‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 193 sur 545 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

tumulte du landgrave arrivât, et ua peu après la révolte des paysans, Mélanchlon avait écrit au landgrave méuie, qu'il valait mieux tout endurer que d'armer pour la cause de l'Evangile' . Et maintenant il se trouvait qne ceux qui avaient tant fait les pacifiques, étaient les premiers à prendre les armes sur un faux rapport, comme Mélancliton le reconnaît-. C'est aussi ce qui lui fait ajouter : « Quand » je considère de quel scandale la bonne cause va » être chargée , je suis presque accablé de cette » peine. » Luther fut bien éloigné de ces sentiments. Encore qu'il fût constant en Allemagne , et que les auteurs môme protestants en soient d'accord^, que ce prétendu traité de Georges de Saxe n'était qu'une illusion, Luther voulut croire qu'il était véritable; et il écrivit plusieurs lettres et plusieurs libelles où il s'emporte contre ce prince jusqu'à lui dire qu'il était le plus fou de tous les fous; un Moab orgueilleux, qui entreprenait toujours audessus de ses forces'' : ajoutant qu'il prierait Dieu contre lui. Après quoi il avertirait les princes d'EX- TERMiNER DE TELLES GENS, qui Voulaient voir toute r Allemagne en sang : c'était-à-dire , que de peur de la voir en ce triste état, les luthériens l'y devaient mettre, et commencer par exterminer les princes qui s'opposaient à leurs desseins.

Ce Georges, duc de Saxe, que Luther traite si mal, était autant contraire aux luthériens, que son parent l'électeur leur était favorable. Luther prophétisait contre lui de toute sa force, sans considérer qu'il était de la famille de ses maîtres; et on voit qu'il ne tint pas à lui qu'on n'accomplit ses prophéties à coujis d'épée.

XLV. Le nom de protest.^nts. Conférence de Marpourg , où le landgrave tente vainement de concilier les deux partis des prolestants. — Cet armement des luthériens, qui avait l'ait trembler toute l'Allemagne en 1528, les rendit si fiers, qu'ils se crurent en élat de protester ouvertement contre le décret publié contre eux l'année d'après dans la diète de Spire, et d'en appeler à l'empereur, au futur concile général, ou à celui qu'on tiendrait en Allemagne. Ce fut en cette occasion qu'ils se réunirent sous le nom de protestants^ : mais le landgrave, le plus prévoyant et le plus capable aussi bien que le plus vaillant de tous, conçut que la diversité des sentiments serait un obstacle éternel à la parfaite union qu'il voulait établir dans le parti. Ainsi dans la môme année du décret de Spire, il ménagea la conférence de Marpourg", où il fit trouver tous les chefs de la nouvelle Réforme , c'est-à-dire Luther, Osiandre et Mélanchlon d'un coté; Zwingle, Œcolampade et Bucer de l'autre, sans compter les autres qui sont moins connus. Luther et Zwingle parlaient seuls : car déjà les luthériens ne parlaient point où Luther était, et Mélanchton avoue franchement que lui et ses compagnons furent des personnages muels^. On ne songeait pas alors à s'amuser les uns les autres par des explications équivoques , comme

1. Lih. m, ep. 18. — 2. Idem, ep. 70, 7Ï. — 3. Mel., ibid. Sleid. ibid. Dao. Chyt. in Saxon, ad an. 1523, pag. 313. — 4. Luth., ep. ad Venccs. Lt/nc, p. 312. T. vu. etap. C/iyt. in Sax., p. 313 et 982. — 5. Sleid., lib. vi, 94, 97. — 6. Idem. — 7. Lib. IV, ep. 88.

on lit depuis. La vraie présence du corps et du sang fut nettement posée d'un coté, et niée de l'autre'. (Jn entendit des deux côtés qu'une présence en figure , et une présence par foi n'était pas une vraie présence de Jésus-Christ, mais une présence morale , une présence improprement dite et par métaphore. On convint en apparence de tous les articles, à la réserve de celui de l'Eucharistie. Je dis en apparence, car il parait par deux lettres que Mélanchlon écrivit durant le colloque pour en rendre compte à ses princes, qu'on ne s'entendait guère dans le fond. « Nous découvrîmes , dit-il ^, que nos adver- » saires entendaient fort peu la doctrine de Luther, » encore qu'ils lâchassent d'imiter son langage; » c'est-à-dire qu'on s'accordait par complaisance et en paroles, sans se bien entendre en efl'et; et il était vrai que Zwingle n'avait jamais rien compris dans la doctrine de Luther sur les sacrements, ni dans sa justice imputée. On accusa aussi ceux de Strasbourg, et Bucer qui en était le pasteur, de n'avoir pas de bons sentiments^, c'est-à-dire, comme on l'entendait, des sentiments assez luthériens sur celte matière; et il y parut dans la suite comme nous verrons bientôt. C'est que Zwingle et ses compagnons ne se mettant guère en peine de toutes ces choses, en disaient tout ce qu'il plaisait à Luther, et à vrai dire n'avaient en tète que la question de la présence réelle. Quant à la manière de traiter les choses , Luther parlait avec hauteur selon sa coutume. Zwingle montra beaucoup d'ignorance, jusqu'à demander plusieurs fois, comment de méchants prêtres pouvaient faire une chose sacrée''? Mais Luther le releva d'une étrange sorte, et lui fil bien voir, par l'exemple du Baptême, qu'il ne savait ce qu'il disait. Lorsque Zwingle et ses compagnons virent qu'ils ne pouvaient persuader à Luther le sens figuré, ils le prièrent du moins do vouloir bien les tenir pour frères. Mais ils furent vivement repoussés. « Quelle fraternité me demandez-vous, leur » disait-iP, si vous persistez dans votre créance? » C'est signe que vous en doutez, puisque vous vou- » lez être frères de ceux qui la rejettent. » Voilà comme finit la conférence. On se promit pourtant une charité mutuelle. Luther interpréta cette charité de celle qu'on doit aux ennemis, et non pas de celle qu'on doit aux personnes de même communion. Ils frémissaient, disait-il, de se voir traiter d'hérétiques. On convint pourtant de ne plus écrire les uns contre les autres ; mais pour leur donner, poursuivait Luther, le temps de se reconnaître.

Cet accord tel quel ne dura guère : au contraire , par les récits difi'érents qui se firent de la conférence, les esprits s'aigrirent plus que jamais : Luther regarda comme un artifice, !a proposition de fraternité qui lui fut faite par les zwingliens, et dit « que » Satan régnait tellement en eux , qu'il n'était plus » en leur pouvoir de dire autre chose que des men- » songes". »

1. Hospin. ad an. 1529, fie coll. Marp — 2. Mel., ep. ad Elecl. Saxon, et ad Hena. Ducem . Sax. ibid. et ap. Litt/l. T. iv. Jen. — 3. Ibid. — i. Hosp., ibid. — 5. Luth . , vpist . ad Jac. Pi-œp. Byemens. ibid. — 6. Ibid.

HISTOIRE DES VAIIIATIONS.

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