Apol. Conf. Aug. in «>■<. x, p. 157. — 2. Idem
et n'ont pas paru moins embarrassés, ni moins incertains dans la défense du sens ligure, que les autres dans la défense du sens littéral.
C'est (le quoi il y a sujet de s'étonner; car il semble qu'une doctrine aussi aisée à entendre , selon la raison humaine, que l'est celle des sacramentaires, ne devait faire aucun embarras à ceux qui entreprenaient de la proposer. Mais c'est que les paroles de Jésus-Christ font dans l'esprit naturellement, une impression de réalité que toutes les finesses du sens figuré ne peuvent détruire. Comme donc la plupart de ceux qui la combattaient ne pouvaient pas s'en défaire entièrement, et que d'ailleurs ils voulaient plaire aux luthériens qui la retenaient, il ne faut pas s'étonner s'ils ont môle tant d'expressions qui ressentent la réalité , à leurs interprétations figurées; ni si ayant quitté l'idée véritable de la présence réelle, que l'Eglise leur avait apprise, ils ont eu tant de peine à se contenter des termes qu'ils avaient choisis pour en conserver quelque image.
XII. Termes vagues et ambigus de la Confession de Strasbourg sur l'article de la Cène. — C'est la cause des équivoques que nous verrons s'introduire dans les Catéchismes et dans leurs Confessions de foi. Bucer, le grand architecte de toutes ces subtilités, en donna un petit essai dans la Confession de Strasbourg; car sans vouloir se servir des termes dont se servaient les luthériens pour expliquer la présence réelle, il alïecte de ne rien dire qui lui soit formellement contraire, et s'explique en paroles assez ambiguës pour pouvoir être tirées de ce côtélà. Voici comme il parle, ou plutôt comme il fait parler ceux de Strasbourg et les autres. « Quand » les chrétiens répètent la Cène que Jésus-Christ fit » avant sa mort en la manière qu'il a instituée , il » leur donne par les sacrements, son vrai corps et » son vrai sang à manger et à boire véritablement , » pour être la nourriture et le breuvage des âmes '. »
A la vérité , ils ne disent pas avec les luthériens, que ce corps et ce sang sont vraiment donnés avec le pain et le vin; encore moins, qu'ils sont vraiment et substantiellement donnés. Bucer n'en était pas encore venu là; mais il ne dit rien qui y soit contraire, ni rien en un mot dont un luthérien et même un catholique ne put convenir, puisque nous sommes tous d'accord que le vrai corps et le vrai sa7ig de Sotre Seigneur nous sont donnés à manger et à boire véritablement, non pas pour la nourriture des corps, mais, comme disait Bucer, pour la nourriture des âmes. Ainsi cette Confession se tenait dans des exjjressions générales; et môme, lorsqu'elle dit (pie «OMS mangeons et buvons vraiment i le vrai corps et le vrai sang de Notre Seigneur, elle semble exclure le manger et le boire par la foi, qui n'est après tout qu'un manger et un boire méla- ]ihoriqucs : tant on avait de jieine à lâcher le mot , ([ue le corps et le sang ne fussent donnés que spirituellement, et d'insérer dans une Confession de foi une chose si nouvelle aux chrétiens. Car encore que l'Eucharistie, aussi bien que les autres mystères de notre salut, eut pour fin un elTel spirituel , elle avait pour son fondement, comme les autres mystères, ce qui s'accomplissait dans le corps. Jésus-Christ devait naître, mourir, ressusciter spiri-
1. Cof!/'. Argenl., c. IS, de Cœnd. Si/ttl. G-«., pari, i, p. l'J5.