Acl. I
RKMAKQUES SUR L'HISTOIRE
pas avec l'autorilc dont auraient pu se servir les dôputés d'un concile œcuméni(|ue. Troisièmement, qu'on ne passa cuire qu'après que Juvénal eiit parlé ainsi : « Quoiqu'il suffise, selon les canons, de faire » trois citations, nous étions prêts à en faire une » quatrième, si l'entrée de la maison do Neslorius » n'était occupée par des soldats, qui encore ont » mallrailé les ovèques. »
Mais cela, tout clair qu'il est, n'est rien en comparaison de ce qu'on devait ajouter : qu'il y avait deux années et près de trois, que la question s'agitait. Il était constant, par les actes, que Nestorius avait déjà été averti deux fois par saint Cyrille, et que la lettre de Célestin tenait lieu do troisième monilion. Cette procédure est marquée dans la sentence du Pape signifiée à Nestorius, où il lui fait voir qu'il n'a plus rien à attendre après ces trois monilions : Fost primant et secundam illius (Cv- RiLLi) et Imnc correplionem noslram , quant constat esse cet tertiam'.
L'alfaire était donc réglée avant le concile : la sentence allait avoir son exécution sans aucune résistance : Jean d'Antioche lui-même y donnait les mains, comme on a vu. Nous avons vu aussi, et nous verrons encore, que la procédure du concile était liée avec celle du Pape. Il n'y avait plus d'enquête à faire : Nestorius était convaincu par ses lettres , et par les papiers qu'il avait envoyés luimême au Pape : il n'y a donc pas la moindre ombre de précipitation dans celte alïaire.
Pour comble de conviction, il s'agissait d'une matière qui ne souO'rait ni doute ni remise. Car c'étaient de manifestes blasphèmes qui faisaient horreur à tous les chrétiens, et qu'on souffrait depuis trois ans dans un patriarche de Constanlinople, qui pouvait séduire tantd'àmes^ Nous verrons que M. Dupin ne fait que mollir en faveur de Nestorius, et dissimuler ses erreurs. Mais pour montrer, d'une manière à ne laisser aucune réplique, le tort qu'il avait de demander du délai, il n'y avait qu'à produire la lettre de Jean d'Antioche, où il lui parle en cette sorte' : « Quoique le terme de dix jours, » que Célestin vous a prescrit, soit fort court, cette » affaire est de nature à être achevée, je ne dirai » pas en dix jours , mais en peu d'heures ; car qu'y » a-t-il de plus facile que de se servir du terme de » mère de Dieu , qui est très-propre en cette ma- » lière, très-usilé parmi les Pères, et très-véri- » table? »
Quoiqu'il n'y eût rien de plus court ni de plus facile que celte proposition du patriarche d'Antioche à Nestorius, néanmoins pour faciliter toute chose à cet esprit incapable de s'humilier : « Je ne ' veux pas, poursuivait Jean, vous obliger à vous n rétracter comme un enfant; » mais il lui propose le doux expédient d'une explication de sa pensée , sur ce que « lui-môme avait dit souvent qu'il ne " refuserait pas le terme de mère de Dieu , si on » lui montrait des auteurs célèbres qui s'en fussent » servis devant lui. » Cela n'était pas difficile, et .Neslorius ne l'ignorait pas; puisque le patriarche lui disait : « Nous n'avons que faire de vous nom- • mer ces auteurs; vous les connaissez comme
1. Ef>. Cœlesl. ad Ifesl., part. T, Cône. Eph., cap. xviii ; col. 3a7. — 2. Cyr. Apol. ad Imper., III. part., cap. xiii. — 3. É'p. Joan. Ant. ad Nestor., l. part., cap. xxv, n. 3, col. 389.
» nous; et ils étaient assez célèbres, puisque l'on comptait parmi eux saint Alhanase. Avec de telles défenses, on aurait pu , non juis répondre faiblement qu'il n'était pas impossible de satisfaire aux objections des ennemis du concile et de saint Cyrille , mais qu'elles n'avaient pas la moindre apparence.
SEPTIÈME REMARQUE
Suite des faiblesses de l'auteur dans la défense de saint Cyrille.
Mais voici le grand grief contre le concile : on n'atlendit pas Jean d'Antioche, ni même les légats du Pape.
Pour les légats, M. Dupin est de bonne composition : « On était, dit -il', en droit de commencer » sans eux le concile, puisque le jour marqué pour 1) son commencement était passé. » Nous voilà toujours réduits à ce droit étroit et odieux; mais dans le cas dont il s'agit , il n'était pas même véritable. On n'a guère affaire du Pape dans un concile œcuménique, si l'on s'en peut passer si aisément, et faute que ses légats arrivent au jour précis. Il y avait ici , comme on a vu , une raison plus canonique; c'est que le Pape s'était expliqué par une sentence, sur le fondement de laquelle on procédait, mais cette raison n'était pas du goût de notre auteur. Venons à Jean d'Antioche et aux évèques d'Orient.
HUITIÈME REMARQUE
Jean d'.intioche, et les évêques d'Orient.
Cet endroit, où était le fort de l'objection, est traité bien faiblement par l'auteur : « Le jour, » dit-il, auquel le concile avait été indiqué étant » venu, les évèques ont encore attendu quelques » jours après. » Le nombre de seize jours méritait bien ici d'être répété, sans obligera l'aller chercher soixante pages au-dessus. « Ils n'ont commencé le » concile, que quand ils ont su que ceux qu'ils » attendaient devaient venir bientôt. » Pourquoi rapporter ici celle circonstance , sinon pour insinuer qu'on pouvait donc bien attendre encore un peu, ce qui accuse plutôt le concile qu'il ne le défend. Enfin, notre auteur ajoute « qu'on ne com- » mença que lorsqu'on sut que les Orientaux vou- » laient bien qu'on commençât sans eux. » C'est quelque chose , pour faire voir qu'absolument on avait droit de passer outre sans les attendre ; mais si l'on ne dit autre chose, il reste un juste soupçon qu'on les prit au mot un peu vile, et que leur civilité méritait bien qu'on n'en usât pas en toute rigueur avec eux. Il fallait donc avoir plus de soin d'expliquer ce cpii obligeait le concile à commencer. C'est que les évé(|ues pressaient extraordiiiairement, « parce qu'ils soulïraient d'extrêmes incommodités, » plusieurs étant accablés de vieillesse, d'autres » élant tombés malades ou épuisés par la dépense, » quelques-uns même étant morts ^, » et tous étant pressés du désir de retourner à leurs églises. Nous voyons le môme empressement dans tous les conciles. On y souffrait avec peine les moindres délais, que les évèques regardaient comme une espèce de lîcrsécution, et comme un moyen de lasser leur patience.