oublier son personnage, et ne devait pas, quoi qu'on lui fit, demeurer maître de lui-même. Cela « me » tourmente étrangement, disait Mêlanchton', et si » Dieu n'y met la main, la fin de ces disputes sera « malheureuse. » Erasme se voyant traité si rude ment par un homme qu'il avait si fort ménagé, disait plaisamment : « Je croyais que le mariage l'aurait » adouci; » et il déplorait son sort de se voir malgré sa douceur, « et dans sa vieillesse , condamné à » combattre contre une bêle farouche , contre un « sanglier furieux. »
XVII. Blasphèmes et audace de Luther dans son Traité du Serf Arbitre. — Les outrageux discours de Luther n'étaient pas ce qu'il y avait de plus excessif dans les livres qu'il écrivit contre Erasme. La doctrine en était horrible, puisqu'il concluait non-seulement que le libre arbitre était tout à fait éteint dans le genre humain depuis sa chute , qui était une erreur commune dans la nouvelle Réforme; « mais encore qu'il est impossible qu'un autre I) que Dieu sort libre; que sa prescience et la Pro- » vidence divine font que toutes choses arrivent par » une immuable , éternelle et inévitable volonté de » Dieu , qui foudroie et met en pièces tout le libre » arbitre; que le nom de franc arbitre est un nom » qui n'appartient qu'à Dieu, et qui ne peut con- » venir ni à l'homme, ni à l'ange, ni à aucune » créature*. »
Par là il était forcé de rendre Dieu auteur de tous les crimes; et il ne s'en cachait pas, disant en termes formels-^, « que le franc arbitre est un titre » vain; que Dieu fait en nous le mal comme le » bien ; que la grande perfection de la foi , c'est de » croire que Dieu est juste, quoiqu'il nous rende » nécessairement damnables par sa volonté , en » sorte qu'il semble se plaire aux supplices des » malheureux. » Et encore" : « Dieu vous plaît » quand il couronne des indignes; il ne doit pas » vous déplaire quand il damne des innocents. » Pour conclusion il ajoute, « qu'il disait ces choses, » non en examinant, mais en déterminant : qu'il n'en- 1) tendait les soumettre au jugement de personne, » mais conseillait à tout le monde de s'y assujétir. »
Il ne faut pas s'étonner que de tels excès troublassent l'esprit modeste de Mêlanchton''. Ce n'est pas qu'il n'eut donné au commencement dans ces prodiges de doctrine , ayant dit lui-même avec Lulher, « que la prescience de Dieu rendait le libre » arbitre absolument impossible, » et que « Dieu » n'était pas moins cause de la trahison de Judas,
1. Ep. Luth, ad Erasm. inler. Erasm. epist., lib. vi. 3. — 2. Ep. Mal., lib. iv, ep. 28. — 3. Lib. xviii. ep. U, 2S. — 4. De Serv. Arb., T. il. 426, 429, 431, 435. - 5. Ide:n, /'. 441.— 6. Ibid., f. 465. — 7. Loc. com. i. edit. Comm. in Ep. ad Rom.
IIISTUIUK DKS VAlilATlUNS.
» que de la conversion de saint Paul. » Mais outre j qu'il êlait plutôt enlrniné dans ces scnlimcnts par l'aiilorilô do Luther, qu'il n'y entrait de lui-MU''me, il n'y avait rien de plus éloigné de son esprit que de les établir d'une manière si insolente; et il ne savait plus où il en était, quand il voyait les emportements de son maître.
XVIII. Nouveaux emportements contre le roi d'Angleterre. Luther vante sa douceur. — Il les vit redoubler dans le même temps contre le roi d'Angleterre. Luther qui avait conçu quelque bonne opinion de ce prince, sur ce que sa maitresse Anne de Boulen était assez favorable au luthéranisme, s'était radouci jusqu'à lui l'aire des excuses de ses premiers emportements'. La réponse du roi ne fut pas telle qu'il espérait. Henri VIII lui reprocha la légèreté de son esprit, les erreurs de sa doctrine et la honte de son mariage scandaleux. Alors Luther, qui ne s'abaissait qu'alin qu'on se jetât à ses pieds , et ne manquait pas de fondre sur ceux qui ne le faisaient pas assez vite, répondit au roi « qu'il se repentait de l'avoir traité si douce- » ment; qu'il l'avait fait à la prière de ses amis » dans l'espérance que cette douceur serait utile à » ce prince; qu'un môme dessein l'avait porté au- » trefois à écrire civilement au légat Cajétan , à » Georges, duc de Saxe, et à Erasme; mais qu'il » s'en était mal trouvé : ainsi qu'il ne tomberait » plus dans la même faute^. »
Au milieu de tous ces excès, il vantait encore sa douceur extrême. A la vérité, « s'assurant sur l'iné- » branlable secours de sa doctrine, il ne cédait en » orgueil ni à empereur, ni à roi, ni à prince, ni à » Satan, ni à l'univers entier; mais si le roi voulait » se dépouiller de sa majesté pour traiter plus » librement avec lui, il trouverait qu'il se montrait » humble et doux aux moindres personnes; un vrai » mouton en siuiplicitô, qui ne pouvait croire du » mal de qui que ce fût'. »
XIX. Zivinfile et Œcolampade prennent la défense de Carlostad. Qui était Ztrinçjle. Sa doctrine sur le salut des paiens. — Que pouvait penser Mélanchton , le plus paisible de tous les hommes par son naturel, voyant la idume oulrageuse de Luther lui susciter au dehors tant d'enneniis, pendant que la dispute sacramentaire lui en donnait au dedans de si redoutables?
En cITet, dans ce même temps, les meilleures plumes du parti s'élevèrent contre lui. Carlostad avait trouvé des défenseurs qui ne permettaient plus de le mépriser. Poussé par Luther et chassé de Saxe, il s'était retiré en Suisse, où Zwingle et Œcolampade prirent sa défense. Zwingle, pasteur de Zurich, avait commencé à troubler l'Eglise à l'occasion des indulgences, aussi bien que Luther; mais quel(|ucs années après. C'était un homme hardi et qui avait i)lus do feu que de savoir. Il y avait beaucoup do netteté dans son discours, et aucun des prétendus réformateurs n'a expliqué ses pensées d'une manière plus précise, plus uniforme et plus suivie : mais aussi aucun ne les a poussées plus loin ni avec autant de hardiesse. Comme on connaîtra mieux le caractère de son esprit par ses
1. Epist. ad Reg. Ang., T. ii, 92. —2. Ad maled. Ri^g. AngliœJiesp., T. n ,i93; Sleid., lib. \i,p. 80. —3. Stcid.,lib. vi, p. 49 1, 495.
sentiments que par mes paroles, je rapporterai un endroit du plus accompli de tous ses ouvrages; c'est la Confession de foi qu'il adressa un peu devant sa mort à François I'^^ Là, expliquant l'article de la vie éternelle, il dit à ce prince, « qu'il doit " espérer de voir l'assemblée de tout ce qu'il y a eu » d'hommes saints, courageux, lidèles et vertueux » dés le commencement du monde '. Là, vous verrez » poursuit-il, les deux Adam, le racheté et le ré- » deuipteur. Vous y verrez un Abel , un Enoc , un » Noé, un Abraham, un Isaac, un Jacob, un Juda, » un Moïse, un Josué, un Gédéon, un Samuel, un » Phinèes, un Elle, un Elisée, un Isaïe avec la » Vierge Mère de Dieu qu'il a annoncée, un Da- » vid , un Ezéchias, un Josias, un Jean-Baptiste, » un saint Pierre, un saint Paul. Vous y verrez » Hercule, Thésée, Socrate, Aristide, Anligonus , » Numa, Camille, les Gâtons, les Scipions. Vous » y verrez vos prédécesseurs et tous vos ancêtres » qui sont sortis de ce monde dans la foi. Enfin il » n'y aura aucun homme de bien, aucun esprit » saint, aucune àme fidèle, que vous ne voyiez là » avec Dieu. Que peut-on penser de plus beau, de u plus agréalile, de plus glorieux que ce S])ectacle? » Qui jamais s'était avisé de mettre ainsi Jésus-Christ pôle-mèle avec les saints; et à la suite des patriarches, des prophètes, des apôtres et du Sauveur même, jusqu'à Numa, le père de l'idolâtrie romaine, jusqu'à Caton qui se tua lui-même comme un furieux; et non-seulement tant d'adorateurs des fausses divinités, mais encore jusqu'aux dieux et jusqu'aux héros, un Hercule, un Thésée qu'ils ont adoré"? Je ne sais pourquoi il n'y a pas mis Apollon ou Bacchus, et Jupiter même : et s'il en a été détourné par les infamies que les poètes leur attribuent, celles d'Hercule étaient-elles moindres ? Voilà de quoi le ciel est composé, selon ce chef du second parti de la Réformation : voilà ce qu'il a écrit dans une Confession de foi, qu'il dédie au plus grand roi de la chrétienté; et voilà ce que Bullinger son successeur nous en a donné- comme le chef-d'œuvre et comme le dernier chant de ce cygne mélodieux. Et on ne s'étonnera pas que de tels gens aient pu passer pour des hommes extraordinairement envoyés de Dieu atin de réformer son Eglise?
XX. Vaine réponse de ceux de Zurich pour la défense de Zwingle. — Luther ne l'épargna pas sur cet article, et déclara nettement « qu'il désespérait » de son salut; parce que, non content de conli- » nuer à combattre le sacrement, il était devenu » païen en mettant des païens impies, et jusqu'à » un Scipion Epicurien, jusqu'à un Numa, l'or- » gane du démon pour instituer l'idolâtrie chez les I) Romains , au rang des âmes bienheureuses. Car «1 à quoi nous servent le Baptême, les autres sacre- » ments, l'Ecriture et Jésus-Christ même, si les » impies, les idolâtres, et les épicuriens sont saints " et bienheureux? Et cela qu'est-ce autre chose que » d'enseigner que chacun peut se sauver dans sa » religion et dans sa croyance'? n
Il était assez malaisé de lui répondre. Aussi ne lui répondit-on à Zurich que par une mauvaise récrimination ", et en l'accusant lui-même d'avoir mis
1. Christ, fidei Clara expos., 1536 , p. 27. — 2. Prœf. Bulling. Ihid. — 3. Purv. Conf. Lulh. Hasp.jp. 2. 187. — 4. Apol. Tigur. nosp!n..p.i. A l'JS-