LIVRE III
est celui où ils ont dessein d'établir la réalité : on voit, dis-je, cet article X couché en quatre manières différentes, sans qu'on puisse presque discerner laquelle est la plus authentique , puisqu'elles ont toutes paru dans des éditions où étaient les marques de l'autorité publique.
De ces quatre manières nous en voyons deux dans le Recueil de Genèxe, où la Confession d'Augsbourg nous est donnée telle qu'elle avait été imprimée en 1540 à Wittemberg, dans le lieu où était né le luthéranisme, où Luther et Môlanchlon étaient présents'. Nous y lisons l'article de la Cène en deux manières. Dans la première, qui est celle de l'édition de Wittemberg, il est dit, « qu'avec le pain et le )) vin , le corps et le sang de Jésus-Christ est vrai- » ment donné à ceux qui mangent dans la Gène. » La seconde ne parle pas du pain et du vin , et se trouve couchée en ces termes ; « Elles croient (les » Eglises protestantes), que le corps et le sang sont )) vraiment distribués à ceux qui mangent, et im- » prouvent ceux qui enseignent le contraire. »
Voilà dès le premier pas, une variété assez importante, puisque la dernière de ces expressions s'accorde avec la doctrine du changement de substance, et que l'autre semble être mise pour la combattre. Toutefois les luthériens ne s'en sont pas tenus là; et encore que des deux manières d'énoncer l'article X qui paraissent dans le Recueil de Genève, ils aient suivi la dernière dans leur livre de la Concorde , à l'endroit où la Confession d'Augsbourg y est insérée-, on voit néanmoins dans le même livre, ce même article X, rapporté de deux autres façons. VI. Deux autres manières dont est couche' le même article : leurs différences. — En elTet, on trouvera dans ce livre l'Apologie de la Confession d'Augsbourg, où ce même Mélanchton qui l'avait dressée, et qui la défend, transcrit l'article en ces termes : « Dans la Cène du Seigneur, le corps et le » sang de Jésus-Christ sont vraiment et subslan- » tiellement présents, et sont vraiment donnés avec « les choses qu'on voit , c'est-à-dire avec le pain et » le vin, à ceux qui reçoivent le sacrement'. »
Enfin nous trouvons encore ces mots dans le même livre de la Concorde^ : « L'article de la Cène )) est ainsi enseigné par la parole de Dieu dans la » Confession d'Augsbourg : Que le vrai corps et le » vrai sang de Jésus-Christ sont vraiment présents, distribués et reçus dans la sainte Cène sous l'es- " pèce du pain et du vin, et qu'on improuve ceux » qui enseignent le contraire. » El c'est aussi la manière dont cet article X est couché dans la version française de la Confession d'Augsbourg imprimée à Francfort en 1673.
Si on compare maintenant ces deux façons d'exprimer la réalité , il n'y a personne qui ne voie que celle de l'Apologie l'exprime par des paroles plus fortes que ne faisaient les deux précédentes rapportées dans le Recueil de Genève : mais qu'elle s'éloigne aussi davantage de la transsubstantiation , et que la dernière au contraire s'accommode tellement aux expressions dont on se sert dans l'Eglise, que les catholiques pourraient la souscrire.