LIVRE IV
blables dispositions, et éloignèrent les tempéraments. Si Œcolampade fut plus doux, on voit aussi ceux de Bàle plus accommodants; et ceux de Strasbourg entrèrent dans tous les adoucissements , ou , pour mieux parler, dans toutes les équivoques et dans toutes les illusions de Bucer.
XXII. Bucer avoue que les indignes reçoivent réelleme7it le corps. — Il poussa la chose si avant, qu'après avoir accordé tout ce qu'on pouvait souhaiter sur la présence réelle, essentielle, substantielle, naturelle même , c'est-à-dire sur la présence de Jésus-Christ selon sa nature : il trouva encore des expédients pour le faire réellement recevoir aux fidèles qui communiaient indignement. Il demandait seulement qu'on ne parlât point des impies et des infidèles , pour lesquels ce saint mystère n'a point été institué; et disait néanmoins que sur ce sujet il ne voulait avoir de démêlé avec personne '.
Avec toutes ces explications , il ne faut pas s'étonner s'il sut adoucir Luther jusqu'alors implacable. Luther crut qu'en eflet les sacramentaires revenaient à la doctrine de la Confession d'Augsbourg et de l'Apologie. Mélanchton avec lequel Bucer négociait , lui manda qu'il trouvait Luther plus traitable , et qu'il commençait à parler plus amiablement de lui et de ses collègues^. Enfin on tint l'assemblée de Wittemberg en Saxe, où se trouvèrent les députés des Eglises d'Allemagne des deux partis. Luther le prit d'abord d'un ton bien haut. Il voulait que Bucer déclarât que lui et les siens se rétractaient, et rejetât bien loin ce qu'ils lui disaient; que la dispute n'était pas tant dans la chose que dans la manière. Mais enfin, après beaucoup de discours où Bucer montra toute sa souplesse, Luther prit pour rétractation ces articles que lui accordèrent ce ministre et ses compagnons.
XXIII. Accord de WiUeinberg et ses six articles. — « I. Que, suivant les paroles de saint Irénée, « l'Eucharistie consiste en deux choses, l'une ter- » restre, et l'autre céleste; et par conséquent que » le corps et le sang de Jésus-Christ sont vraiment
[ » et substantiellement présents, donnés et reçus » avec le pain et le vin.
» II. Qu'encore qu'ils rejetassent la transsubs- » tantiation , et ne crussent pas que le corps de » Jésus-Christ fut enfermé localement dans le pain, » ou qu'il eût avec le pain aucune union de longue » durée hors l'usage du sacrement, il ne fallait pas » laisser d'avouer que le pain était le corps de " Jésus-Christ par une union sacramentelle : c'est- '1 à-dire que le pain étant présenté, le corps de
I; » Jésus-Christ était tout ensemble présent et vrai- » ment donné.
III. Ils ajoutaient néanmoins : « Que hors de » l'usage du sacrement, pendant qu'il est gardé » dans le ciboire, ou montré dans les processions. Il ils croient que ce n'est pas le corps de Jésus- » Christ.
IV. Ils concluaient en disant ; " Que cette insti- 1) tulion du sacrement a sa force dans l'Eglise, et » ne dépend pas de la dignité ou de l'indignité du » ministre, ni de celui qui reçoit.
» V. Que pour les indignes , qui , selon saint •1 Paul, mangent vraiment le sacrement, le corps et » le sang de Jésus-Christ leur sont vraiment pré-