VII. Laquelle de ces manières est l'originale
1. Conf. Aug., art. x. Si/ntagm. Geii., 2. ra>'l., P- 13.— 2. Conf. Aug.. art. x , m liO. Conc, p. 13. — 3. Apol. Conf. Aug. Conc, ;>. 157. — 4. Solid. repetit, de Cœn. Dom., n. vii, Conc.yP. 72S.
T. III
De ces quatre façons différentes, si on demande laquelle est l'originale qui fut présentée à Charles V, la chose est assez douteuse.
Hospinien soutient que c'est la dernière qui doit être l'originale', parce que c'est celle qui parait dans l'impression qui fut faite dès l'an 1530 à Wittemberg, c'est-à-dire dans le siège du luthéranisme , où était la demeure de Luther et de Mélanchton.
Il ajoute que ce qui fit changer l'article, c'est qu'il favorisait trop ouvertement la transsubstantiation , puisqu'il marquait le corps et le sang véritablement reçus , non point avec la substance , mais sous les espèces du pain et du tin, qui est la même expression dont se servent les catholiques.
Et c'est cela même qui fait croire que c'est ainsi que l'article avait été couché d'abord, puisqu'il est certain par Sleidan et par Mélanchton , aussi bien que par Chytré et parCélestin dans leuv Histoire de la Confession d'Augsbourg^, que les catholiques ne contredirent point cet article dans la rél'ulation qu'ils firent alors de la Confession d'Augsbourg par ordre de l'empereur.
De ces quatre manières, la seconde est celle qu'on a insérée dans le livre de la Concorde ; et il pourrait sembler que ce serait la plus authentique, parce que les princes et les Etats qui ont souscrit à ce livre, semblent assurer dans la préface, qu'ils ont transcrit la Confession d'Augsbourg comme elle se trouve encore dans les archives de leurs prédécesseurs et dans celles de l'Empire'. Mais si l'on y prend garde de près, on verra que cela ne conclut pas, puisque les auteurs de celle préface disent seulement qu'ayant conféré les exemplaires avec les archives, ils ont troucè que le leur était en tout et partout de même sens que les exemplaires latins et allemands : ce qui montre la prétention d'être d'accord dans le fond avec les autres éditions , mais non pas le fait positif, que les termes soient en tout les mêmes : autrement on n'en verrait pas de si dilTérents dans un autre endroit du même livre, comme nous l'avons remarqué.
Quoi qu'il en soit, il est étrange que la Confession d'Augsbourg n'ayant pu être présentée à l'empereur que d'une seule façon, il en paraisse trois autres aussi différentes de celle-là, et tout ensemble aussi authentiques que nous le venons de voir; et qu'un acte si solennel ait été tant de fois altéré par ses auteurs dans un article si essentiel.
VIII. Cinquième manière dont le même article X est rapporté dans l'Apologie de la Confession d'Augsbourg. — Mais ils ne demeurèrent pas en si beau chemin; et incontinent après la Confession d'Augsbourg ils donnèrent à l'empereur une cinquième explication de l'article de la Cène, dans l'Apologie de leur Confession de foi qu'ils firent faire par Mélanchton.
Dans cette Apologie approuvée , comme on a vu . de tout le parti, Mélanchton soigneux d'exprimer en termes formels le sens littéral, ne se contenta pas d'avoir reconnu une présence vraie et substantielle , mais se servit encore du mot de présence corpo-
1. Hosp., part. 2, f. 94, 132, 173. — 2. Steid., Apol. Conf. Aug. ad art. x. Cht/tr., Hist. Conf. Aug ; Cœlest., Hist. Conf. Aug., T. III. — 3. Prœf. Conc.
IIISTOir.E DES VAltlAÏIONS.
relie' : ajimUml que Jésiis-ClirisL nous elail donné rorpardlemcnt , et i|ue c'éUiil le scntiraenl ancien et commun non-seulement de l'Eglise romaine, mais encore de l'Eglise grecque.
IX. La manière d'expliquer la réalité dans l'Apologie, tend à établir en même temps le changcmenl de substance. — El encore que ccL auteur soil peu favorable , même dans ce livre , au changement de substance, toutefois il ne trouve pas ce sentiment si mauvais qu'il ne cite avec honneur des autorités qui l'établissent : car voulant prouver la doctrine de la présence corporelle par le sentiment de l'Eglise orientafe, il allègue le canon de la messe grecque, où le prêtre demande nettement, dit-il-, que le propre corps de Jésus-Christ soit fait en changeant le pain, ou par le changement du pain. Bien loin de rien improuver dans cette prière, il s'en sert comme d'une pièce dont il reconnaît l'autorité, et il produit dans le même esprit, les paroles de Théophylacte, archevêque de Bulgarie, qui assure que le pain n'est pas seulement une figure, mais qu'il est rraimenl changé en chair. Il se trouve, par ce moyen, que de trois autorités qu'il apporte pour conlirmer la doctrine do la présence réelle , il y en a deux qui établissent le changement de substance; tant ces deux choses se suivent, et tant il est naturel de les joindre ensemble.
Quand depuis, on a retranché dans quelques éditions, ces deux passages qui se trouvent dans la ])remiôre publication qui en fut faite, c'est qu'on a été fâché que les ennemis de la transsubstantiation n'aient pu établir la réalité qu'ils approuvent, sans établir en môme temps cette transsubstantiation qu'ils voulaient nier.
X. Défaite des luthériens sur ces variations. — ■Voilà les incertitudes où tombèrent les luthériens dès le premier pas; et aussitôt qu'ils entreprirent de donner par une Confession de foi , une forme constante à leur Eglise, ils furent si peu résolus, qu'ils nous donnèrent d'abord en cinq ou six façons diirérentes un article aussi important que celui de l'Eucharistie. Ils ne furent pas plus constants, comme nous verrons, dans les autres articles : et ce qu'ils répondent ordinairement, que le concile de Constantinople a bien ajouté quelque chose à celui de Nicée , ne leur sert de rien : car il est vrai qu'étant survenu depuis le concile de Nicée une nouvelle hérésie , qui niait la divinité du Saint-Esprit, il fallut bien ajouter quelques mots pour la condamner : mais ici, où il n'est rien arrivé do nouveau, c'est une pure irrésolution qui a introduit parmi les luthériens, les variations que nous avons vues. Ils ne s'en tinrent pas là , et nous en verrons lieaucoup d'autre? dans les Confessions de foi qu'il fallut de- IHiis ajouter à celle d'Augsbourg.
XI. Les sacramentaires 71e sont pas plus constants à expliquer leur foi. — Que si les défenseurs du sens ligure répondent que leur parti n'est i)as tombé dans le même inconvénient, qu'ils ne se llatlentpas de celte pensée. On a vu que dans la diète d'Augsbourg, où commencent les Confessions de foi, les sacramenlaires en ont produit d'abord deux ditVérentes; et bienlùt nous en verrons les diversités. Dans la suite , ils ne furent pas moins féconds en Confessions de foi dilTôrentes, que les lulhériens,