I. Rom., V
voit dans une lettre qu'il écrit à Erasme dans sa jeunesse', avec beaucoup d'esprit et de politesse, des marques d'une piété aussi alVcclueuse qu'éclairée : des pieds d'un crucilix , devant lequel il avait accoutumé de faire sa prière, il écrit à Erasme des choses si tendres sur les douceurs inelTables de Jésus-Christ, que cette pieuse image retraçait si vivement dans son souvenir, qu'on ne peut s'empêcher tl'en être touché. La Réforme qui venait troubler ces dévotions , et les traiter d'idolàlrie, commençait alors : car c'était en 1517 que ce jeune homme écrivait cette lettre. Dans les premières années de ces brouilleries, et, comme le remarque Erasme^, dans un âge déjà assez mûr pour n'avoir à se reprocher aucune surprise, il se fit religieux avec beaucoup de courage et de réilexion. Aussi les lettres d'E-rasme nous font-elles voir qu'il était Irès-affectionné au genre de vie qu'il avait choisi'; qu'il y goûtait Dieu tranquillement; et qu'il y vivait très-éloigné des nouveautés qui couraient. Cependant, ô faiblesse humaine et dangereuse contagion de la nouveauté ! il sortit de son monastère , prêcha la nouvelle Réforme à Bàle où il fut pasteur; et fatigué du célibat , comme les autres réformateurs , il épousa une jeune fille dont la beauté l'avait touché. C'est ainsi, disait Erasme^, qu'ils se mortifient, et il ne cessait d'admirer ces nouveaux apôtres qui ne manquaient point de quitter la profession solennelle du célibat pour prendre des femmes; au lieu que les vrais apôtres de Notre Seigneur, selon la tradition de tous les Pères, afin de n'être occupés que de Dieu et de l'Evangile, quittaient leurs femmes pour embrasser le célibat. « Il semble, disail-iP, que la » Réforme aboutisse à défroquer quelques moines » et à marier quelques prêtres; et cette grande Ira- » gédie se termine enfin par un événement tout à >' fait comique , puisque tout finit en se mariant . » comme dans les comédies. » Le même Erasme se plaint aussi, en d'autres endroits^, que depuis que son ami Œcolampade eut ([uitté avec l'Eglise et le monastère sa tendre dévotion, pour embrasser celle sèche et dédaigneuse Réforme, il ne le reconnaissait plus; et qu'au lieu de la candeur dont ce ministre faisait profession tant qu'il agissait [lar lui- môme, il n'y trouva plus que dissimulation et artifice lorsqu'il fut entré dans les intérêts et dans les mouvements d'un parti.
XXV. Progrès de la doctrine sncramentairc. — .Après que la querelle sacramentaire eut été émue de la manière qu'on vient de voir, Carlostad répandit de petits écrits contre la présence réelle; et encore que , de l'aveu de tout le monde , ils fussent fort pleins d'ignorance', le peuple déjà épris de la nouveauté , ne laissa pas de les goûter. Zwingle et Œcolampade écrivirent pour défendre ce dogme nouveau : le premier avec beaucoup d'esprit et de véhémence; l'autre avec beaucoup de doctrine et une éloquence si douce, « qu'il y avait, dit Erasme", » de quoi séduire, s'il se pouvait et que Dieu le » permit, les élus mêmes. » Dieu les mettait à cette é|)reuve : mais ses promesses et sa vérité , soutenaient la simplicité do la foi de l'Eglise contre les
1. Ep. Bram., lib. vu, ep. 42, 43. — 8. Ep. Erasm., lib. xiri , ep. 12, 13. — 3. Lib. .\iii. 27. —i.Lib. xix,«p. 41. — 5. Hp. Erasm.. lib. xix. 3. — G. lAh. xviii, ep. 23; xix, 113, xxxi. 47, cul. ï057, de. — 7. Erasm., lib. xfx, cp. 113. xxxi , 95; p. 2100. — 8. Lib. XVIII, ep. 9.