X. Equivoque sur le mot de saciiement et de .mys
TÉiiK. — L'autre source des é(iuivoques était dans le mot de sacrement et dans celui de mystère. Sacremenl dans notre usage ordinaire , veut dire un signe sacré; mais dans la langue latine, d'où ce mot nous esl venu , sacrement veut dire souvent, chose haute, chose secrète et impénétrable. C'est aussi ce que signifie le mot de mystère. Les Grecs n'ont point d'autre mol pour signifier sacrement que celui de mystère; el les Pères latins appellent souvent le mystère de l'Incarnation , sacrement de l'Incarnation, et ainsi des autres.
Bucer et ses compagnons croyaient tout gagner, quand ils disaient que l'Eucharistie était un mystère ou qu'elle était un sacrement du corps et du sang; ou que la présence qu'on y reconnaissait, el l'union qu'on y avait avec Jésus-Christ, était une présence et une union sacramentelle : el au contraire, les défenseurs de la présence réelle, catholiques, et luthériens, entendaient une présence et une union réelle, substantielle, el proprement dite; mais cachée, secrète, mystérieuse, surnaturelle dans sa manière , et spirituelle dans sa fin , propre enfin à ce sacrement : et c'étaient pour toutes ces raisons qu'ils l'appelaient sacramentelle.
Ils n'avaient donc garde de nier que l'Eucharistie ne fût un mystère au même sens que la Trinité el l'Incarnation, c'est-à-dire une chose haute autant que secrète, el tout à fait incompréhensible à l'esprit humain.
XI. L'Eucharistie est un signe, et comment. — Ils ne niaient pas même qu'elle ne fût un signe sacré du corps el du sang de Notre Seigneur; car ils savaient que le signe n'exclut pas toujours la présence : au contraire, il y a des signes de telle nature qu'ils marquent la chose présente. Quand on dit qu'un malade a donné des signes de vie, on veut dire qu'on voit par ces signes que l'àme est encore présente en sa propre et véritable substance : les actes extérieurs de religion sont faits pour marquer qu'on a en efi'et la religion au fond du cœur : el lorsque les anges ont paru en forme humaine, ils étaient présents en personne sous cette apparence qui nous les représentait. Ainsi les défenseurs du sens littéral ne disaient rien d'incroyable, quand ils enseignaient que les symboles sacrés de l'Eucharistie, accompagnés de ces paroles. Ceci est mon corps, ceci est mon sançj , nous marquent Jésus- Christ présent , et que le signe était très-étroitemenl el inséparablement uni à la chose.
XII. Tous les mystères de Jésus -Christ sont des signes à certains égards. — Bien plus, il faut reconnaître que tout ce qui esl le plus vérité, pour ainsi parler, dans la religion chrétienne, esl tout ensemble mystère et signe sacré. L'Incarnation de Jésus-Christ nous figure l'union parfaite que nous devons avoir avec la divinité dans la grâce et dans la gloire. Sa naissance el sa mort sont la figure de notre naissance et de notre mort spirituelle. Si dans le mystère de l'Eucharistie il daigne s'approcher de nos corps en sa propre chair et en son propre sang, par là il nous invite à l'union des esprits, et nous la figure. Enfin jusqu'à ce que nous soyons venus à la pleine et manifeste vérité qui nous rendra éternellement heureux, toute vérité nous sera la figure d'une vérité plus intime : nous ne goûterons Jésus- Christ tout pur en sa propre forn>e, el dégagé de