‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 214 sur 545 · Hosi)., p. 2, roi. 135. — 2, Idem, ati · texte numérisé non relu

Hosi)., p. 2, roi. 135. — 2, Idem, ati

» sentes, et qu'ils les beçoivent véritablement, » quand les paroles et l'institution de Jésus-Christ » sont gardées.

« VI. Que néanmoins ils le prennent pour leur » jugement, comme dit le même saint Paul, parce » qu'ils abusent du sacrement en le recevant sans » pénitence et sans foi'. »

XXIV. Bucer trompe Luther, et élude les termes de l'accord. — Luther n'avait rien , ce semble , à désirer davantage. Quand on lui accorde que l'Eucharislie consiste en deux choses , l'une céleste, et l'autre terrestre , et que de là on conclut que le corps de Jésus-Christ est substantiellement présent avec le pain ^, on montre assez qu'il n'est pas seulement présent à l'esprit et par la foi : mais Luther, qui n'ignorait pas les subtilités des sacramentaires, les pousse encore plus avant, et leur fait dire que ceux-là mêmes qui n'ont pas la foi ne laissent pas de recevoir véritablement le corps de Notre Seigneur^.

On n'avait garde de les soupçonner de croire que le corps de Jésus-Christ ne nous fut présent que par la foi , puisqu'ils avouaient qu'il était présent , et véritablement reçu par ceux qui étaient sans foi et sans pénitence.

Après cet aveu des sacramentaires , Luther se persuada aisément qu'il n'avait plus rien à en exiger, et il jugea qu'ils avaient dit tout ce qu'il fallait pour confesser la réalité : mais il n'avait pas encore assez compris que ces docteurs ont des secrets particuliers pour tout expliquer. Quelque claires que lui parussent les paroles de l'accord, Bucer savait par où en sortir. lia fait plusieurs écrits, où il explique aux siens en quel sens il a entendu chaque parole de l'accord : là il déclare que « ceux » qui , selon saint Paul , sont coupables du corps » et du sang , ne reçoivent pas seulement le sacre- » ment, mais en efl'et la chose même, et qu'ils ne » sont pas sans foi; encore, dit-il, qu'ils n'aient » pas cette foi vive qui nous sauve, ni une véritable » dévotion de co3ur*. »

Qui aurait jamais cru que les défenseurs du sens figuré pussent avouer dans la Cène une véritable réception du corps et du sang de Notre Seigneur sans avoir la foi qui nous sauve? Quoi donc! une foi qui ne suffit pas pour nous justifier, suiïit-elle , selon leurs principes, pour nous communiquer vraiment Jésus-Christ ? Toute leur doctrine résiste à ce sentiment de Bucer; et ce ministre lui-même, fût-il cent fois plus subtil , ne peut jamais accorder ce qu'il dit ici avec ses autres maximes. Mais il ne s'agit pas en ce lieu d'examiner les subtilités par lesquelles Bucer se démêle de l'accord qu'il avait signé à Wittemberg : il me suffit de remarquer ce ' fait constant , que toutes les Eglises d'Allemagne ' qui défendaient le sens figuré, assemblées en corps par leurs députés, ont accordé par un acte authentique, <i que le corps et le sang de Jésus-Christ sont » vraiment et substantiellement présents, donnés et » reçus dans la Cène avec le pain et le vin ; et que » les indignes qui sont sans foi , ne laissent pas de » recevoir ce corps et ce sang , pourvu qu'ils gar- « dent les paroles de l'institution. »

Si ces expressions peuvent s'accorder avec le

1. Hosp., p. 2, an. 1535, f. 145. In lih. Conc. 729. — 2. An. 1.— 3. Acf. V. e( VI. — 4. Bue, Declar. Conc. Vit. ht. ap. Hosp. an. 1536, 148, et seq.

HISTOIRE DES VAIUATIONS.

sens figuré , on ne sait plus désormais ce que les mots signilicnt, et nous trouverons tout en toutes choses. Des honiincs qui ont accoutumé leur esprit à tourner en celle sorte le langage humain , feront dire ce qu'il leur plaira et à l'Ecriture et aux Pères; et il ne faut pas s'étonner de tant de violentes interprétations ([u'ils donnent aux passages les plus clairs.

XXV. Se7itimenl de Calvin sur les équivoques en matière de foi. — Savoir mainlenant si Bucer avait un dessein formel d'amuser le monde par des équivoques alïectées, ou si quelque idée confuse de réalité lui lit croire qu'il pouvait de bonne foi souscrire à des expressions si évidemment contraires au sens figuré; j'en laisse le jugement aux protestants. Ce qui est certain, c'est que Calvin son ami, et en quelque façon son disciple, quand il voulait exprimer une obscurité blâmable dans une profession de foi, disait qu'il n'y avait rien de si embarrassé , de si obscur, de si ambigu , de si tortueux dans Bucer même < .

Ces artillcieuses ambiguïtés étaient tellement de l'esprit de la nouvelle Réforme, que Mélanchton même, c'est-à-dire le plus sincère de tous les hommes par son naturel , et celui qui avait le plus condamné les équivoques dans les matières de foi, s'y laissa entraîner contre son inclination. Nous trouvons une lettre de lui en 1541 , où il écrit que rien n'était plus indigne de l'Eglise, « que d'user » d'équivoques dans les Confessions de foi, et de » dresser des articles qui eussent besoin d'autres » articles pour les expliquer; que c'était en appa- » rence faire la paix, et en effet exciter la guerre 2;» que c'était enfin, « à l'exemple du faux concile de » Sirmic et des ariens , mêler la vérité avec l'er- » reur'. » Il avait raison; et néanmoins dans le même temps, lorsqu'on tenait la première assemblée de Ratisbonne pour concilier la religion catholique avec la protestante , Mélanchton et Bucer (ce ne sont pas les catholiques qui l'écrivent , c'est Calvin qui était présent, et intime confident de l'un et de l'autre) « Mélanchton, dis-je , et Bucer com- » posaient sur la transsubstantiation des formules » de foi équivoques et trompeuses, pour voir s'ils « pourraient contenter leurs adversaires en ne leur » donnant rien''. »

Calvin était le premier k condamner ces obscurités affectées et ces honteuses dissimulations. « Vous blâmez, dit-il^, et avec raison, les obscu- » rites de Bucer. Il faut parler avec liberté, disait- 0 il en un autre endroit; il n'est pas permis d'em- » barrasser par des paroles obscures ou équivoques

» ce qui demande la lumière Ceux qui veulent

» ici tenir le milieu abandonnent la défense de la » vérité. » Et k l'égard de ces pièges dont nous venons de parler, que Bucer et Mélanchton tendaient dans leurs discours ambigus aux catholiques nommés pour conférer avec eux à Ratisbonne , voici ce qu'en dit le même Calvin : « Pour moi , je n'ap- » prouve jias leur dessein, encore qu'ils aient leurs » raisons : car ils espèrent que les matières s'éclair- » ciront d'elles-mêmes. C'est pounjuoi ils passent » par-dessus .beaucoup de choses, et n'appréhcn- » dent point ces ambiguïtés : ils le font k bonne in-

1. Ep. Calvin., p. 50. — 2. Lih. i, ep. 25, lôll. — 3. Idem, ep. 76. — 4. Ep. Calv., p. 38. - 5. Ep., p. 50.

1) tention; mais ils s'accommodent trop au temps'.» C'est ainsi que , par de mauvaises raisons , les auteurs de la nouvelle Réforme ou prati(iuaient, ou excusaient la plus criminelle de toutes les dissimulations, c'est-à-dire les équivo(iues affectées dans les matières de la foi. La suite nous fera paraître si Calvin, qui paraît ici autant éloigné de les pratiquer lui-môme, qu'il témoigne de facilité à les excuser dans les autres, sera toujours de même humeur; et il nous faut revenir aux artifices de Bucer.

XXVI. Si la présence est durable dans l'Eucharistie. — Au milieu des avantages qu'il donna aux luthériens dans l'accord de Witlernberg , il gagna du moins une chose : c'est que Luther lui laissa passer que le corps et le sang de Jésus-Christ n'avaient pas d'union durable hors l'usage du sacrement avec le pain et le vin; et que le corps n'était pas présent quand on le montrait, ou qu'on le portait en procession ^.

Ce n'était pas le sentiment de Luther : jusqu'alors il avait toujours enseigné que le corps de Jésus-Christ était présent dès qu'on avait dit les paroles, et qu'il demeurait présent jusqu'à ce que les espèces fussent altérées^ : de sorte que, selon lui, il était présent, même quand on le portait en procession; encore qu'il ne voulût pas approuver cette coutume.

En effet, si le corps était présent en vertu des paroles de l'institution, et qu'il faillit les entendre à la lettre, comme Luther le soutenait, il est clair que le corps de Notre Seigneur devait être présent à l'instant qu'il dit. Ceci est mon corps; puisqu'il ne dit pas, Ceci sera, mais. Ceci est. Il était digne de la puissance et de la majesté de Jésus-Christ, que ses paroles eussent un elTet présent, et que l'effet en subsistât aussi longtemps que les choses demeureraient en même élal. Aussi n'avait-on jamais douté dès les premiers temps du christianisme, que la partie de l'Eucharistie qu'on réservait pour la communion des malades , et pour celle que les fidèles pratiquaient tous les jours dans leurs maisons, ne fut autant le vrai corps de Notre Seigneur que celle qu'on leur distribuait dans l'assemblée de l'Eglise. Luther l'avait toujours entendu de cette sorte; et néanmoins on le ])orta, je ne sais comment, à tolérer l'opinion contraire que Bucer proposa au temps de l'accord.

XXVII. Suite. Conchision de l'accord. — Il ne lui souffrit pourtant pas de dire que le corps ne se trouvât dans l'Eucharistie précisément que dans l'usage, c'est-à-dire dans la réception, mais seulement « que hors l'usage il n'y avait point d'union » durable entre le pain et le corps. » Elle était donc cette union, même hors de l'usage, c'est-à-dire hors de la communion; et Luther qui faisait lever et adorer le Saint-Sacrement* môme [lendant que se fit raccord\ n'eut pas souffert qu'on lui eût nié que Jésus-Christ y fût présent durant ces cérémonies : mais pour ôter la présence du corps de Notre Seigneur dans les tabernacles et dans les |)rocessions des catholiques, qui était ce que Bucer ])rétendait, il suffisait de lui laisser dire que la pré-

1. F.p.,p. 33. — 2. Art. ii, m.— 3. TaiIIi., Serin, cont. Svcrm.; II. epist. ad qucmd. Hosp., 2. p., 14, 41, 132, etc. — 4. Form. Miss., T. II, Hosp. an. 1536, 118.

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